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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 19:52

Peindre ou dessiner, c'est saisir l'instant présent. C'est mettre une limite au passé, tout comme à l'avenir. C'est mettre une barrière. Je n'ai pas envie d'oublier, et je n'ai pas envie de voir trop loin aussi, voir l'avenir. Je fais en sorte de trouver les mots. Trouver les bons mots. Et trouver un juste milieu. Quelque part, la peinture, et le dessin sont deux éléments pour ne faire finalement qu'un, et qui ne m'appartiennent pas vraiment. Je fais, car j'au l'envie, mais dans le fond, je n'aime pas vraiment ce que je fais. C'est le hasard qui parle pour moi, et le temps m'inspire. Je suis guidé par ma mémoire, et je suis là, faisant acte de présence, mon âme ne se laisse pas vraument aller. Je fais acte de volonté, et j'ai finalement des choses à dire, et à faire, par nécessité. Je suis volontaire, et j'attrape au vol les mots, pour aussitôt déposer des formes, laisser une trace visible. Je fais en sorte d'aller vite, comme si au fond de moi venait la peur de trop attendre. La solution est donc de prendre mon temps, car j'ai toujours la peur de rater le prochain train en gare. La gare est alors vide, et ce vide m'oppresse vraiment. Ce qui est fait est derrière moi, et j'avance toujours plus vers le lointain, avec l'espérance. Il n'est ni trop tôt, ni trop tard. Peut-être que je n'aime pas regarder en arrière, tout comme au devant, mais plutôt vivre dans ce qui est l'instant présent, à l'image d'un voyageur qui à toujours l'envie d'aller toujours plus loin, je m'explore, sans vraiment comprendre que tout prend forme, comme tout peit prendre fin. ce qui est visible n'est plus alors une chose lointaine, mais du concrêt, et sans bouger vraiment beaucoup, je suis moi aussi en définitive à associer à l'image d'un grand voyageur. Le temps est en dehors, et il voyage désormais avec moi, tout comme avec mon enfance, qui est finalement le point de départ de mon errance.

 

Lors de la création, vient toujours la quête de sens : si ce qui doit être crée renvoie toujours au subconscient, le créateur n'oublie jamais que ce qui est issu de sa création va être vu, et souvent par le plus grand nombre de personnes. Vient ensuite l'interprétation, ce qui doit être vu doit être interprété. Pour être vue, souvent, celle ou celui qui regarde recherche une forme d'écriture, qui aurait son propre alphabet pour être en communion avec ce qui est montré.  

 

Peindre ou dessiner me vient furtivement, c'est comme un passager qui embarque pour un voyage...Un long voyage. C'est un moment ou le temps est mis entre parenthèses. Le regard sur l'avant ou l'après n'est plus, pour quelques minutes, ou quelques heures. Je suis perdu dans mes pensées, et tout devient profond, l'identité n'est plus, et je suis plongé dans un monde sans frontières. La limite ne semble plus exister, et le monde concrêt me paraît étranger, lointain. C'est une marche vers l'invisible, un monde de brouillard et d'incertitudes. Tout est à construire. Ensuite, le geste vient, machinal. Machinal est un vain mot, en fait, c'est le hasard qui construit tout, et élabore, comme un architecte. Avec le temps et les années, j'ai souvent le sentiment de n'avoir rien laissé derrière moi, comme si tout avait disparu. Chaque nouvelle création est comme une nouvelle reconstruction, tout ce qui semble être perdu, renaît, dans un contexte nouveau. J'avance, à l'image du voyageur, pour aller toujours vers le lointain. Je cherche, j'explore ce qui n'existe pas, et ce qui ne s'explique pas. Il y a toujours une remise en question, la quête d'une grande absence, la peur d'un grand vide. C'est peut-être trouver une forme d'espoir, et je cherche toujours. 

C'est une longue marche, avec toujours la peur d'avancer trop loin, ou de tourner la page de trop. L'aprés m'angoisse, mais je l'anticipe, pour être plus fort. Je sais trés bien ce que j'ai à faire, et je n'écoute que moi-même. 

Je regarde ce qui à été fait avant presque avec un regard fuyant, et furtif. Tout semble disparaître, mon regard est encore plus différent. C'est un sentiment de solitude, une envie d'explorer ce que je cherche tout seul.

Souvent, je n'aime pas ce qui est fait, mais aussi, je ne trouve jamais que c'est bien : c'est fait, et ça me semble largement suffisant. La page ou la toile blanche est peut-être un miroir, et souvent, j'ai envie de le traverser. Il y a un monde inacessible, ou nous n'entrons jamais. Mais ce monde semble être contourné, pour finalement être lointain.

Cette recherche de ce monde est peut-être une recherche ou une définition de l'infini. à l'image de l'Univers, il semble être sans fin, infini. C'est vrai que je n'aime pas la fin, mais pourtant, on termine toujours quelque chose. Ainsi, par exemple, quand un de mes dessins est terminé, fini, c'est moi qui décide, et j'arrive tout à fait à prendre une décision.

Le plus dur est de commencer, mais finir n'est souvent pas aussi simple. Comme pour trouver les mots, les bons mots, il y a une façon de terminer ce qui est crée, par le bon ordre des choses, et placer le tout en un juste milieu. Un bon cadre.

 

Il n' y a pas vraiment d'ambition, sinon de ne saisir ce qu'il y a, ce qui vient, et ce qui va : saisir l'instant présent, un moment quelquonque, la trace d'un moment ou j'étais présent. Une forme émerge, pour aussitôt être fuyante, et un projet ne va jamais être comme celui qui était prévu au départ. tout se bouscule, le noir éclipse le plus souvent la couleur, à l'image d'un combat sans fin. La page blanche devient le thêatre d'un conflit ou le hasard est le seul maître. Des formes naissent, floues, comme perdues dans le brouillard, d'autres formes créent des images de la vie, mais ou tout se bouscule.  

 

En créant, je suis conscient de m'investir totalement, dans la toile ou le dessin, le temps de l'élaboration d'une oeuvre. Je dépasse souvent plus de quatre heures à peindre ou dessiner. Quand le travail est nocturne, il y a une quête du silence, et une perte de la notion du temps, aussi, comme si la nuit ouvrait vers un temps infini. Il est vrai que la nuit, le temps semble plus long que le jour. L'obscur, joue beaucoup. Ma vision de l'oeuvre à créer devient un lieu ou mon esprit consigne son contenu, et au lieu de voir en l'esprit créatif par lequel je pense, en chargeant une surface avec de la peinture ou de l'encre, l'acte créatif est donc une action. il n'y a pas vraiment de raison pour que l'acte de créer ne puisse se prolonger d'un coin du support, au support entier, toile ou dessin, ou qu'il ne puisse se répéter à une échelle différente. Donc, ce qui est vraiment important est cette frénésie de l'automatisme, ou ma création devient une redondance de l'expressionnisme abstrait, pour la peinture, par exemple. C'est cette volonté, ce dessein qui est trés précis d'abolir l'objet, là ou se situe la diffèrence avec les autres phases abstraites ou expressionnistes de l'art moderne. Dans ma création, rien ne doit entraver et faire obstacle à l'acte de peindre ou dessiner. C'est ce qui explique que l'esthètique à du laisser le champ libre à cette gestuelle des matériaux. La forme, la couleur, la composition, le trait, le dessin, sont tous des auxiliaires caduques. Ce qui compte, c'est la tévélation qui est contenue dans l'acte. Il m'est acquis que l'effet final, l'image importe peu par son contenu. Cet automatisme transforme l'espace pictural en une arène, ou il est primordial d'agir dans la toile, le dessin, et non plus en un espace ou reproduire, re-dessiner, voir analyser ou donner une expréssion à un objet qui est réel et imaginaire, et là est le but. Il devient donc logique que ce qui devait se dérouler sur le support n'est plus une image, mais un événement. Le fait est que si je m'approche en tenant un matériau à la main, dans le but de l'utiliser sur cet autre matériau qui est devant moi, alors, le produit n'est plus que le résultat de la rencontre. Il y a donc une tension, qui était éxistante depuis longtemps, déjà. Elle se trouvait dans mes tubes de couleurs, mon encre noire, mes feutres. Cette tension, quand elle est incarnée, doit devenir une surprise pour moi-même, et c'est ainsi, de la sorte que l'acte perd de son sens, et le perd, même. Et je sais ce qu'il contient. Ainsi, je passe par exemple, dans ma création, du dessin abstrait au dessin figuratif, et vice-versa, comme pour m'appaiser, trouver une forme de recul, ou pour me ressourcer moi-même, pour passer à une nouvelle série de réalisations. Ainsi se renouvellent mes idées, pour déboucher sur une création permanente et apaisée. Ce qui est sans doute une solution à la peur du vide, ou à la page blanche.

 

Faire un seul dessin ne suffit pas, et il faut aller au delà, plus de l'avant, et c'est ainsi que s'élabore le principe d'une série, dont le nombre reste à déterminer (sujet, nombre de dessin, quantité, couleur ou noir et blanc, etc...)

 

Le projet initial ne se termine jamais comme je le souhaite, ce qui est crée est toujours différent, jamais identique à ce qu'il devait ressembler au départ.

 

Derrière les fausses conceptions morales ou esthétiques, métaphysiques, il est vrai que existent la vraie morale, et la vraie esthétique matérialistes. L'une est instinct de mes besoins, et l'autre est ce que j'exprime à travers mes désirs sensoriels. Dans l'automatisme, je cherche ce qui est moralement bon pour moi, et ce que je trouve vraiment beau ou structuré pour établir mon esthétique. à moi de définir ce qui est laid ou beau, et ou se situent le bien et le mal. Je retrouve globalement la morale dans mes besoins : à moi de déterminer ce qu'il faut, et ce qu'il ne faut pas (par exemple : faire). L'activité est un bien lorsque j'en ai besoin. Il est absolu que l'activité soit un bien quand le besoin arrive. Quand le dessin défile sur un support, mes besoins sont alors d'exprimer cette rage existentielle, liée le plus souvent à des angoisses, ou vivre à travers ce qui est crée. Des gestes violents et spontannés interviennent alors, sans toutefois nuire à ce qui vient d'être crée.

 

En premier lieu, le but de la création, et de l'art de maniére plus générale est d'abord moral, pour n'être que ensuite esthétique, et même si le désir devient un besoin. Là ou je cherche à faire la différence entre le bien et le mal, passe ainsi du général à l'individuel, donc, du besoin au désir, et je sais que le besoin peut être satisfait sans désir, mais jamais le désir sans besoin. Il y a aussi le doute, et dans la création, jamais rien n'est vraiment certain, d'ou cette forme d'angoisse, trés souvent présente chez les artistes, et celle-ci se retrouve en notre corps, et que le geste expulse cette angoisse, sous une forme ou une autre,d'un point de vue mental. Notre corps devient une machine, et ensuite survient l'oubli de soi, et au delà de la construction, l'élaboration d'une oeuvre, nous nous oublions volontairement, pour ne laisser place peut-être que à un possible plaisir. Ainsi est le secret de la naissance d'une oeuvre d'art, un secret inexorablement dissous pour ainsi trouver une explication assez rapide du processus créatif, pour ainsi le mettre en avant hors de tout ce qui le constitue dans le quotidien. C'est un automatisme qui est caractérisé par une certaine violence pulsionnelle, née de mes gestes, nos gestes, liés à notre angoisse commune, et surtout à notre psychisme. 

 

La création part d'un point, et en rejoint un autre, puis, d'autres....Ce n'est qu'une succession de points sur un espace vide. Et puis, le trait prend forme, pour devenir quelque chose de plus ou moins abstraite, ou trés graphique. 

Il y a quelque chose de sombre dans le moment de la création, ou le créateur invente un univers qui n'existe pas, avec des images issues de son univers. Chez certains, il y a un moment de révolte, ou l'on ne souhaite pas voir ce qui vient avant, ou aprés, ne pas voir ce qui arrive, pour être aspiré, et perdu dans un infini qui vise pourtant à être défini. C'est un grand plongeon, ou il y a un grand trou : créer est une prise de risques, et le créateur raconte non avec des mots, mais avec un monde de signes, divers et variés. C'est lui qui décide, c'est lui qui est volontaire pour retrouver, reconstituer ce qui était perdu, pour redonner vie à ce qui arrive, pour le pire, ou le meilleur, le tout dans un monde nouveau, qui se renouvelle sans cesse. 

 

Il y a le choix entre deux options pour la création, c'est à dire choisir de créer soit en couleurs, ou choisir, pour la deuxième option des créations en noir et blanc. La couleur semble renvoyer à une quête infinie, quelque chose de plus profond, une recherche plus aboutie, ou aller au plus près de la lumière. Le noir et blanc renvoie peut-être à la volonté de créer de la forme, aller plus loin dans la pratique de ce qui est graphique, rechercher des formes dans le dessin, rechercher un fil conducteur, se chercher soi-même. Pour les deux aspects, il est possible de remplir, de saturer. Donc, à un moment donné, ce qui est cherché rejoint ce qui à été fait précedemment. C'est comme être dans un cercle ou l'on ne sort jamais. Ce qui tourne est un cycle. Donc, je sais que si je suis dans le noir et blanc, un jour, je vais revenir vers la couleur. C'est la logique des choses, de ce qui est à entreprendre. 

 

Peindre, finalement, c'est peut-être une autre façon d'exprimer des maux aussi divers que une certaine souffrance, ou une forme de renoncement. L'acte de peindre, c'est à dire le moment de la création, est bien trop bref. Seule l'oeuvre subsiste. Ceux qui regardent cherchent ensuite à donner une interprétation. Souvent aussi, celui qui est créateur crée non par envie, mais par nécessité. Aussi, certains artistes cherchent une voie vers l'oubli : d'ou l'acte de créer en ne pensant pas à son propre passé, par exemple, pour se créer un semblant de vie artificielle, par procuration, en un temps extrêmement limité. L'artiste qui voit en cette forme d'expression un éternel recommencement y trouve une certaine thérapie. Il est possible de retrouver dans l'artiste qui travaille de manière automatique, c'est à dire comme un automate , cette volonté de s'approprier le temps, pour un espace limité. C'est ici l'artiste haluciné, qui recherche dans un autre espace temps, pour se retirer du monde d'ici- bas pour un temps trés limité. Ces artistes cherchent à atteindre quelque chose qui ne se définit pas, et qui est loin de tout. Quand un jour nouveau arrive, forcément, ce qui fut fait la veille fait tâche: ce qui sera fait aujourd'hui va être meilleur, plus beau...L'espoir est le mot idéal pour définir ce qui motive  ces artistes, mais ils ne trouveront jamais ce qui est au bout, ce graal si sacré. Il y a peut être une recherche mystique derrière, et à ce propos, les artistes ne doivent pas oublier que ce qui relève des arts, la peinture, le dessin, ou la sculpture se retrouvaient dans ce qui était les origines de l'art, à savoir: la représentation chamanique. Ce qui est haut semble toucher ce qui est si bas, pour former un monde ou un univers clôt. Créer, c'est parler pour s'afficher dans la lumière, avec l'espoir de trouver la vérité, rattraper ou fuir ce qui semble si lointain...Si la vie continue, c'est aussi, dans cette forme, un refuge, pour se parler à soi-même, réfléchir, et porter un regard sur ce qui est autour de nous, et voir ainsi le monde autrement, et penser autrement... 

 

Si le monde est à notre image, il y a des manières d'exprimer, et de montrer un renoncement, pour être un moment, le temps de quelques instants à l'écart du monde. L'artiste qui est inscrit dans l'automatisme s'inscrit parfaitement dans cet écart du monde, et ce renoncement. Si le monde continue son histoire, il y a quelque chose encore de plus fort à rechercher, et il est possible aussi d'avoir une telle démarche pour ne rechercher rien du tout en particulier.

Nous recherchons tous quelque chose, un élément au moins quelquonque pour avancer dans la vie, ou trouver des réponses. En regardant autour de nous, les vies se dispersent en de nombreuses cellules diffèrentes. Personne ne doute de faire, car faire, c'est construire. Il y a une volonté de construire, ou reconstruire. Souvent, ce qui est fait, ce qui est construit, part loin. Celui qui a fait pose alors un regard sur son oeuvre, car il a oeuvré pour construire son ouvrage. Ensuite, l'histoire continue. Ce qui à été fait va avoir une histoire, mais le plus souvent, ce qui fut construit devient invisible. Aussi, la cible, c'est essayer de faire quelque chose d'utile, et c'est le regard qui est souvent porté. Pourtant, l'objectif reste le même: créer, c'est aussi faire, avancer aussi, même si ça ne débouche sur rien. Pour celui qui à fait dans l'acte de créer, au sujet de la création artistique, celui-ci peut revendiquer ce qu'il à fait, et mettre un nom sur son oeuvre. Celui qui à fait autrement, au sens le plus large, par exemple construire un mur, reste le plus souvent anonyme. Créer en arts, c'est revendiquer une identité, dire qu'on est là, ici, pour montrer une création réalisée en solitaire . Que cherchons-nous ? Il y a le chacun pour soi, certains regardent d'un regard condescendant ou méprisant ce que font d'autres, ou le mode de vie d'autres. Nous mettons des barrières dans nos vies, tout comme nous avons de fausses idées. à force d'avoir une image, nous regardons les autres avec une image toute faite. Certains ne parlent plus, ou méprisent ceux qui ont une voie diffèrente. Les autres portent un jugement. Souvent, ils sont la majorité, et pour eux, il faut faire comme les autres, ou comme les "gens". Notre monde à bien changé. Finalement, nous sommes malheureux, et ça justifie encore plus de sortir de la marge, pour montrer qui on est. Si on méprise ce que nous sommes, alors, celui qui fait autrement est dans la bonne voie, car c'est lui qui a décidé, et donc, il sait ce qu'il a à faire, car il vient de retrouver ce qui lui est le plus proche: il est lui, et il est singulier, il refuse la différence, sans pour autant être vraiment dans une forme de renoncement.

 

Celui qui cherche, qui recherche, est dans la quête, et non dans le renoncement. Je parle ici de celui qui crée en séries, ou du moins, qui est assez productif, ou qui continue une histoire. Souvent, l'artiste se raconte des histoires, pour en oublier une autre, ou d'autres. Et si il ne le sait pas vraiment, il souhaite atteindre un objectif. Aussi, il se recherche, et ce qui le lie à la création est en fait le lien entre deux mondes, qui cohabitent, mais ou l'un des deux est invisible. Aussi, un sentiment de frustration est à signaler : le passé parle au présent, pour peut-être survoler, ou éviter un fort désenchantement. Souvent, ce qui est terminé chez l'artiste, une oeuvre finie, ne donne qu'un bref moment de bonheur. Celui-ci est trés court, et la vie semble avoir fait une pause. On ne cherche pas, alors, à expliquer. Les mots manquent, et un grand nombre d'informations semble alors prendre le dessus. C'est un désordre, un grand chaos, un grand moment d'euphorie. Après, le retour est brutal, la réalité reprend le dessus: tout semble être à reconstruire, une tempête est passée par ici. Ensuite, il faut être volontaire, et aller de l'avant vers de nouveaux projets...   

Dans ce qui est le grand écart, dans ce grand moment ou l'artiste semble se perdre, là ou il va vers du renoncement, le créateur semble prendre le chemin de quelque chose de mystique, et qui irait vers une forme spirituelle. Pour illustrer ce propos, j'ai un jour visité la grotte Chauvet, cette grotte du sud de l'Ardèche, dont les fresques pariètales remonteraient au Paléolitique , soit entre 34 000 et 40 000 ans, plus vieilles de 17 000 ans que celles de Lascaux. Dès l'entrée, il me semblait que cette grotte fut décorée par un seul et même artiste. Même si encore il est peut être trop tôt pour affirmer une telle conviction, il me semble évident pour moi, que l'ensemble des fresques relèvent d'un seul et même esprit singulier. J'ai recherché l'entrée véritable de la grotte, pour me mettre ensuite dans l'esprit que cette grotte pouvait avoir un semblant de lumière : l'entrée était éboulée depuis bien longtemps, sans doute depuis la fin du paléolitique , mais il m'était possible d'y deviner une entrée imposante, d'ou jadis un faisceau de la lumière du jour devait se propager dans la grotte. Aborder la grotte Chauvet, son artiste, est très important pour mon raisonnement, car dans le développement, cette cavité invite à suivre un artiste, qui avait sans doute une fonction de chaman , qui s'enfonce progressivement dans les ténèbres.

De visu, j'avais rapidement constaté que de l'entrée à la fresque magistrale de la grotte, la fresque aux Lions, il y avait peut-être 200 mètres, une distance pas si grande que cela, et raisonnable, pour ne pas se perdre au plus profond d'un monde obscur, qui à l'époque pouvait ressembler à un gouffre. L'artiste recherche toujours une forme de profondeur, avec une prise de risque. Le désir de la prise de risque semble ici ne pas avoir d'âge, avec des dessins en perspectives, uniques pour l'époque. Le message semble être ici : la perspective confronte l'artiste aux éléments, et à la nature. Celui qui est crateur n'est alors pas que seulement un homme, mais il devient ici un penseur, et un magicien, qui à vaincu la nature. L'oeuvre magistrale va rester dans le noir obscur pendant des milliers d'années, mais il fut un temps, ou avec des torches enflammées, il apportait la lumière, nécessaire, à lire ce qui était représenté. L'artiste montrait ici un moment de grace, de l'agilité, qui forcément devait impressionner autour de lui, sans doute les membres de sa tribu. On retrouve cet aspect chez les enfants, peut-être sans doute beaucoup plus autrefois, car aujourd'hui, les enfants sont submergés par les images, par l'apport d'internet, etc... Lire une oeuvre, apprécier un acte instantanné, qui dévoile notre univers, devient forcément plus compliqué de nos jours, alors que autrefois, le regard apporté était vierge, et neuf, et l'artiste était un magicien, et plus encore, à certaines époques, il pouvait être un chaman. L'artiste qui à décoré les paroies de la grotte, devait être un être craint et respecté, à l'image d'un sâge, il devait dessiner depuis bien longtemps, en d'autres lieux , et d'autres supports, et ces autres dessins, ou oeuvres sont disparus depuis des temps immèmoriaux. C'était sans doute un homme qui avait du savoir. Sa vision relevait de son esprit, l'alphabet n'existait pas encore, mais il pouvait délivrer de formidables messages, même si il n'avait pas l'usage des lettres, ce qui est valable pour un nombre conséquent de gens d'aujourd'hui, qui souvent, vivent en de pauvres contrées. Mais aussi, plus que personne, en réalisant ses dessins, il avait la volonté de laisser une trace non seulement de lui, mais de son époque, même si aucun homme n'était représenté, à l'exception des animaux. C'était aussi comme si il se donnait de la valeur, pour dire qu'il valait quelque chose, et que son message avait traversé les âges : la meilleure des peuve est qu'il est désormais visible à nos yeux, comme si il était encore avec nous, absent pour quelques instants, pour revenir, encore plus fort.    

Ce qu'il a réalisé est sans doute une communion avec la nature, pour ainsi figer des scènes qui vont rester dans ce qui est le noir le plus obscur, pour traverser les âges, et l'histoire. Il emportera son secret avec lui, mais la trace de ce qu'il a laissé est le plus grand des trésors. Il ne restait que à connaître son visage, pour voir qui il était, mais il préférait montrer ce que ses yeux voyaient comme pour nous raconter à quoi ressemblait sa vie. C'est une forme d'estime, ce qu'il y a de plus fort pour dire qu'il peut être quelqu'un caché au milieu d'une foule, sans être démasqué. Il est allé au plus profond du dessin, au plus profond de lui-même, pour se fondre en son époque.

Une envie profonde arrive, pour celui qui cherche, et qui médite, de se mettre à part, et de faire le grand écart : un monde se livre à nous, mais il n'est guère différent de celui qui était proche, mais il est plutôt proche de la pensée, et loin d'être spirituel. Le monde doit avoir alors un autre regard, plus puissant. Celui qui médite avance, mais quelque chose d'invisible le freine, et trouver des mots pour expliquer ce mal devient difficile. C'est une longue course contre le temps, et peut-être, aussi les éléments. Souvent, ce qui est autour semble hostile, le cocon devient fragile, et certains ne comprenent pas. Celui qui regarde continue toujours à avancer, mais pour certains, il est aveugle, car il ne ressemble pas aux autres, et n'entre pas dans le rang : pourtant, il est le même, mais communique sans doute plus, tout comme il observe. Il vit en apparence un rêve éveillé, mais il est bien présent en ce monde. Si être quelqu'un est difficile, celui qui souhaite être se donne la force pour y parvenir, et à l'image de la vie, exister semble une lutte de tous les instants, mais en cherchant sa bonne voie pour se donner sa propre image.

 

Vient ensuite le doute, et douter est trés important. Faire un choix, c'est aussi peut-être faire une erreur. Avant d'avoir des certitudes, il faut observer, apprendre, et se forger son propre avis. Souvent, rien n'est vraiment certain, et alors, notre pensée est une aide pour aller vers les certitudes. Avant d'être de la création, l'art est une invention de l'homme, et n'est pas une vérité dans le monde vivant. Faire de l'art, c'est donner des émotions, et chercher à surprendre, et diriger vers le goût, ce qui est esthétique. Mais l'art est aussi une notion abstraite, et floue. Pour certains, l'art est inutile, et ne sert à rien, mais dans le fond, si l'homme regarde plus profondément ce qu'il fait lui-même, comme d'autres, à des degrés divers, il devrait se rendre compte que ce que font les autres, tout comme lui-même il fait, est tout aussi inutile. Pour vivre, l'homme cherche à faire briller des apparences, et donner des sens à ce qu'il fait, à rechercher et à établir ce qui est concrêt. Mais dans le fond, rien n'est vraiment vrai ou véritable, et tout n'est qu'apparences. Alors, à ces apparences, y ajouter ce qui est l'art ne devrait pas bousculer l'ordre des choses, tout comme déranger nos interrogations sur le sens de la vie, et voir la vie autrement ne devait donc, aussi, ne pas être trop différent des autres vies, tout comme se dire que le créateur et l'errant savent trés bien ce qu'ils ont à faire. L'inutile est à l'utile ce qu'est le défini et l'infini, dans un dualisme qui semble traverser les âges...    

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