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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 13:22
Les différences entre le geste machinal et le geste automatique sont caractérisées par une absence fondamentale de projet. Chez moi, le futur ne fait l'objet d'aucun plan visant à le transformer,et ce qui le sépare du présent est suffisamment insignifiant pour que le passage de l'un à l'autre soit imperceptible. La frontière qui sépare le présent du futur se résorbe, et même se dissout dans un fonctionnement unidirectionnel d'ou toute alternative autre que celle qui est héritée est bannie. Au bout du compte, cette absence de projet rend toute innovation impossible. D'autant que commencer un dessin ou une peinture est toujours difficile. Le projet semble être long à arriver, et il y a toujours la peur de la feuille blanche, la peur du jour ou les idées ne seront plus présentes. C'est la peur, la crainte du lendemain, du temps qui avance, et qui passe trop vite. Ce fait, insupportable dans la vie, voir tout simplement invivable, n'ouvre et ne donne accés à aucun sentiment de déception ou d'amertume. La réalité n'a d'autre sens que comprise dans un tel fonctionnement. Pour expliquer cela, la raison de ce manque de projet tient tout simplement à ce que le machinal est réfractaire à tout ce qui viendrait menacer son avancée. J'ai peur de ne plus avancer, et je redoute la dernière fois, ce qui arriverait à la fin... Donc, pour moi-même, ce que l'on peut appeler la problématique machinale résiste à ce qui pourrait venir compromettre ma marche, qui est pourtant sans but, mais pourtant décidée, et je préfère m'en tenir à un parcours, oui, un parcours tracé d'avance, et que je m'applique à suivre, et du mieux possible. Je sais donc que le machinal est particulièrement réfractaire aux situations de changement qui, par définition, exigent des réponses nouvelles, et en appellent aux capacités d'innovation. Donc, c'est clair: pour moi, tout changement veut des solutions non encore envisagées, aussi, est-ce pour ces mêmes raisons que le machinal va tout faire pour se protéger de lui ? En fait, pour moi, c'est plutôt un grand laisser-aller, et les idées viennent, surtout avec le hasard. C'est comme une grande envie de respirer, mais c'est trés dur à expliquer. C'est un défoulement, et c'est certain, comme pour me vider moi-même, et peut-être oublier mon quotidien, être quelqu'un d'autre pour une durée déterminée, ou ne plus rien être, et s'oublier dans le temps. Je sais que les exercices du machinal sont trés limités quant à leur nombre, et quant à leurs figures. Ils conduisent, et je le pense, à pratiquer le surplace, hors des expérimentations toujours possibles et toujours nouvelles de ce qui évolue, et de tous ces changements. C'est le roulement machinal, quand il ne suit pas un parcours en simple boucle linéaire, et il peut s'exercer en fonction d'une composition de type binaire, et éventuellement selon une figure plus complexe, encore faite d'éléments multiples, ce qui détermine un processus d'alternance à reconduction permanente. Le début et la fin ne sont donc plus que les marques arbitraires de la séquence et ils peuvent aussi bien changer de rôle, tant ce qui les détermine se résume à peu de choses. Donc, dans cette perspective, la naissance et la mort sont comme rejouées: c'est mourir un peu, et surtout, renaître. La vie et la mort sont rejouées indéfiniment, et sanctionnent, en ces deux bouts, une vie que l'on roule et déroule à l'infini, comme un journal intime, dont moi-même connaîtrait les codes de lectures. Il n'y a plus de visible qu'une seule version, condensée et neutre tout à la fois. C'est dire que le machinal inclut forcément du répétitif, apparent irrémédiablement dans l'esthètique de mes compositions, la technique restant la même. C'était comme si cette machine se retrouvait dans les dimensions d'une toile, ou le psychique, la psychologie, se retrouvaient expulsés en solitude et en violence, dans un espace limité qui constitue la feuille de dessin, ou la toile, ou tout autre support. Ce côté répétitif donne et assure vie à l'ensemble du système, mon système. Et pourtant, il demeure ce paradoxe : Je sais que la répétition se présente comme la seule figure de l'espoir. Et c'est par elle, que ce qui fut sera à nouveau, et toujours dans l'espérance. Grâce à elle, renaît ce que l'on donnait comme caduc, terminé, fini. Si je néglige les phénomènes d'usure qui peuvent éventuellement un jour apparaître, le répétitif, qui est le moteur même du machinal, est une affirmation constante de la résistance à la mort, car il assure une reconduction automatique des choses et garantit leur renaissance permanente. La répétition est donc bien le refus absolu de la finitude, tant, que, du moins, la dynamique qui l'entraîne reste assez forte. Naturellement, il sera toujours possible de m'interroger sur les qualités mêmes de cette vie, induite par le phénomène cumulatif de la répétition et du machinal, et de conclure à la médiocrité fondamentale et inévitable de ce qui n'est que redite continuelle. J'ai l'envie ici de souligner fortement le rapport fondamental du geste machinal au temps: Un temps qui trouve ainsi de la sorte une stabilitée suffisamment convaincante pour faire en sorte de mettre et placer mon art sous son emprise... C'est avec le temps aussi, que l'abstraction revient. Dessiner, faire du figuratif, puis vient chez moi la lassitude. Les formes se dissolvent, tout devient tout trouble, comme si le passé était devenu lointain. Il y a trop d'images,une trop grande quantité d'images qui saturent notre regard, et le mien, en particulier. Dessiner, peindre, c'est rechercher, comme pour creuser un trou, à l'image de l'archéologue. à un moment donné, tout devient flouté, difficile à décrire. Alors, les mots me manquent, et le dessin, ou la peinture, devient un signe. Je suis dans une démarche contemporaine, car j'ai alors du recul pour déchiffrer ce qui me parle. Mon corps et mon esprit se sont laissés aller à aller toujours au delà des limites. Ce qui était alors un code n'a plus de barrières, et je me laisse alors aller à ma propre interprétation, ma propre image. Ce qui est fait me parle, et je me retrouve, comme dans une quête de sens, à ce qui est obscur, et voilé. Je n'ai alors plus de limites.
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