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27 août 2012 1 27 /08 /août /2012 16:19

J'étais au Benin, un pays Africain du golfe de Guinée , et le point de départ de mon voyage était à Ouidah, une importante ville du sud-ouest du pays, sur la côte, à peut-être quarante kilomètres de la frontière du Togo et du Benin. Parler de frontières est ici tout illusoire, car elles remontent à un temps ou ces pays étaient sous le joug d'une puissance étrangère qui ne comprenait pas vraiment les gens d'ici, ou du moins, ne cherchaient pas à comprendre.

Les pays se traversaient en Jeep à travers non des routes, mais des sortes de gros chemins troués de nids de poules.

Souvent, le voyage était interminable, et les paysages ne changeaient guères, avec cette chaleur omniprésente, et ces moustiques qui piquaient partout.

 

En traversant une frontière, rien ne me semblait de bien particulier, et le plus souvent, des deux côtés, on parlait une même langue locale. Il y a un désenchantement, et ce n'était pas du tout l'image que j'avais de l'Afrique.

 

J'étais ici pour rechercher des fétiches, ces fameuses sculptures qui représentaient des personnages, des animaux, ou des dieux, le plus souvent sculptées en bois, et plus rarement en divers métaux...Moi, je trouvais ces figurines vraiment drôles, comme si des enfants avaient fabriqués ça un jour... C'était un regard simple, lancé à la nature, pour inscrire l'homme dans le paysage, et l'histoire.

 

Finalement, cette quête d'objets primitifs, dits d'"art premier" n'était qu'un prétexte au voyage, même si il y avait derrière un métier. Aussi, peut-être, il me semblait que j'étais l'un des derniers à faire ça. La vie primitive semblait disparaître de la terre comme une peau de chagrin.Il était de plus en plus difficile d'en trouver, et les croyances ancestrales disparaissaient, comme si elles étaient enfouies dans le sable.Sans jamais vraiment savoir ce que je recherchais, ce voyage était une fuite en avant, pour fuir un monde, et en trouver un autre. Le goût du risque était tout aussi présent, et sans doute, ma vie demandait une part d'action.  Ce qui était recherché était bien vain, toutefois. Un jour, je suis tombé sur un voyageur, et celui-ci m'avait raconté que la vie idéale, pour lui, était de faire le tour du monde, et d'aller partout...Aucun espace ne devait lui échapper. Encore, fallait-il en avoir les moyens, et un voyage, c'était souvent trés cher. La discussion s'était terminée sur un accord : voir d'autres contrées, d'autres cultures, pouvait nous aider à comprendre pourquoi nous étions là, présents sur cette terre... Et mon goût pour le voyage était né peut-être de cette rencontre. J'aime dire peut-être, car mon regard ne semblait jamais aller trop loin pour être satisfait.          

 

Difficile de trouver ou remonter à des figurines anciennes. Quand la saison des pluies vient, et déferle sur ces pays, c'est un véritable déluge. Un fétiche qui fut construit peut-être deux ou trois ans auparavant prend alors une patine plus ancienne, et la pluie semble avoir agie sur la sculpture comme un acide sans nom, à croire que le temps n'avait ici pas de prise sur le présent. Néanmoins, même si ces créations étaient récentes, elles étaient tout aussi authentiques.

  Le passé semblait être inscrit dans les éléments, comme si il déballait une longue histoire, qui n'attendait à être que traduite. Les éléments semblaient êtres les garants d'un passé révolu, et marquait sa présence par sa force, et son intensité.

 

C'était fou, mais le temps défiait le temps lui même : le déluge d'eau qui tombait sur les fêtiches les rendaient plus anciens, à croire qu'ils avaient plus de cinquante ans. La pluie agissait comme un açide mystique pour faire ressurgir sans doute des fantômes du passé...

 

Mais aujourd'hui, il est de plus en plus difficile de trouver du vrai, comme de l'ancien. L'animisme, cette forme de religions multiples, en symbiose avec la nature, se perd de plus en plus, et les habitants de ces contrées Africaines, pour le plus grand nombre, devenaient Chrétiens, ou Musulmans.Les plus jeunes étaient aspirés vers les grandes villes, comme des aimants, et les villages devenaient souvent fantomatiques, à la vue des vieillards qui déambulaient devant les cases, à la recherche de je ne sais quoi .... Pour moi, l'Européen de passage, en observant de mes yeux la vie sur place, il me semblait voir et croire que l'Afrique qui me faisait tant rêver enfant, avait perdue son âme, ou du moins, était en train de la perdre.

 

Ces derniers temps, aussi, la concurrence était rude : voilà que maintenant, aprés les Américains, les Chinois arrivaient aussi. Le monde changeait beaucoup, et il m'arrivait de me demander qu'il était fort possible que je sois l'un de ces derniers chercheurs intrépides, qui était en quête de rechercher l'une des dernières traces ancestrales de l'Afrique.Ce qui semblait être du patrimoine était pillé, sans vergogne, pour ne laisser que du vide, et assouvir des envies plus ou moins folles de collectionneurs, ou souvent rares étaient ceux qui connaissaient l'Afrique profonde. 

 

Il était donc de plus en plus difficile de trouver  des oeuvres authentiques, de cette Afrique d'antant, ou singulière. à Porto-Novo, ce gros bourg qui était la capitale du Bénin, on me conseilla et dirigea alors  vers le Nigéria voisin, au pays des Yorubas. Le Nigéria , pour l'Européen, c'était le far-west, le pays des extrêmes, un pays à la fois géant, et petit, avec une population démentielle en comparaison aux pays de la région, avec peut-être cent cinquante millions d'habitants...

 

Je suis un jour arrivé à Lagos, par l'aéroport, la plus grande ville de ce pays. Le boucan était infernal, et cette ville semblait ressembler à une immense fourmilière... à peine sorti de l'aéroport, en regardant la population locale, je comprenais rapidement que le plus important, pour chacun des habitants, était de survivre, par les moyens les plus fous.

 

En ce pays, la vie de tous les jours semblait ressembler à une compétition: rien ne pouvait vous garantir d'être vivant le lendemain, une balle perdue, ou une maladie tropicale endémique pouvait rapidement vous emporter. 

  Tout semblait incertain...Vraiment, la vie semblait ne s'accrocher que à un fil. Il me semblait ressentir que le temps était fou aussi, et survivre semblait être le seul chemin à suivre...

La violence est omniprésente, et là bas, la vie, rude, est une lutte contre les éléments. Tout au plus, la violence, le mal pouvaient s'éviter, à condition de le voir déboucher de la prochaine rue, ou du prochain arbre. 

C'était avoir le sentiment de marcher sur un volcan qui allait se réveiller, sauf que ici, il n'y avait pas de volcan, mais des vies qui étaient à la dérive...

 

On vous parle directement, pour voir à qui l'on a à faire...Le plus souvent, certains vont jouer aux durs, mais si on est plus dur qu'eux, ils vont facilement vous montrer qu'ils sont des gens simples, normaux, comme vous et moi...

Le langage est trés familier, et on regarde toujours celui qui est devant nous, l'interlocuteur est scruté, question de confiance. Je parle d'un grand nombre, ou du plus grand nombre. Et bien entendu aussi, il m'arrive de me tromper.

 

J'ai eu le sentiment d'être un fauve qui marquait son territoire...à n'importe quel moment, je pouvais être un animal blessé, et on pouvait voir en moi une proie facile, et un met de choix. 

 

Demander son chemin pouvait être une sorte de défi, et les routes, le soir, se perdaient dans les ténèbres...

 

Mais malheureusement,  le mal est endémique, comme les maladies tropicales, et la société de ce pays est trés hiérarchisée,et plutôt violente. Les plus riches se cachent, quand les plus pauvres sont au grand jours...

 

On craint les enlévements, et le long de la côte, il y a des pirates. Les hommes les plus riches ne se rencontrent pas, sauf si vous êtes en affaires avec eux. Tenter de les approcher, c'est avoir à faire face au mieux à des gorilles, et au pire, à de véritables mercenaires armés... La corruption est omniprésente, et il est trés facile d'acheter un policier, ou un mercenaire. Ce n'est pas un pays de loi, mais ou la loi du plus fort est reine.  La justice semble difficile à mettre en place, et l'injustice est souvent présente, pour vous attendre au tournant de la rue. Mais on recherche l'acceuil, et l'étranger est reçu et écouté, pour écouter ou entendre à quoi ressemble le monde, ailleurs...

 

Quand on ne sait pas lire, et quand voir un étranger n'est pas une habitude, on ignore si le monde est grand ou petit. Quand on a de la famille à l'étranger, en Grande Bretagne, par exemple, on se dit que c'est juste loin, mais peut-être que ce n'est pas si loin que cela, et qu'il n'y avait que à traverser la mer, pour rejoindre cet autre monde.  

 

On m'avait prévenu: entreprendre un voyage dans ce pays était dangereux, mais moi, je cherchais à voir par moi-même, tout en cherchant à fuir les mauvaises images. Il n'y avait rien de touristique, dans ce pays, il est vrai, les rues étaient sales et grouillantes de vies. Ce qui ressortait était toujours la pauvreté, voir les plus pauvres des pauvres. Souvent, les vêtements des enfants n'étaient que des frippes, et on me regardait, moi, le blanc, comme un extraterrestre.Durant mon périple en ce pays, les rares étrangers que j'ai vu, dont des Européens, étaient accompagnés le plus souvent de gorilles, pas les animaux, mais plutôt des gardes du corps, ou de miliciens armés, sans doute un sevice de sécurité, ou des mercenaires...

 

Moi, j'ai parié sur le danger, et il n'y avait ni gorilles avec moi, et encore moins d'hommes en armes . Par contre, je cherchais un interprète...

 

En fait, j'étais plus ou moins le bienvenu, et ma présence confirmait une marque de respect. Il n'y avait pas de marque ou d'indication de richesse chez moi: un simple tee-shirt, et un pantalon, ou mes papiers et mon passeport étaient dans l'une des poches. à Lagos, il me restait à trouver celui qui allait m'aider pour aller en pays Yoruba.

 

Lagos était peut-être un condensé de toutes les ethnies du Nigeria, et même, de tous les pays du golfe de Guinée.

C'était une sorte de construction anarchique, et les buildings cotoyaient les bidonvilles les plus misérables. Si il y avait bien un pays dans le monde ou il n'y avait pas de tourisme de masse, c'était bien au Nigéria...

 

Il était sans doute le pays le plus peuplé d'Afrique, mais on ne m'en parlait jamais pour ainsi dire... Quand j'ai commencé à en parler, et envisager d'aller le visiter, mes interlocuteurs semblaient effrayés, et la peur se lisait sur les visages. 

 

La circulation routière était intense, et ressemblait à un vrai cauchemar, à cela, il fallait ajouter la chaleur suffoquante de cette ville, en plein climat équatorial, et humide, ou les quarante degrés étaient souvent dépassés, avec  ses moustiques endémiques...Rien de tel pour faire fuir le moindre Européen. Dans l'un des bidonvilles du nord de Lagos, j'ai fini par retrouver John, celui avec qui je devais travailler, et qui allait m'aider dans mes recherches.

 

Cette fois ci, ses recherches m'orientaient vers un village, à peut-être une quarantaine de kilomètres du gros bourg d'Ifé, bien à l'ouest du fleuve Niger, pour y rencontrer Jonas, un vieux chef coutumier Yoruba, plutôt chaman sur les bords. Au Nigéria, vous avez les gros bourgs, et quand il s'agit de trouver un village aux alentours, c'est toute une expédition. Ici, l'Afrique semble faire de la résistance, et le monde rural semble faire le siège de celui qui est urbain, mais en vain... 

 

Pour rejoindre cet homme, pas plus de trois journées furent nécessaires, dans une vieille Jeep d'un autre âge. Plutôt que de parler de route, il s'agissait ici plutôt de gros sentiers, et comme souvent dans ce pays, l'argent destiné aux infrastructures publiques passait dans le flux engendré par la corruption, qui était endémique dans ce pays. Le plus dur fut de traverser le fleuve Niger. Le long de la route, un paysage plus ou moins chaotique était visible. Les pauvres étaient toujours aussi nombreux, et la savane ne durait jamais vraiment longtemps en traversée, pour laisser voir des foules grouillantes. Je n'ai jamais vu, lors de la traversée, ni lions, ni éléphants, encore que, on m'a dit qu'il y en avait encore. J'avais du mal à le croire.  

 

Il m'est souvent arrivé de me retrouver en un coin d'Afrique, seul, comme confronté à un morceau de désert, ou à un morceau de savane. Ici, le temps est interminable, à croire qu'il devrait être oublié en de telles contrées. Quand le jour se présente à vous, l'espace semble grouiller de vie, et si vous cherchez bien, elle est toujours dissimulée, à croire qu'elle cherche à fuir les hommes, et là ou il y a des hommes, cette solitude n'en devient plus que visible du simple fait que je ne suis plus qu'un d'eux, et qu'ils ne portent aucun regard sur moi, comme si je n'existait pas. Le jour, c'est la fourmilière, et la multitude. La nuit, elle, me plonge dans un autre monde. Dans la savane la plus profonde, ou le désert le plus aride, la nuit devient noire, comme de l'encre, et même les étoiles ne sont pas d'un grand secours pour se repérer. Quand on arrive vers une grande ville, ce qui est vu le plus souvent est une formidable source lumineuse, qui ne semble jamais s'endormir. La lumière semble briller comme brille un trésor, dans un or qui ne semble pourtant pas pur, et qui cache une grande misére, si ce n'est une grande souffrance. 

 

Il y a au plus profond de nous la volonté d'une recherche, et sans doute, des déceptions. Ce qui était recherché hier n'était peut-être pas vraiment l'idéal, mais une illusion. Une image, souvent, fausse, se présentait à nous, pour nous décider à voir et rechercher ce qui était vrai, pour enfin construire une autre histoire, et ne plus vivre dans un mensonge.  

 

Ici, l'Afrique semblait plus que fragile, et semblait s'enfoncer toujours aussi loin dans un monde inconnu, qui commençait à se dessiner. Cependant, le soleil semblait aussi brûlant que ailleurs, et quand il se  couchait le soir, dans la savane lointaine, il semblait tout embraser, comme pour arriver vers nous, mais tout finissait par devenir obscur. Le soir et la nuit, l'Afrique semblait vraiment se dévoiler, et le noir était le plus complet possible. La nuit semblait traversée des cris perçants de divers animaux, et moi et John, étions des intrus, perdus dans ce monde sauvage.Pendant cette nuit sauvage, en regardant l'horizon, il m'arrivait de penser, et de me demander quand la "civilisation" viendrait ici. Il restait en effet des endroits faiblement peuplés par les hommes, en cette contrée déjà surpeuplée.

 

Le soleil, par sa force, brouillait la vue, et ce qui était trouble se voyait comme une toile abstraite, avec un condensé immense de couleurs. L'Afrique n'était plus un rêve, mais elle était dans le rêve, et authentique comme jamais.

 

Sauvage était la vie aussi. John m'avait raconté que la vie au Nigéria, c'était la loi de la jungle, le plus fort trépassant toujours le plus faible. Les plus riches vivaient dans d'immenses propriétés, clôturées de fils de fer barbellés, avec des gardiens, des mercenaires, dotés de véritables armes de guerre. Au Nigéria, le mieux était de voyager armé. Souvent, le moindre vol pouvait tourner aux armes. Et maintenant, on voit souvent des enfants abandonnés qui grandissent. Souvent, oui le plus souvent, ils ne savaient pas à quelles ethnies ils appartenaient. Ici, au Nigéria, on parle des "enfants errants", ou "enfants du fleuve" ou même "peuple du fleuve Niger", histoire de les situer.

 

Souvent, le long de la route, en ce pays pétrolier, des pipelines étaient percés, et des miséreux des villages alentours vendaient de l'essence sur la route, quand celle-ci était raffinée de manière artisanale, et douteuse. Souvent, il y avait des accidents, qui débouchaient sur de véritables drames humains, quand le pétrole se transformait en feu, pour parfois décimer toute une partie de la jeunesse d'un village du coin...

 

Le long de la route, des hommes, sortis presque de nulle part étaient là, et marchaient, éffacés par la chaleur, qui troublait la vue des silhouettes. 

 

Souvent, il est facile ici de se faire comprendre, et tout le long de mon voyage, on m'a parlé en "Broken Englich" ou "Anglais cassé",  une sorte de créole contitué en grande partie d'Anglais, et qui évoluait tout le long des régions traversées, vu qu'il y avait un nombre d'ethnies assez considérable.

 

Et nous sommes arrivés en ce village, prés de Ifé. Tout de suite, moi le voyageur, on m'a vu comme un visiteur, et il y a une manière de recevoir. Le chef Jonas avait du mal à se déplacer. Un cercle de quelques notables ou membres de la famille du chef étaient assis autour de deux fétiches. Le chef versa deux bols de sang, ou d'une boisson rouge, dans les deux bouches des idoles ou fétches. On m'a ensuite confirmé que c'était du sang.

 

Cela dit, ce type de cérémonie était assez fréquent, et m'a visite n'était finalement qu'un prétexte,parmis d' autres. Le reste de la soirée fut consacré à des chants, à des offrandes aux fétiches. On servait des sortes de jus de fruits, des plats à base de sorgho, et de céréales. 

 

Le chef était parti se coucher bien avant la fin de la soirée. Le lendemain, on m'indiqua à moi et John que le chef ne pouvait pas nous recevoir en ce jour, mais le lendemain, car il était fatigué, vu son grand age. 

 

C'était l'occasion de visiter le village, et les environs. Et j'ai enfin vu un lion ! ou tout au moins, j'en ai vu un assez furtivement, lors d'une partie de chasse... Tout allait trés vite, et rencontrer l'instinct du fauve, comme découvrir l'Afrique profonde.  

 

Le lendemain, j'ai été reçu par Jonas. C'était un vieil homme, qui s'exprimait presque avec peine dans un dialecte Yoruba. John me traduisait tout, et son aide m'était précieuse. Jonas me disait que c'était bien courageux de ma part de venir en un village aussi perdu et éloigné. Voyager en ce pays était trés dangereux. Aussi, il me raconta qu'il était parfaitement informé que des fétiches et autres oeuvres d'art se vendaient, et il savait qu'il y avait un marché, et des marchands. Il savait aussi que ces oeuvres étaient préservées, et que plus tard, on raconterait ce qu'elles étaient. 

 

Ce qui inquiétait surtout Jonas, c'était les jeunes de son village. La pratique du culte des ancêtres, ce qui était proche de l'animisme, était en train de disparaître. Jonas, avec un cercle trés fermé, se voyait comme l'un des derniers représentants de ce culte dans son village. Les jeunes partaient vers Port-Harcourt, ou Lagos, ou d'autres grandes villes, et son village était en train de mourir. Tout allait trés vite, désormais. Surtout, il fallait préserver le patrimoine, le mettre de côté, ne pas le laisser en proie aux éléments violents. John me traduisait qu'il pensait que plus tard, peut-être des années plus tard, des enfants, ou descendants des habitants du village allaient réclamer ce qui fut confié à des étrangers, jadis...J'ai alors compris que Jonas voulait me confier des fétiches. Pour lui, vendre n'avait pour ainsi dire pas de sens. Jonas savait qu'il allait mourir, et il s'inquiétait du sort de ce qui avait accompagné son village et sa communauté depuis des temps immémoriaux. Il était conscient aussi que le monde allait trés vite. Au Nigéria, la religion était trés importante, et dans le pays, deux religions étaient face à face : le christianisme, et l'islam, et au milieu, les animistes. C'était comme si il y avait une longue querelle, et dans le fond, on ne savait pas vraiment ou on allait. 

 

Aussi, Jonas racontait que la mémoire était plus ancrée, dans les villages, alors que dans les grandes villes en Afrique, tout allait trés vite, et dans la grande ville, la mémoire prend le large, tout comme la grande ville ne cesse de s'étendre. 

 

Le voisin à peut-être plus raison que l'autre, et la paix cohabite avec la violence. J'ai raconté à Jonas que je connaissais ça aussi, et que son pays n'était malheureusement pas une exception. J'ai raconté que en France, il y avait le chacun pour soi, que le plus faible était méprisé, et qu'il y avait une culture de l'argent, et beaucoup de jalousies. J'ai raconté que souvent, en France, on n'avait pas le temps de prendre le temps. Le passé était souvent, aussi, mis de côté. Souvent, aussi, il était possible d'oublier des gens du passé, et oublier plus encore...

 

Jonas avait du mal à comprendre. Dans son pays, et en Afrique, sans doute, ce qui était recherché, c'était survivre. L'ancien, du moins celui qui était vieux, était perçu comme une source de savoir, une véritable bibliothèque ambulante. Jonas m'a ainsi raconté qu'il n'avait guère voyagé dans sa vie, et qu'il vivait dans son village comme dans un cercle, et que pour lui, sortir de ce cercle, c'était aller au bout du monde. Il m'avait alors demandé à quoi ressemblait ce monde, hors de ce cercle. J'ai ensuite raconté que sans doute, le bout du monde n'était qu'une image, et que la terre tournait sur elle-même, ce qui confirmait le cercle.  Jonas m'avait raconté que quand il était enfant, la jungle était immense, et que un jour, voulant sans doute être rebelle envers ses parents, il à voulu voir à quoi ressemblait le monde, mais il c'était perdu dans la jungle, et que son voyage n'avait fait qu'un tour. Heureusement, on l'avait alors retrouvé. Et moi, je me suis ensuite lancé dans un long récit.

 

Au Nigéria, la jungle se voyait à travers la vie : vivre au jour le jour, sans être certain d'être vivant le lendemain, la loi de la jungle...

 

J'ai raconté que enfant, j'ignorais si le monde était grand ou petit, John continuait à me traduire, et Jonas écoutait avec attention . J'ai dit que en fait, grand ou petit ne voulait pas dire grand chose pour moi.  Ce qui me paraissait le plus important, c'était voir par moi-même. Sans doute, pour moi aussi, comme pour beaucoup d'enfants, j'ai eu le sentiment d'être dans un cercle, comme enfermé dans une zone, ou l'on ne sortait pas. J'ai raconté à Jonas, que enfant, j'ai un jour observé dans un musée une sorte de crêche, une petite construction, avec des petits personnages fabriqués, comme des petits fétiches. Ces petits personnages bougeaient, et il y avait des petits animaux miniatures aussi, ânes et moutons. Et puis, il y avait un arriére plan, qui était en fait une peinture représentant une montagne et un paysage. Enfant, j'avais été marqué, et il me semblait que ce qui était hors de la crêche, comme dans la vraie vie, était figé, et ne bougeait pas. J'ai alors voulu avoir le coeur net, et voir à quoi ressemblait le monde.

 

Un jour, j'en ai parlé avec un copain de mon quartier, pour voir si il voulait faire ce voyage avec moi. L'idée, c'était de fuguer de l'école, pour aller le plus loin possible. Au départ, il n'était guère partant pour réaliser mon idée, et puis, comme il était tout aussi entreprenant que moi, il avait fini par être d'accord. Le point de départ fut ensuite une cour de récréation...Jonas me demanda quel âge je pouvais bien avoir quand j'ai fait ça, et j'ai répondu que j'avais six ou sept ans.

 

C'est de cette époque peut-être que que mon goût pour le voyage était né..

 

Donc, pendant une récréation, moi et mon copains, nous sommes sortis de l'école par un escalier de service. Comme

 

on ne savait pas ou on allait, moi j'ai dit : "tout droit". La marche fut longue certes, mais c'était trés instructif, et surtout, il me semblait qu'il n'y avait plus de limites. Il n'y avait ce jour là plus aucune question qui me tracassait l'esprit. C'était le sentiment de découvrir la liberté réelle. Il n'y avait plus d'interdits, et le monde semblait s'ouvrir à moi, comme si il était à mes pieds... à l'époque, c'était pour moi un sentiment impréssionnant . Je pense que tout enfant devrait voir ça un jour, mais c'est dangereux aussi. J'ai le souvenir d'avoir demandé à une vieille dame -c'est ou l'Afrique ?

Et en fait, il n'y avait pas de peur du danger. Et Jonas me demanda ce que la vieille dame m'avait donnée comme réponse. Et j'ai dit qu'il me semblait qu'elle était intriguée de ne pas me voir moi et mon copain à l'école...En fait, moi et mon copain, nous avions rapidement pris la fuite à l'époque. Ne pas faire ce qui était attendu semblait être une règle...Bref, c'était la journée des délires, sans aucun souci pour rechercher finalement ce que le mot heureux voulait dire. Ensuite, quelques heures plus tard, notre périple s'était terminé dans un grand jardin, aprés avoir traversé un pont. Plus loin, les arbres semblaient verts, et il me semblait que l'Afrique n'était vraiment pas loin. Mais c'est aussi à cette époque que j'ai compris que l'Afrique était vraiment trés trés lointaine...Tout de suite aprés, l'idée m'était venue de devenir astronaute. La terre m'était devenue encore plus petite, et l'envie me gagnait de traverser l'Univers.

 

La distance, ce qui était au lointain commençait à me parler, et à  me remuer. Et puis, il y eu les hasards de la vie, et je n'ai plus revu mon copain par la suite, du moins, à partir de la fin de l'année scolaire. J'ai été jusqu'a oublier son prénom, mais finalement, il est en moi, au plus profond de moi- même .C'était peut-être un oubli de ma part, et peut-être que sans doute, d'ici à cinq minutes, il me serait possible de vous donner ce prénom...

 

ça ne changerait pas grand chose, et puis, finalement, c'était une histoire comme une autre, et sans doute, je ne suis pas le premier, ni le dernier à avoir vécu une telle histoire, si vous voyez ce que je raconte...

 

Jonas avait bien aimé parler avec moi. Suite à cette conversation, il s'était levé, et il m'avait ensuite dirigé vers une case. Quand je suis entré avec John, il y avait trois gros fétiches en bois : un qui ressemblait à un âne, un autre qui ressemblait à un guerrier, et le troisième, qui ressemblait à un lion. 

 

Il parla en rigolant à John, histoire de dire que finalement, entre un enfant Africain, et un autre Européen, les différences n'étaient dans le fond pas aussi grandes, c'est ce qui fait les hommes, mais que cependant, il y avait une différence matérielle, qui elle était bien réelle.

 

Et puis, je suis sorti de la case. Jonas parlait en regardant une nuée d'oiseaux migrateurs qui semblaient revenir au pays. J'ai demandé à John de me dire alors ce qu'il racontait, et John m'a dit qu'il racontait : 

-J'espère qu'ils reviendrons au pays, tout comme les enfants de mon village, quand tout sera trop froid, ou trop noir pour eux...

 

J'ai ensuite payé cinq cents dollars Américains, ce qui était tout de même une somme importante dans ce pays, quand d'autres auraient donnés cinquante dollars...

 

Jonas me demandait aussi pourquoi je vennais de si loin, pour chercher ainsi des morceaux de bois sculptés, et j'ai répondu parcqu'il n' y en avait que ici, ou du moins en quelques endroits au monde...Et en France ?

 

Oui, il y en avait en France, mais ça remontait au temps des Gaulois. J'ai entendu dire qu'on avait retrouvé au fond du lac Léman des morceaux de bois sculptés qui représentaient des formes humaines, des fétiches...

 

En fait, les ex-votos, les fétiches, ou même les totems étaient un phénomène Universel, et les croyances partaient de formes, souvent sculptées dans le bois des arbres. Celui qui est était là voulait laisser une trace de sa présence, et si il ne pouvait pas vraiment parler à la nature, ou si il pensait ne pas être compris, le fétiche était un confident à son image, et qui lui ressemblait, même si il trouvait ses racines profondes au plus profond de la nature nourricière.

 

En Afrique, me racontait Jonas, avant c'était le vide. Un fauve demande beaucoup d'espaces, un vaste territoire. Il me racontait que autrefois il y avait des fauves en Europe: des lions, des tigres, et des ours, et ils pouvaient trés bien vivres dans le froid et l'hiver... Et puis un jour, les hommes furent plus nombreux, et avec eux, le progrès. 

Les fauves furent alors décimés, ou contraints d'aller vivres en d'autres contrées, là ou il y avait le vide, des territoires vides d'hommes. Le temps était déjà devenu fou, et l'homme était déjà le plus grand des fauves, le plus grand prédateur.

 

Si Jonas me confiait les fétiches, ce n'était pas pour de l'argent. Il me raconta son époque au pays de lune, ou il était assis avec des jeunes de son âge devant un feu de bois, la nuit, ou il était à observer des nuées d'insectes, ou d'oiseaux, qui passaient devant le soleil en le traversant. à l'époque, il n'y avait pas de différences entre ces jeunes, qui vivaient dans la brousse, sinon de se ressembler. à l'époque, on n'avait vu encore aucun voyageurs, sinon quelques anciens qui racontaient qu'ils avaient rencontrés des hommes étranges jadis. Maintenant, quand il regardait la lune dans le ciel, il se racontait souvent que le monde qu'il avait connu quand il était jeune, son monde, était une autre planète... Avant, l'histoire de la vie se confondait avec celle de la nature, et le village, c'était le clan, comme une grande famille. Le plus faible, quand il ne pouvait pas aller à la chasse, on lui disait qu'on allait l'aider, jusqu'a ce que sa santé soit revenue. Aprés, on lui demandait de ne pas oublier son devoir, et de rendre aux autres ce qui fut donné. 

 

Avant, le savoir était transmis par les anciens, et ils étaient écoutés comme si ils étaient des prêtres, ou des religieux. Maintenant, tout au plus, souvent, les plus jeunes se disputent avec les adultes, et ils sont sournois, tout ça pour aller vers la grande ville, et rechercher à gagner des morceaux de papiers, de l'argent. Dans le fond, Jonas me vendait ses derniers fétiches non pour toucher de l'argent, mais pour préserver un ultime témoignage. En montrant au monde ses fétiches, les morts ou ancêtres allaient montrer qu'ils étaient là et ici. Aussi, ils allaient démontrer qu'ils étaient patients, en attendant le grand retour au pays des origines. J'ai alors raconté à Jonas l'histoire des cranes Maoris qui furent rendus par les Britanniques et autres Européens au peuple Maori, c'était des cranes décorés, et sacrés de guerriers, tout comme j'ai raconté que les Allemands anciens colonisateurs de la Namibie avaient eux-aussi rendus des cranes au peuple Herero. Garder l'espoir pouvait s'avérer gagnant et être mobilisateur. Nous revenons toujours à nos origines. 

 

Ainsi, les trois sculptures n'étaient pas un achat, mais un prêt.

 

En Afrique, la notion de propriété était souvent une notion toute relative, l'homme, le plus souvent, devant être en harmonie avec la nature, et avoir le minimum sur lui, ou avec lui, pour rechercher ce qui est utile. 

 

Offrir ce qui relève du sacré, c'est confier, pour mieux préserver, marquer du respect en maintenant dans le même état ce qui était confié répondait à si j'étais digne de me voir confier trois fétiches ancestraux. Si les descendants de ce village effectuaient des recherches plus tard, pour retrouver ce patrimoine, celui-ci serait inctact, et visible comme au premier jour.

 

C'était toujours un espoir du retour au pays des origines, pour retrouver des racines. Peut-être qu'un séjour à l'étranger pouvait-être bonificateur. On ne sait jamais...

 

Avant le grand départ, Jonas avait chanté des chants, et avait lancé de ses pouvoirs de chaman sur les fétiches...Il était déchainé... Il m'a pris ensuite dans ses bras, pour me lancer un ultime au revoir, avant que la jeep ne se lance sur les pistes, ou la route...Avec la vitesse de la jeep, un nuage de sable ou de poussières s'élevait. C'était la saison sêche, et le village semblait disparaître derrière John et moi... Le fétiche était la mémoire, et il avait enregistré en lui toute la mémoire des vies de ceux qui avaient défilés devant eux. Ils conservaient enregistrés les voeux, et mêmes les prières. ils allaient traverser l'Ocean, et là haut, dans le ciel, ils allaient toucher au plus près les dieux, et ce dernier détail était de loin l'un des plus importants...

 

Transmettre était anticiper la mort, et être certain d'avoir préservé un patrimoine. Ce qui fut transmis devait être montré avec dignité à d'éventuels visiteurs. Le regard exterieur ne devait pas oublier ou croiser ce qui fut ou qui est comme une tombe, ou plutôt une stèle érigée à la mémoire de ceux qui furent, sur un petit morceau d'Afrique. Ce qui était montré était aussi un appel au secours lancé au temps, et à ce monde, qui allait trop vite.

 

Je suis ensuite revenu au pays, en France, avec un mal de tête pas possible, mais tout allait bien. Finalement, je n'ai pas revendu les fétiches, car j'avais des remords de ne pas avoir donné assez d'argent au chaman Jonas. Et depuis, j'ai le sentiment d'être devenu le gardien d'un village Africain perdu, à travers trois exemples de témoignages de son histoire. Et un jour, je me suis renseigné, pour apprendre que ce village n'éxistait plus, et que à son emplacement, il y avait un supermarché ou un centre commercial...Le monde était bien devenu fou, et l'esprit marchand me dépassait alors complétement. Le monde était finalement devenu bien petit, à l'image d'une marchandise. Je n'ai plus jamais entendu parler de Jonas le chaman : c'était alors la mémoire oubliée...

 

Et je suis un jour retourné au Nigéria, sans compter les années. Depuis, le pays était devenu une plus grande fourmilière encore, et les nouveaux habitants se comptaient par millions, si ce n'est plus d'une dizaine de millions. Ce qui autrefois ressemblait à un espace de savane, ressemblait maintenant à un vaste faubourg, un prolongement de la banlieue de la grande ville environante, Ifé. Je n'ai pas reconnu ni l'endroit, ni l'emplacement du village. On arrivait de tous les horizons, du nord, du sud, de l'est comme de l'ouest, et le plus souvent, on ne parlait pas le même dialecte. Certains racontaient que des langues disparaissaient, absorbées par ces villes monstrueuses...

 

Oui, il me semblait qu'il n'y avait plus rien à découvrir ici. Et je suis rentré, en traversant un océan d'amertume. 

 

L'Afrique idéalisée et rêvée jadis, surtout quand j'étais enfant, laissait place à une autre Afrique, beaucoup plus compléxe, mais tout de même toujours aussi singulière. Ce que j'ai vu confirmait ce que j'avais vu déjà, en d'autres circonstances. Cette Afrique était en pleine mutation, pour ressembler peut-être au modéle et aux standards Européens ou Américains. Les origines semblaient se diluer dans un tourbillon qui aspirait tout sur son passage. Si le temps n'était pas aussi visible à certains moments de son histoire, pour se confondre avec la nature, le temps, de nos jours s'était emballé, le progrès bousculant ce même temps, pour lui montrer une autre image. 

 

La mémoire était dispersée, en des fragments épars, le plus souvent dans des villes géantes, encore plus monstrueuses,comme Lagos. On ne cherchait plus à savoir ou était le commencement de telle ville, ni savoir si à un moment, celle-ci se terminait, pour se prolonger dans des banlieues interminables, et surpeuplées. Le monde n'était plus qu'un grand village, ou on ne cherchait plus du tout à comprendre. Dire ce que l'on voudrait faire semblerait bien vain, tout comme avoir des rêves, car le plus dur était de se faire comprendre, dans un monde qui change sans cesse, et qui se rapproche de plus en plus de l'abyme. La mémoire pouvait rapidement disparaître, dans ce monde qui changeait trés vite. C'était découvrir aussi que les lieux les plus déroutants, et les moins attractifs, pouvaient renfermer des trésors. La peur pouvait être aussi le moteur de l'aventure, car il me semblait qu'il n'y avait plus rien à découvrir dans ce monde, qui finissait par ressembler à un modéle à qui il ne ressemblait pas.  La vie était ce qu'elle était, mais elle était précieuse, non de continuer, mais à chercher à trouver un semblant d'espoir, qui sans doute ne viendra jamais.  

 

"Notre" civilisation, modèle pour un grand nombre d' Africains qui voyaient vers l'Europe, ressemblait pour moi à un ethnocentrisme caricatural , car la mémoire enracinée en Afrique à travers son patrimoine et ses anciens valait bien plus que cela, à croire que les plus jeunes ignoraient ce qui se passait dans le monde, et qu'ils ne voyaient pas ce que le monde pouvait penser d'eux.  Le progrès pouvait ainsi contribuer à plus dans l'ignorance. Ce qui se raconte peut être le plus souvent une fausse information, qui cache un grand vide. Ce qui est plus loin, ou ce qui est ailleurs , le plus souvent, ne brille pas toujours, et la déception est encore plus immense.  Ce qui se voit sur un écran de téléviseur, ou une photo, ne va pas souvent dans le sens de la rationalité, car l'irrationalité est aussi le plus souvent de mise.

Pour voir, et avoir, il faut toujours essayer de chercher à voir au plus près, pour ensuite interpréter. Voyager, c'est aller voir, pour rechercher et voir devant ses yeux ce qui est véritablement vrai et réel. Voir le monde en face, et à sa façon.

 

                                                                                                                                                                                  FIN

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22 août 2012 3 22 /08 /août /2012 18:29

Il y a des rêves étranges, dans la vie et dans la nuit. Souvent, il est une interprétation de ce que nous voulons créer. Il peut tout aussi nous raconter n'importe quoi, ou nous plonger dans le délire...

 

Le rêve se situe souvent dans un espace intemporel. Souvent, aussi, il m'a renvoyé vers des périodes lointaines de mon passé, sans vraiment savoir si ce que j'ai vu à ces moments précis correspondait à de vrais moments de ma vie. Il y a des rêves enchanteurs, ou d'autres qui le sont moins. Le plus souvent, le songe est banal, pour être oublié aussitôt le lendemain. Nous vivons ainsi, en oubliant la part de rêve qui est en nous. Pourtant, ce qui est autour de nous résulte d'une volonté, et tout ce qui se présente autour de nous résulte plus ou moins d'un certain imaginaire, ou plutôt, de rêves dissimulés.

 

Souvent, celui qui à laissé bien des rêves derrière lui, ignore que les rêves les plus marquants d'une vie ne se comptent que sur les cinq doigts de la main. C'est le rêve rare, celui qui devrait arriver le plus souvent.

 

Le temps laisse derrière nous cette sensation. être ici et ailleurs, pour ne se raccrocher enfin à découvrir des jours proches et redoutés. La réalité s'impose en ce monde ici-bas, et ce qui relêve du rêve n'est plus que secondaire. 

 

De ces quelques rêves, perdus au milieu de l'océan de la vie, j'ai tiré un grand nombre d'enseignements. Un bon rêve doit être aussi riche d'enseignements, pour diriger notre vue,  qui ne va pas assez loin.

 

Dans le rêve, la vie n'est plus sur Terre, mais en d'autres territoires. Le regard traverse les abymes pour interpréter ce qui ne se traduira jamais.

 

Il y a souvent quelque chose de brisé sur Terre. La vie est un flux, qui attend une voix pour lui indiquer un passage. Souvent, aussi, on ne trouve pas de réponse. Il est si facile de s'éloigner des uns et des autres, alors que la parole pourrait résoudre . Un rêve est souvent si simple, qu'il se rapproche de la réalité...

 

Au premier de ces rêves, les années ne se comptaient plus. Entre le premier et le second, tant d'années avaient défilées, qu'il était logique de me demander si untel rêve s'était bien déroulé autrefois.

 

Ce qui me revenait tout le temps, c'était la forme, plutôt les formes, et les couleurs...

 

Quand le sommeil vint enfin, il était lourd. Les paupières avaient du mal à rester fermées, et les yeux, de temps en temps clignotaient dans un espace vide. Ici était la magie du rêve, pour entrer en lui, et le découvrir plus en profondeur encore.

 

La logique n'était plus, et un soir, mon rêve prenait forme. Une sensation de bien être était bien présente, et rien ne pouvait me contraindre à interrompre ce rêve. J'étais léger...Léger comme de l'air, mais ce n'était qu'un songe aprés tout...

 

Toute une nuée de couleurs tournait autour de moi. Il me semblait bien qu'il y avait des couleurs qui m'étaient inconnues. Elles étaient au dessus de moi, tout comme au dessous, et tournaient.  Plus rien ne semblait logique, le corps ne suivait plus, laissant l'esprit se laisser entrainer dans une puissante spirale infernale.

 

Avant, c'était une période de noir assez bizarre, et ou il semblait pas y avoir de son. Il me semblait voir un mur de bricques ou de pierres, derrière les couleurs. à certains moments, c'était plus sombre, et plus noir, et au milieu, il y avait la lumière, souvent si intense, qu'il me semblait que les couleurs étaient en celle-ci.  Peut-être que la lumière et la couleur ne faisait qu'un ensemble.

 

Et je suis arrivé en un lieu calme et apaisé. Auparavant, il semblait qu'il y avait un pasage intermédiaire. La lumière semblait m'absorber, comme pour m'endormir... Elle se traversait comme on pouvait deviner tout l'univers, avec la sensation d'etre bien, et en harmonie avec soi-même.

 

Je me suis retrouvé ensuite en un lieu trés calme. Devant moi, se présentait un arbre immense, probablement un grand chêne. Tout en bas de l'arbre, il y avait une rivière. Le reflet de l'eau changeait l'aspect de mon visage, pour reproduire tous ceux de ma vie, de mon enfance, à maintenant. Tout était calme...Il me semblait que les heures, les jours, passaient à une vitesse folle...Mais il n'en était rien, le temps n'était plus là, et ne comptait plus. Assis au pied de l'arbre, plus rien ne semblait me sortir de ma solitude. Mais quelque chose allait me faire changer d'avis...

 

J'étais là, et rien ne semblait me contraindre à bouger, sinon, l'impression que j'étais observé. En haut de la riviére, il me semblait appercevoir un enfant. Le son était étrange, et en levant les yeux au ciel, il me semblait entendre des bruits de métaux qui semblaient tomber par terre.  Le chaud ou le froid ne voulaient plus rien dire,et en ce lieu étrange, je n'ai pas ressenti l'effet d'un quelquonque climat. Le temps qui était présent ici en ce qui concernait le climat, semblait se mélanger à celui qui était temporel, pour ne faire plus qu'un.  

 

J'ai ensuite suivi l'enfant, mais il semblait loin, trés loin...Aussi, le paysage commençait à changer. Et à un moment donné, je me suis retourné. Il y avait une immense porte en bois, derrière mois, peut-être en chêne massif, et ses limites semblaient se perdre dans un épais brouillard. J'ai alors décidé de continuer d'avancer. Devant moi, tout semblait être désolé : la terre semblait être fraîche, et toute remuée . Il n'y avait pas un seul brin d'herbe, pas une seule mauvaise herbe visible. Le terrain était d'une platitude magistrale, et immense. C'était trés dur d'avancer, mais à force d'espoir, il me semblait que j'étais le plus fort. Le soleil n'était pas là, mais le sifflement du vent , sinistre, était bien présent. Dans cet Univers désolé, la silhouette de l'enfant apparaissait dans un lointain infini. Comme le paysage était invariable, j'ai alors pris la décision de le suivre, car je ne savais pas ou aller...         

 

Tout devant moi n'était plus qu'un espace immense, et en marchant, toutes les images de ma vie défilaient, et même celles que j'avais oublié.  à force de voir toujours le même type de paysage, vide, ce qui restait en moi pensait à autre chose, pour encore plus réfléchir, penser, et voir les choses autrement. 

 

L'espace d'un temps inconnu, il me semblait tout connaître de l'Univers, comme tout n'être rien aussi. 

 

Plus tard, la terre semblait se dérober sous mes pieds, tant et si bien que je n'ai plus touché le sol.

 

Tout ce qui était autour de moi n''était  plus que le silence, coupé à de rares reprises par d'étranges sons qui ressemblaient à un objet métallique qui tombait par terre.

 

Un lieu étrange se dévoilait sous mes yeux : un épais brouillard laissait cependant deviner des formes. Il semblait y avoir des présences autour de moi, mais les mots me manquent pour décrire. J'avais l'impression de parler à plusieurs personnes en même temps. On m'incitait à aller toujours plus au devant, c'était le sentiment aussi d'apprendre sans cesse des choses. Ce qui revenait souvent, c'était des discussions sur ce qu'était "être", observer les autres, et le monde, toujours espérer et croire à ce qui était élaboré par la force de l'esprit.

 

Tout n'était plus que formes et lumières, comme tout semblait être réduit au minimum, pour laisser plus de temps àl'échange et à la parole, dans un esprit de partage.

 

Aller plus loin que la compassion, aller toujours vers les autres, et résoudre les conflits par le verbe. Ne jamais s'éloigner de ce qui fut, et ce qui à été, être soi même, et faire ce qui est toujours au plus profond de nous, et convaincre, toujours par la parole. 

 

Avancer, et marcher presque à l'infini dans ce qui ressemble à un désert, c'est se construire comme un architecte du monde. Ce qui est construit n 'est jamais défait.

 

En ce lieu, en ce rêve, j'ai parlé avec des êtres que je pensais connaître depuis l'éternité. L'un d'eux en particulier vint me parler. Au début, il m'appellait par un autre nom, et je ne comprenais pas.

 

Ensuite, il s'est plus approché de moi, encore. Et puis nous avons parlé, sans doute une éternité. 

La vie sur Terre me semblait bien loin. Ici, en ce monde, il n'y avait pas de différences entre les individus, et tout le monde se connaissait. Dans la vie réelle, sur Terre, il y a des différences. 

 

En ce monde du songe, personne n'est divisé, et tout le monde est solidaire. Tout conflit est résolu par le dialogue, et vers la parole. Il n'y a pas d'obstacles, et le plus timide cotoiera assez rapidement le plus démonstratif. De plus, il n'y avait pas d'esprit communautaire, et celui qui souhaitait partir était libre de le faire.  

 

Vers la fin, si il y en avait une, celui qui devait partir devait savoir qui il était, et ce qu'il devait faire, et surtout, ce qu'il voulait faire de sa vie. Tout devait être remis en question, pour mieux reconstruire l'aprés.

 

La vie devait se vivre ensuite comme elle était. Ne pas aller vers le haut, ni aller vers le bas. 

 

Et j'ai décidé de partir, de quitter ces êtres d'un autre univers, d'un autre temps, ni passé, ni à venir...

 

Dans ce qui est vain et inutile, il y a toujours une force redoutable et il faut canaliser. Ainsi, par exemple, l'artiste pense trouver une force en se plongeant dans l'invisible, ce qui est montré semble toujours démontré. Sur Terre, le plus souvent, on n'aimera pas l'artiste, et on lui lancera un regard comme pour lui dire, souvent, qu'il n'est pas de ce monde.

Ce qui est recherché, c'est construire dans ce qui est vain et inutile, et revendiquer son identité ... étrange rêve, mais parfois, il y a du bon dans du rêve. Ainsi, on m'a appris que les plus grandes réalisations résultaient de rêves fous, mais apprendre, ici, s'apparenterait à un leurre...

 

Ainsi, l'espérance est un rêve qui finit souvent par se réaliser, et ce qui a un début à toujours une fin. Et tout peut se montrer par des images, des mots et du dialogue. Peut-être que l'homme vit pour mieux comprendre qu'il va un jour mourir.

 

étrange... Ce rêve m'indiquait qu'il était souvent nécessaire de revenir à ce qui était initial, à l'image d'un vieux mur qui finit par tomber... Le plus important étant que celui-ci sera toujours reconstruit, surtout si il est utile. 

 

Communiquer est utile, et c'est se faire comprendre, pour trouver des mots pour expliquer, et par exemple résoudre les situations de conflits. Quand un plus grand nombre est en face d'un seul homme, il peut l'envoyer par exemple à la guerre, et le pauvre homme ne comprendra pas pourquoi il va participer à un conflit, dont le plus souvent, il ne comprendra pas les raisons . Sur Terre, pour survivre, l'homme recherche le plus souvent à vivre à travers plusieurs  hommes...à cela, la jalousie est souvent ce qui est le plus visible : on ne cherche pas à comprendre, on se met en retrait, pour ensuite mépriser...Il n'y a pas de monde idéal, certes...Mais il y a toujours des rêves bizarres , riches en enseignements... 

 

Face à tout cela, il y a une perte de repères. Tout semble si difficile, pour se situer, ou évoluer, et il faut prendre ce qui est autour de nous comme une source d'informations.

 

Les souvenirs se perdent ensuite dans un monde du silence, balayé par un vent sinistre, mais ils sont toujours aussi présents, pour ressurgirs à nouveau, comme si ce qui fut fait revenait sans cesse, pour voir qu'il reste une trace, au plus profond de nous-mêmes. Ce qui est derrière nous est bien alors vécu comme du passé, mais laisse toujours une trace visible et émergente...  

 

Ce qui parait si éloigné dans le temps semble être comme recouvert de poussières, alors que ce temps est parfois si proche. Les années ne sont qu'une accumulation de jours, et comme chacun le saît, tous les jours se ressemblent.

 

Le rêve est donc une trace de ce qui fut visible. Son contenu, le plus souvent reprend des envies, et des espoirs. Mon rêve continuait, et on me demandait à présent de passer derrière de grrandes grilles en barres de fers, dont le sommet de la hauteur se perdait dans le ciel. Le plus simple, comme c'était mon rêve, c'était de la survoler. Mais devant ce qui était à faire, j'ai compris qu'il y avait des personnes qui ne le souhaitaient pas. Mes bras et jambes étaient pris de tous les côtés, et on me tirait les jambes. Comme un semblant de douleurs trés brèves arrivérent, et j'ai compris alors que c'était des forces obscurres qui ne souhaitaient pas me voir accomplir un souhait désiré. Tout ne passait pas par la violence, et celle-ci n'était pas une solution. J'ai donc ensuite été libre, je me suis envolé, et j'ai donc vaincu l'arbitraire.Le temps n'est plus alors qu'une image, et pas encore la fin, ni la porte des abymes...

 

En haut, on m'attendait, pour me parler d'"être", et de "volonté", et "créer". Créer , c'est voir et pouvoir, et être aussi. Ne pas rester là à attendre, mais entreprendre. Ce qui doit être crée doit aller souvent plus loin que ce qui est visible, et aller vers la forme. Ce qui est vu ne doit pas le plus souvent être reproduit, mais contourné. Ce qui est là doit afficher sa présence par sa singularité, pour essayer de rejoindre le plus possible le rêve. Ce qui est crée doit avoir sa part de rêve(s) tout comme son histoire...   Le rêve devenait constructeur, pour me guider dans la vie.

 

Peut-être que le rêve peut permettre des fois, de voir la vie autrement, pour faire table-rase sur le passé, et voir plus grand encore. Dans des circonstances rares, le rêve peut s'apparenter à une seconde vie. Une partie de notre vie se déoule en un espace sombre, et l'autre partie se passe dans la lumière, le jour laisse place à la nuit. Il y a une part d'ombre en nous, tout comme il y a une part dévoilée. Le rêve est notre part qui est au plus profond de nous, notre intimité, peut-être ce qu'il y a de plus précieux.

 

La vie peut s'apparenter à une jungle, ou chacun cherche sa place, ou à se situer, tout comme la vie impose des règles. Un homme est un homme, et il n'a pas à être différent d'un autre, et pourtant, il y a le plus riche, et le plus pauvre, le plus instruit, et le plus ignare. Le savoir ne suit pas forcément la richesse, tout comme le rêve peut être vécu différemment d'une personne à une autre...Donc, à chacun sa part de rêve.  

 

Avant de partir et quitter le rêve, il était nécessaire aussi de résister, dans la vie de tous les jours, pour aller plus loin dans la liberté.

 

Mon rêve prenait enfin fin. Le réveil était difficile. En s'ouvrant, les yeux allaient retrouver un Univers connu, le monde du songe restant lui, tout aussi méconnu, et insaisissable.  

 

Il ne restait plus que de l'ombre, sous le soleil, et en marchant, il m'arrivait de penser que ces ombres pouvaient êtres les esprits de ces hommes gardiens de cette Afrique d'autrefois, et qui fut.

                                                                                                                                                 FIN 

 

 

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 11:38

(Suite du texte trouvable plus bas... "Obscur à soi-même, Journal d'un artiste 1)

 

On lui avait donné le surnom de Bobo car on pensait qu'il se faisait bien du mal, avec sa sacrée histoire, son vrai prénom était Bruno, mais c'était comme ça...

 

Il y avait un certain Yvan, aussi, qui lui était l'homme sans âge. Il racontait à qui voulait bien l'entendre qu'il jouait jadis aux morpions avec Napoléon, sous un bivouac. Il se disputait souvent avec Bobo, car il racontait que c'était un imposteur. Sinon, Yvan racontait avec joie qu'il avait connu Charlemagne, qu'il décrivait être un ivrogne, et puis, pour le reste de ses rencontres dans le temps, ça ne se terminait jamais...

 

Et enfin, il y avait Saturnin, un grand gaillard de deux mètres qui prétendait être l'homme le plus jeune du monde. C'était vraiment n'importe quoi, car à le regarder, on lui donnait bien au moins soixante dix piges, à tout casser...

 

Mais il insistait, c'était lui l'homme le plus jeune du monde, et il n'en démordait pas. On avait bien essayé de le placer à l'hospice, avec des vieux de son âge, mais ça ne marchait pas : Yvan avait fait une grosse dépression carabinée.

 

Depuis, il était là, "soigné " d'un point de vue officiel. Avec les autres, il continuait de raconter son histoire, et les autres racontaient eux mêmes leurs histoires...

 

Il n'y avait personne pour croire à de telles sornettes. Sauf eux. Encore que, Yvan tourmentait Bobo, car il prétendait que Bobo était un imposteur, car il avait connu lui-même le "grand" Napoléon...

 

Quand j'ai commencé à monter mon atelier dessin à l'asile, Yvette était bien agitée. Souvent, elle poussait des cris, et elle remuait des mains. J'ai alors souhaité en savoir plus, et elle m'avait racontée que comme elle était une "flaque" d'eau, elle et le dessin, ça pouvait pas faire...

 

J'ai alors trouvé une solution, en achetant de la peinture liquide, et puis, ç'était prévu dans la liste du budget que m'avait accordé Mr le docteur Formol, directeur de l'asile. En plus, je savais que c'était de la peinture à l'eau. Donc, c'était trés bien...  

 

Yvette était alors dans son élément. Trop peut-être. Elle fonçait sur la feuille de papier grand format placée à terre, en s'enduisant de peinture... Et aprés chaque séance, c'était la douche.

 

Il y avait des variantes, et souvent, elle poussait le cri du crapaud. Le docteur Formol semblait trés satisfait.

 

Les autres cas semblaient plus difficiles...Aprés des séances d'électrochocs, ou autres séances de conditionnements, j'avais carte libre pour lancer un projet culturel. C'était chouette!

 

La folie était une forme de perdition, et elle m'intéressait beaucoup. dans ce qui était l'esprit, il y avait une rupture, et il y avait chez ces gens quelque chose qui me touchait, mais qui ne s'expliquait pas. ils étaient peut-être prisonniers du temps, ou bien d'eux-mêmes...

 

J'ai alors découvert Yvan un peu plus. Au juste, il ne savait pas quel âge il avait. Il pensait cependant qu'il avait plus de cinq mille ans. Yvan expliquait que aprés ce qui correspondait à l'espace d'une vie d'homme, il aimait bien faire un break dans le désert, ou les forêts de Sibérie, pour une période de quarante ans. Alors, forcément, il ne pouvait pas être partout, et il y a donc des périodes historiques ou de grands personnages qu'il n'avait pas connu. Ainsi, par exemple, il avait raté la révolution Française, et c'était Napoléon en personne qui lui avait annoncé la nouvelle quand il l'avait croisé sur le pont d'Arcole, et lui, au contraire de Bobo, ce" minable de Bobo, il l'avait vraiment rencontré...  

 

Tiens...Si il avait déjà rencontré Napoléon sur le pont d'Arcole, ça voulait dire qu'il l'avait rencontré ensuite, Yvan avait parlé de "bivouac", donc, il fallait en savoir plus...

-Effectivement, je l'ai rencontré une seconde fois, c'était en 1815 à Waterloo. Je m'en souviens comme si c'était hier...Le grand Bonaparte de Napoléon avait une forte rage de dents, et c'était ça qui lui avait fait perdre la bataille, me raconta alors Yvan. J'ignore si Napoléon avait eu une rage de dents, mais Yvan commençait  à me faire peur.

 

Je lui avait alors passé des feuilles de dessin, ou il s'amusait à dessiner des légions d'honneur, et des aigles. Yvette devenait de plus en plus inquiétante, en poussant de plus en plus des cris de crapaud. Maintenant, elle envisageait en plus d'être une flaque d'eau, d'être une serpillère. Toute la peinture à l'eau ou la gouache passait par terre. Elle trainait là, et fonçait sur le parterre comme si elle était à une compétition de formule1, mais ce n'était pas mon objectif. Pour moi, c'était par une forme de loisir de faire en sorte de la changer, et non d'empirer les choses, ce qui pouvait être le cas. C'est alors que j'ai trouvé une superbe solution. J'ai acheté de grandes feuilles, et même si c'était la crise, ça entrait parfaitement dans le budget que m'avait accordé l'asile. Yvette projetait tout son corps sur la grande feuille de papier. Je crois qu'on avait donné à ça le nom de anthropomorphie, mais je doute. Dans tous les cas, Yvette pratiquait le Body-Art. Un journaliste du canard local était passé, et avait écrit un article. Il fut suivi de beaucoup d'autres.

Sereine, Yvette, du haut de ses soixante-cinq ans pouvait envisager un second plan de carriére  bien mérité. Elle devint ainsi une artiste d'art contemporain réputée en ce qui concerne le Body-Art. Mais souvent, ça pouvait aller trés loin. Ainsi, recouverte de peinture fraîche, elle voulut un jour se jeter sur le président de la république, et le souiller de peinture bleue. Mais ce n'est pas contre le président de la république qu'elle fut projetée, mais contre ses gardes du corps. Il y eut alors une polémique: les dérives de l'art contemporain. Du coup, le président de la république en profita pour fortement diminuer le budget du ministére de la culture, et furieux, il déclara : "l'art ne sert à rien !"

 

Aussitôt placée en hospice, Yvette n'en démorda rien de sa verve artistique. Ainsi, elle travaillait volontier avec les infirmiéres, "les hospiciéres", comme elle disait.

 

Yvan avait beaucoup de jalousie que Yvette soit devenue une artiste. Il racontait à qui voulait l'entendre que Napoléon, donc lui, était un mécène de l'art. Donc, en principe, Yvan n'était pas opposé à faire de l'art. Mais il voulait faire du David, le grand artiste peintre de la révolution et de l'ére Napoléonienne. Mais Yvan était nul en dessin. ça le frustrait. Je lui ai alors dit qu'on pouvait faire de l'art sans savoir dessiner...ça tombait bien, l'ex-femme de Yvan lui avait acheté un camescope, et j'ai aussitôt parlé de l'art vidéo à celui-ci. Il était trés enthousiasmé.

 

Yvan souhaitait faire des "Performances", pratique artistique alors trés en vogue dans l'art contemporain. Yvan me demandait de le filmer. Son travail artistique se limitait à provoquer des commerçants, ou des agents de la force publique. Par exemple, devant l'étal d'un marchand de fruits, il mangeait des pommes jusqu'a ce que le commerçant réagisse. Génétalement, ils étaient fous furieux, et encore plus fous que Yvan lui-même. Certains méritaient l'asile, et c'était certain, mais... C'était Yvan le fou. Il se plaisait dans cet art là, et il avait demandé au docteur Formol de s'incrire dans une école des Beaux-Arts. Le docteur Formol avait accepté, et bien que fou, le discours d'Yvan devenait de plus en plus cohérent. Le docteur Formol m'avait raconté avoir des doutes sur la démence dont était victime Yvan. Formol pensait que Yvan se moquait des gens, et que c'était un simulateur, et le pas n'était pas grand pour parler de "provocateur". 

 

Avec les semaines, l'asile avait tendance à devenir de plus en plus , ou à ressembler à un centre d'art. Il restait à aborder le cas de Saturnin.  Avec ses deux métres de hauteur, et ses cinquante cinq ans, Saturnin prétendait être l'homme le plus jeune du monde...C'était trés curieux. Il est vrai que la première chose que je lui ai demandé, c'était de savoir pourquoi il prétendait ça...Saturnin m'avait répondu que pour son âge, il était trés sportif. Mais ça n'expliquait pas tout. Furieux, Saturnin avait sorti son doudou, une sorte d'ours en peluche...Mais ce n'était pas convainquant.

-Hein ? Pourtant quand qu'j'ai pointé aux trois jours pour l'armée, c'est avec le même doudou que j'y ai pointé. Et que j'en raconte que les militaires, et bien, ils m'ont réformé ! me raconta Saturnin, encore plus furieux.

 

Mais c'était toujours pas assez pour expliquer, et le convaincre de la raison de son internement. Et c'est alors, que avec surprise qu'il me raconta une autre histoire :

-Ma foi, ben oui... Tu vois Picasso ? Moi j'y ai lu dans ses orbites, dans son esprit. Son p'tit rêve à lui, c'était de redevenir un minot. Toi l'artiste, moi je vais te parler de culture...Bien Picasso, paix à son âme, son grand projet, c'était de faire des dessins comme les mouflets. Mais c'était trop dur, et le Picasso, ben, il est mort tout dégouté... Moi je l'ai trouvé le grand secret. Moi, quand j'étais un minot, mes dessins, c'était des spirales, alors, j'ai pris des feuilles de papiers, et j'ai fait des spirales. Point. J'ai plus rien à apprendre, j'y suis redevenu un minot, j'suis l'homme et le quidam le plus jeune du monde, et voilà...

 

Il faut donc ajouter que Saturnin pratiquait le dessin avant les autres, ou plus qu'eux, à de nombreux égards...

 

Son histoire ne tenait pas la route, mais j'étais bien décidé à faire dessiner autre chose que des spirales à Saturnin. Mais c'était bien difficile, et il me mordait quand je le forçait à faire autre chose.

 

Alors, j'ai parlé avec Saturnin de l'enfance, de son enfance, des dessins et peintures d'enfants, et je lui ai montré des exemples. C'était dur de discuter avec lui, mais il y avait un rapport de confiance qui se mettait en place.

Finalement, Saturnin trouvait que c'était pas si idiot que ça que de faire autre chose...

 

Un jour, Saturnin à pris des pinceaux, et il a recouvert de peintures de grandes planches, il y avait beaucoup de couleurs, et ses peintures abstraites étaient magnifiques.

 

Un expert en art était passé, et il avait estimé que Saturnin réalisait des oeuvres d'art "brut", "une forme d' art propre aux malades mentaux" . Saturnin, furieux, avait cassé la figure à l'expert, et celui-ci avait rapidement modifié son avis : Saturnin était désormais considéré comme  un artiste d'art contemporain à part entiére, et de plein ordre. Certains parlaient de manipulation, alors, Saturnin, furieux, était monté à Paris "casser la figure", et faire des "bobos" aux experts de l'art qui lui fesaient de l'ombre. Considéré comme un tyran, Saturnin fut par la suite trés craint du milieu de l'art, mais il n'en démordait pas. Pour moi, c'était compliqué, et le docteur Formol ne manquait pas de me critiquer, car pour lui, ce qui se passait dans l'asile commençait à remettre en cause ses méthodes de travail. Pour arranger le coup, à ma grande surprise, le docteur Formol voulait "porter le chapeau". En bref, si je voulais continuer à bosser dans l'asile, fallait dire que c'était lui, le docteur Formol qui me demandait de mettre en oeuvre cet atelier artistique, qui avait pour but de faire du "social" avec des fous. C'était une étrange forme d'imposture... 

 

Yvan le fou, à ma grande surprise, la semaine suivante, avait lancé une tarte à la crême à la figure du docteur Formol, qui furieux, l'avait passé aussitôt aux électrochocs, et ça n'avait pas arrangé les choses. 

Les fous devenaient de plus en plus fous, et se méfiaient de plus en plus du docteur Formol, qui était considéré comme un tyran. Certains racontaient que le docteur était encore plus fou que les fous, mais rien n'était évident. 

Moi, au milieu de tout ce petit monde, j'étais de plus en plus oublié, de plus en plus isolé, plus les fous devenaient des créateurs aux grands coeurs de provocateurs .

 

Finalement, la conclusion de cet épisode de l'asile fut sans lendemain. Les infirmiers étaient devenus encore plus fous que les fous eux-mêmes, et le directeur était encore plus fou que les deux groupes. Donc, pour moi, il n'était plus question d'être payé pour mes menus services. En allant voir le docteur pour un paiement de plus en plus compromis, la folie se lisait et était visible de plus en plus en allant à son bureau. Le docteur Formol se croyait désormais pour l'"élu", ou le "nouveau Jésus Christ". Ce fourbe et dément m'attendait avec une perçeuse électrique derrière la porte de son bureau. En partant à ma poursuite, la prise de ce terrible appareil se débrancha, et se trouvant bien seul face à moi, et idiot, le docteur démenta être un dément, se considérant comme "normal". 

 

Le petit monde de la folie commençait à me peser, quand le docteur Formol me fit une drôle de proposition :

 

-Par pitié, il faut que mes patients redeviennent fous. Nous sommes en période de crise, et si je n'ai plus de patients, il n'y a donc plus d'asile, donc plus du tout des fous, et moi, je me retrouve sans travail. Il faut de tout pour faire un monde, et il faut des fous aussi, même si il y a de plus grands fous sur terre, et faire revenir l'asile, c'est pas du tout contraire à votre objectif, qui est d'épanouir par l'art...

 

Moi, à entendre ça, je lui ai dit que c'était vraiment un cinglé, et qu'il fesait pitié, et que c'était vraiment lui le cinglé, même si c'était le système qui avait tendance à aller au plus mal.

 

Et je suis rentré chez moi, pour écouter, ou re-entendre la parole des enfants ou des plus jeunes, ou il était question chez eux de voir, ou de construire un autre monde, plus simple, avec moins de stress, et plus joyeux.

Pour dire, que dans le fond, moi aussi j'avais oublié mes rêves, ou plus précisément une autre façon de voir le monde. Il y a des changements dans tous les recoins ou tournants des chemins, et j'ai appris que en devenant adulte, l'homme devenait plus sombre, et plus amer. Celui qui parlait jadis, à un autre avec aise, se voyait maintenant être incompris, l'autre ne l'écoutant plus, étant devenu distant, comme si il suivait les années, le temps ayant creusé un immense fossé, comme cet exemple pouvait être à lui seul un exemple, comme d'autres. 

 

C'était la crise...Et les gens se plaignaient que les fous aient des pratiques artistiques. Certains demandaient avec insistance de faire travailler les fous. Pour remédier au probléme, le docteur Formol utlisait le plus souvent possible les électrochocs. Et puis, ce n'était pas suffisant, non, ce n'était pas assez, les gens racontaient que "l'art, ça ne servait à rien", et que les enfants ne devaient pas faire de l'art, en projetant de la peinture sur de grandes planches, car c'était pas normal. Un jour, une vieille dame, en promenant ses deux chiens me traita de "parasite", en me racontant que l'art, c'était fait pour les malades mentaux, et que des gens comme moi n'avaient rien à faire avec des enfants, et que des gens comme moi devaient être placés dans un asile, passés aux electrochocs. ça tombait bien, et j'ai alors parlé de l'asile, mais ça n'avait pas l'air de réjouir la vieille dame. 

 

Avec la crise, ça devenait de plus en plus dur d'organiser un atelier artistique de culture urbaine avec des enfants. La police passait réguliérement, pour vérifier mes papiers. Aux dernières nouvelles, un grand fou, avec des enfants, peignait du grand n'importe quoi...De la peinture était projetée contre des planches. Certains pensaient que c'était bien malsain. Une milice populaire de citoyens passait réguliérement, et mettait par terre les planches, car l'art pratiqué ne convenait pas,c'était un prétexte et que c'était contre la morale...Je crois. On m'a ensuite coupé les budgets, de sorte qu'il n'y avait plus de peinture...Plus rien ! Il fallait être aux normes...

 

C'est alors qu'un grand événement intervint. Tous les fous de l'asile s'étaient évadés, et la raison principale, qui était avancée, était que le docteur Formol utilisait beaucoup trop les électrochocs sur eux. De plus, une nouvelle machine, plus performante était arrivée : elle ressemblait à une chaise électrique, et il y avait même une éponge qui allait avec. Aussi, avec la crise, l'asile était depuis quelques temps bien rempli. Avec les nombreuses dénonciations, de nombreuses personnes étaient maintenant internées, avec des profils différents. Certains n'étaient pas si fous que cela, et pour ainsi dire, pas fous du tout. Avec les machines à électrochocs, donc, ils n'avaient pas du tout l'envie de devenir fous vraiment. Mais ce qui devenait inquiétant, ces derniers jours, c'était de voir des gens, réputés délateurs, internés à leurs tours...Bref, on ne savait plus vraiment qui était fou ou non.

 

La crise engendrait beaucoup de tensions, et je crois bien que le monde devenait fou, et peut-être moi avec lui. Alors, pour remédier à tout cela, j'ai repris le dessin en dessinant des monstres rigolos. J'ai crée des scénes de délire, des scénes Apocalyptiques, et finalement, c'était plutôt drôle à concevoir, et puis, ça changeait les idées. Voir ce monde de fous m'encourageait à l'interpréter de façon différente. Au bout du compte, j'étais pas si fou que cela, et mes petites histoires en dessins ressemblaient à ce monde immonde. à regarder de plus prés, l'homme dans son histoire, et dans l'histoire du monde au sens le plus large, se cherchait bien des histoires... Du moins, il était vraiment trés fort pour compliquer les choses. Mais je pense que ça avait du sens, le monde avait toujours tourné ainsi. Il était à l'image de l'homme, et si celui-ci était malade, tout le monde plus ou moins devait suivre. C'était comme une image, et moi, quelque-part, j'ai aussi reproduit des images, ma vision du monde. 

 

Un monde de cauchemar...Oui, c'était un monde de cauchemar que voyait défiler mes rêves. Je n'avait jamais envisagé de voir une société idéale, ou l'envisager, mais tout arrivait en vrac, et en même temps, ce qui n'était pas évident, loin de là, à gérer. Un matin, j'ai reçu un coup de téléphone de l'asile, du centre Saint-Paul. Le docteur Formol me donna un rendez-vous à propos de mon salaire et du paiement. Tiens...Sur le coup, effectivement, j'avais oublié de demander mon salaire. Qu'importe! ces prochains jours, j'allai bien finir par le réclamer ! 

 

Je suis donc retourné à cette maison de fous. Le docteur Formol était là, bien présent. Il semblait de plus en plus dingue, de plus en plus fou. 

-Vous savez, c'est la crise. Donc pour vous, pas question de vous verser un salaire...Voilà...

 

C'était scandaleux ! oui scandaleux de voir tout un investissement ainsi partir en fumée ! Donc, sir le coup, c'était moi qui était devenu un fou furieux, pour demander mon reste, ce salaire de misére...

 

La gendarmerie est arrivée, et j'ai tout de suite raconté que le docteur Formol était non seulement un fou, mais un escroc. Pour résoudre mon "probléme", le versement d'un salaire, donc, s'imposait. 

Aprés avoir parlé avec le docteur, l'un des représentants de la gendarmerie vint vers moi:

-Mais Monsieur...Il faut comprendre que c'est la crise! Vous savez, c'est dur pour tout le monde...Vous n'avez qu'a aller à la soupe populaire!

 

Sur-ce, j'ai estimé que il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond, et l'espace d'un instant, j'ai médité. Si la terre ne tournait pas vraiment rond, j'ai remarqué que souvent, le monde, le pouvoir, pouvait appartenir aux plus fous, et c'était une question de logique. Donc, je suis devenu moi aussi un fou furieux en puissance, pour faire valoir mes droits bafoués. J'ai alors foncé comme un dément sur les gendarmes, mais en priorité sur le docteur, et j'ai simulé un grain de folie ordinaire. Ensuite, j'ai démenti être un dément, mais le mal était fait. 

 

Mais j'ai eu gain de cause. On voulait m'interner, et j'ai plaidé que c'était arbitraire. C'était peut-être vraiment fou de dire cela, mais cependant, ça avait bigrement bien marché. Un jour, comme par magie, j'ai fini par recevoir mon salaire. C'était étrange, mais sans avoir jamais rien demandé, mais avec de la colére,comme l'éclair, tout finissait par aboutir.

 

C'était vraiment rigolo, mais surtout trés audacieux, et donc, de surcroît, ça me parlait beaucoup. Avec ce grain de folie, c'était peut-être constructif de transposer tout cela sur mes dessins artistiques...Pourquoi pas ? Aprés tout, ils pouvaient devenir plus rigolos. Alors, ce qui était dit, ou plutôt pensé, fut fait: le petit monde de mes personnages devint franchement dingue. J'ai mis beaucoup plus de stress, quelques larmes, avec des scénes invraisemblables. Bref, une histoire, à l'infini, qui ne tenait pas debout. C'était peut-être une vision, ou une histoire de la folie ordinaire...

 

Cependant, c'était pour moi une vue imposée, mais qui s'imposait. En définitive, ma démarche était de suivre mon époque. La crise générait un scénario trés particulier, et à interpréter, transposer délicatement. Histoire de confiance...

 

La confiance était effectivement un grand mot. Ainsi, j'ai constaté que pour entreprendre la création d'une oeuvre, le manque de confiance était bien présent. à vrai dire, c'est dur à expliquer, mais j'ai le sentiment de ne pas avoir envie de dessiner...Oui, il n'y a pas de désir, et pas d'envie. Si je dessine, la passion n'est pas présente, et en plus, avant de m'y mettre, j'ai pas mal hésité. C'est plutôt de la necessité. J'ai remarqué une forme d'absence...Oui, c'est cela, de l'absence. Je dessine, mais j'ai le sentiment d'avoir au dessus de moi un grand vide, que j'ai bien du mal à définir, et il ne se passe rien, et c'est ainsi...J'ai peut-être des attentes, mais elles n'arrivent jamais. Je dessine comme je peux, avec le souci de faire toujours mieux, ou plus. Je regarde toujours autour de moi, j'observe mon époque, mais mon regard, toujours plus curieux n'est jamais satisfait.

 

Il y avait peut-être un coup de péssimisme, ou de la déprime, mais c'était comme ça...Il faut dire que les temps devenaient inquiétants, et que mon regard commençait à voir plus loin...Mais de là à me dire que je me faisais des idées, il n'y avait qu'un pas. Un jour, j'ai croisé une mamie qui promenait ses chiens...Oui, de grands toutous, de sacrés clébards. Il y avait un grand Saint-Bernard, et un petit Cocker. La mamie pestait contre moi à l'occasion d'une séance de l'atelier peinture avec des enfants :

-Les mouflets, il faut les envoyer en apprentissages ! la peinture, bon dieu ! ça sert à rien! c'est du grand n'importe quoi! mon dieu !  Qu'elle disait...

-C'est un monde tout de même ! Ils vont mal tourner les minots ! mon dieu!c'est qu' ils sont tous petits ! 

Et j'ai répliqué : -C'est du loisir Madame, ici c'est un centre de loisirs...Pour l'apprentissage, faut voir ailleurs, c'est vrai qu'ils sont tous petits les minots, mais vous trouvez pas que l'apprentissage, ce serait mieux pour plus tard ? 

-Insolent ! Insolent ! Mon dieu! mon dieu! Allez Malabar, attaque !!! 

 

C'était le gros Saint-Bernard qui fonça sur moi. Mais la bestiole était loin d'être agressive. Au contraire, le gros chien s'étira sur moi, posa ses deux grosses pates sur mes épaules. Il était tout joyeux, le Malabar, et semblait content d'être là. Dans le fond, c'était un bon copain, ou plutôt un nouveau copain que j'ai trouvé en ce jour, assez différent d'un autre.

-Bon sang ! V'la que le Malabar il fait ami-ami avec le fourbe ! Oui! le fou dangereux du quartier !

 

C'était une situation bien locasse, mais je suis resté diplomate, en bons termes avec le chien, le nommé Malabar.

La dame est rentrée folle furieuse chez elle, mais ce n'était pas fini pour autant. Elle m'avait envoyée son mari,ivre et c'était ma foi, plus compliqué :

-Moucheron ! dégénéré qu'est ce que tu as dit à la patronne ? Hé? Tu as lancé des éffluves ? Hé ? 

-Mais non ! c'est juste que votre femme ne comprend pas ! ici, c'est un centre de loisirs, c'est à dire un endroit différent de l'école ou d'autres lieux, et en plus, c'est plutôt pour les plus jeunes, et votre femme parle d'apprentissage...Il y a donc erreur...

-Hé? Qu'est-ce que c'est qu'ça ! des horreurs! voui! voui! des horreurs! jeter de la peinture sur des planches, c'est d'l'art ça? c'est des horreurs que j't'ai dit ! hein? toi le fou! 

-N'importe quoi ! vous ne comprenez rien ! alors, si j'ai bien compris, les minots ne doivent rien faire! c'est ça ? 

-Hein? Hein? Bien sûr ! c'est comme ça qu'ils deviennent des délinquants, les mouflets, quand ça devient plus grand aprés, ça perd la notion d'respect, v'la! alors, faut prendre la ceinture! faut faire comme dans l'ancien temps de jadis! Purée!!! 

Inutile d'aller plus loin, mais cependant, je lui ai dit qu'il se trompait de sujet, et j'ai parlé d'autre chose, ce jour là, et de jardinage. ça semblait l'interesser, et puis, ça tombait bien. Rien de tel pour apaiser les esprits. De plus, il était partant pour jardiner. Fallait bien trouver une solution tout de même. 

 

J'ai donc continué à porter mon regard, et mon analyse artistique de la crise, et j'ai trouvé qu'il y avait du grand n'importe quoi, certain diraient "un grand bordel"...Oui, il y avait un grand délire, du grand bazar...

Finalement, c'était plutôt positif pour moi, et ma création...Et puis, ça m'inspirait vraiment, pour créer des scènes avec de nombreux personnages tous aussi dingues les uns des autres. Mais ce n'était pas assez, et j'ai donc rajouté des monstres par la suite, peut-être pour montrer ce qui ne se montrait pas. à penser beaucoup, il est vrai que j'avais mon regard à propos des faits de société, mais souvent, les mots me manquaient pour décrire, ou comme je l'ai dit souvent, mon regard ne portait pas assez loin. Les monstres montraient sans doute ce qui pouvait se décrire difficilement, ou montrer ce qui était invisible, et tout cela me troublait beaucoup. Ce que mon regard pouvait voir, mon esprir avait de la peine à l'analyser, et pourtant, mon sentiment, comme ma volonté était d'aller jusqu'au bout, mettre des noms sur les choses, ou décrire. C'était comme me mettre dans la situation de dessiner, pour ensuite avoir peur de ne pas savoir dessiner...Bref, avoir peur de ne pas aller jusqu'au bout de ce qui est pourtant trés simple ! 

Peut-être que le décalage jouait beaucoup, et que la distance était trop éloignée de ce qui était la réalité. Il y avait peut-être du Jerôme Bosch là dedans, mais ça remuait superbement les méninges. Les bras m'en tombaient, et il me semblait que j'étais perdu en mon époque, et tout ce qui était moderne m'était finalement superflu. Le monde tournait mal, et ma vie tournait avec lui comme un disque sans fin. C'était à quoi correspondait ma vision trouble et péssimiste. Les mots étaient enfin mis, et placés comme il le fallait. 

 

Il y avait un ordre, mais ma volonté était à la traine, et à force de suivre, tout me semblait trés loin, comme un long voyage interminable. L'artiste se doit de toujours avoir des idées, mais moi, j'avais peur de ne plus en avoir un jour. à travers les jours, c'était construire mon monde, comme un architecte, un monde qui remplaçait le précédent, trop petit. Je n'ai pas compté, mais j'ai toujours espéré, comme voir naître un monde idéal. Enfant, mes rêves se comptaient par milliers...Oui, c'était ça l'enfance, mais en devenant adulte, le monde qui s'ouvrait devant moi m'apporta bien des déceptions, tout en n'ayant pas oublié l'enfant qui avait été en moi. C'était sans doute ce qui expliquait chez moi, cette recherche frénétique de l'inconnu. La définition de l'artiste devrait être ainsi : explorer du regard le monde, et rechercher l'inconnu, ce qui ne se trouve pas, ici bas, sur terre, comme  chercher à trouver un jour une porte, qui ne s'ouvrira jamais. Le vrai artiste, au plus vrai, doit être une personne isolée, avec une grande souffrance, pour trouver qielque chose qui se situe entre le ciel et la terre, et il parle pour lui, tout en cherchant toujours à se faire comprendre. L'artiste véritable ne cherche pas à ressembler, mais à sembler être, une personne avec un fort potentiel de vie. L'artiste, ainsi, médite, et trouve non seulement de l'ordre dans ses idées, mais arrive à trouver une solution pour être serein avec le sens de la vie.

 

La crise agissait ainsi comme une tempête, et moi, comme un marin, de ma proue, mon regard scrutait ce qui allait mal. Ce qui était le plus dur finissait par rejoindre ce qui était le plus doux, les rires laissaient la place aux pleurs, la violence laissait la place à la fraternité. Les extrêmes se rejoignaient , pour ne finalement ressembler qu'à un même ensemble. Il n'y avait donc plus de limites, alors donc, pourquoi m'en mettre à moi-même? 

Les rêves les plus fous m'étaient alors accessibles, et ma raison arrivait à supplanter tout ce qui pouvait me faire des obstacle. Un juste équilibre s'instaurait pour me permettre d'établir les limites entre le bien et le mal . L'eau chaude, ou l'eau chaude, c'était finalement la même chose, mais avec deux extrêmes. L'équilibre du monde était ainsi, et la magie de l'artiste était donc de décoder, de trouver les codes pour pouvoir lire, ou donner une traduction, qui pouvait être discutée par d'autres, mais qui pouvait toujours être remise en cause.    

 

Et puis, c'était trés important de penser ainsi. Comme un médecin, c'était soigner cependant ce qui était invisible, ce qui ne se voyait pas. Une douleur profonde mais universelle, dont le nom était inconnu. 

 

C'était suivre un chemin en solitaire, comme suivre les rails d'un train pour enfin, un jour, trouver une gare. Mais j'ai laissé quelque chose derrière moi, mais qui au fond de moi était toujours proche de moi. Le chemin était peut-être long, mais mon espoir était un jour de trouver, car ces chemins d'errances commençaient à être longs et interminables. Le bout du tunnel était long à trouver, mais quand un jour nouveau commençait, j'ai toujours trouvé dans quel sens il fallait aller, même si le chemin n'était pas si évident à trouver. C'était un autre monde qui était cherché, qui était plus lointain que le premier, mais qui restait invisible. Sa distance se mesurait avec le temps, avec les années, les jours, et les heures. C'était aussi un monde abstrait et solitaire, et c'était moi qui le définissait, en construisant mon trajet, et en élaborant mon récit. Et j'ai toujours gardé l'espoir, en ne regardant jamais derrière moi, mais en portant toujours mon regard, loin, vers le soleil. J'ai eu un rêve, un soir qui ressemblait à cette longue route qui ne finissait jamais, ou faire un arrêt était impossible, et ou le ciel voyait les nuages défiler à une vitesse folle, et ou le temps ne se voyait jamais, car il était invisible. Le rêve restait toujours présent, tout comme j'étais toujours resté fidéle à lui, tout comme j'ai entrepris. Le regard des autres n'avait plus de sens pour moi, le temps m'avait donné accés à une porte, et un jour, dans l'un de mes rêve, j'ai vu cette porte, et je suis allé au devant. Elle était fermée, mais un homme était près de moi pour me parler, et me donner les clés pour ouvrir cette porte. quand j'ai ouvert celle-ci, il y avait le ciel, et des nuages sous mes pieds. De ma hauteur, j'ai observé la vie, et il me semblait que tout ce qui était vivant ne pouvait échapper à mon regard. Plus loin de la porte, sur un nuage, il m'avait semblé voir un enfant, assis, mais c'était impossible. Au delà de la porte, sous les nuages, il y avait le vide, et la terre ferme semblait à des milliers de mètres. Mon regard semblait être profond, et l'homme qui était à côté de moi me raconta :

-Ici, c'est la vie vue de haut, entre la Terre et le ciel, et plus haut, c'est un autre ciel, vers d'autres terres, vers ce qui est inconnu. Ce que tu vois en bas n'est pas plus diffèrent de la vie que tu avais ici-bas. Le bleu est resté bleu comme l'est le ciel. En bas, tout change forcément un jour, comme un grand tourbillon emporte tout avec le temps, le paysage change, les civilisations changent et évoluent, ce qui est vu maintenant sera différent dans cent ans, mille ans, mais le temps, lui, ne changera jamais. Invisible, tu trouveras difficilement des mots pour le décrire. Le vent lui ressemble, mais il est toujours de passage, et c'est l'errance éternelle, qui n'indique pas le chemin...Donc, tu dois avoir des certitudes, et vivre avec elles. Ce que tu souhaites faire maintenant, n'attends pas demain pour le faire!

 

Ensuite, l'homme avait disparu, et j'étais seul, dans une sorte de tunnel, assis sur une chaise. Une table était devant moi, avec des feuilles de papiers, ce qui me donnait l'impression d'être un écolier,  et une plume et de l'encre. Quand j'ai regardé les feuilles, elles étaient toutes blanche , et il n'y avait rien qui était écrit dessus. Ce blanc semblait trop pur à mes yeux, et mon regard à regardé de plus près, et c'est à ce moment que je me suis réveillé. 

 

J'ai alors porté mon regard vers la route, qui representait pour moi mon errance. Plus rien n'était complet, et il y avait des fragments qui manquaient à mon histoire. Pour voir si le monde était si petit, je suis parti de nouveau le visiter par mes propres moyens, et par la route, qui elle seule pouvait me raconter une belle histoire. Et j'ai ainsi tracé mon propre chemin. Le monde n'était alors plus petit, ni plus grand, mais il me parlait, comme on parle à un homme. Les mots se trouvaient, au coin d'un carrefour.Dans les pays étrangers, on ne me voyait pas comme un voyageur, mais comme une ombre, un homme perdu qui avançait dans un silence de plomb. Parfois, le voyageur faisait une halte, pour parler avec des autochtones qui ne comprenaient pas sa langue, le voyageur était devenu une autre personne, pour parler avec des gestes et des signes, ou suivre tout simplement dans les regards, ou dans les sons d'une langue inconnue, un message caché. Le moi s'était perdu dans les paysages, pour devenir à l'image d'un caméléon l'illustration de l'errance. La terre inconnue cachait sous un voile épais mille trésors, et le sens de la vie retrouvait sa vraie valeur. On devrait découvrir le monde pour mieux le comprendre, et pour découvrir qui nous sommes, et l'errance ne doit pas laisser la place à l'indifférence. Mon chemin à suivi la route, mon regard étant trop pris à scruter ce qui était devant moi pour aller de l'avant. Avec la seule force de mes pieds, et un sac sur le dos, j'ai traversé des montagnes et des déserts, et j'ai autant connu le froid et la chaleur. La route semblait partout la même, mais le sol était différent. J'ai serpenté un long fleuve, qui n'était pas fait d'eau, mais de terre. Le bout du monde ne semblait pas être pour moi de l'autre extrêmité de la terre, mais ailleurs. Le bout du monde était pour moi une notion abstraite, et donc, il n'existait pas. Mon voyage à pris fin un jour, sur une plage, et la mer, démontée, était devant moi. Le bout du monde était là, devant moi, et j'ai posé mon sac sur le sable, comme un marin pose le sien, en arrivant à un port. Au départ, il y avait un grand silence, mais ce n'était rien qu'une pose du vent, qui revint aussitôt heurter les vagues. Plus rien n'était comme avant, et je me suis retourné pour voir le chemin accompli, pour pouvoir dire et affirmer que le monde était grand, la route partait vers l'infini, et moi, j'étais entre le ciel et la terre, ayant trouvé ce que j'ai vainement cherché. J'étais quelque part en Afrique, quelque part sur la côte Atlantique. Je n'ai pas cherché à savoir en quel pays j'étais. Pour moi, monde n'appartenait à personne, étant quelqu'un de passage. J'ai vu des enfants qui venaient vers moi, et dans la joie, ils me montraient la mer. Celle-ci me semblait être un long fleuve, et les mots ne me suffisaient plus pour décrire mon errance dont la fin était désormais toute proche. Le hasard pour arriver en ce lieu était trés important, tout comme j'ai regardé derrière moi, comme si le passé pouvait se confondre avec de longues distances, le chagrin aidant. Je n'ai pas oublié, et pourtant, c'était hier, et sur la route, j'ai laissé en de multiples endroits une part de moi, et de mon destin. Non, je n'ai rien oublié en suivant ce grand fleuve de la vie, même si c'était trop dur. Je n'ai pas oublié les longues nuits interminables, tout comme les longues nuits sans sommeil. Et puis, il y a cet espace ou les mots ne se trouvent plus, mais que seuls les voyageurs peuvent comprendre. Tout ce qui me paraissait difficile me parut bien vain, et j'ai donc détruit ce mur, avec de le verbe et la parole pour enfin trouver des mots. Quand les mots sont  trouvés il m'est facile de dire que j'ai raté un train, pour ensuite me montrer le chemin à suivre. Mais ce qui était autour de la route restait invisible, caché par un épais brouilard, de sorte qu'il m'était impossible de voir à quelle vitesse allait mon chemin, et puis, le temps m'entrainait dans son sillage, sans me prevenir...Ainsi allait ma route, vers l'invisible. L'absence m'envahissait l'esprit, et la route était toujours non loin de moi pour me rappeller mon errance. Je n'ai pas de remords, sinon de m'être un jour perdu sur la route, pour ensuite y retourner, pour enfin la comprendre. L'oubli rejoignait l'ennui, et l'envie allait de pair avec l'espoir, et j'ai traversé le brouillard pour construire mon monde, à mon image, dans ma solitude, et isolé comme sur une île, j'ai construit mon propre radeau, pour rejoindre la rive du grand fleuve. 

 

Le vent souffle et j'étais en un endroit aride, et en face de moi, il y avait la mer. Ce vent, c'est l'Harmattan, il est chaud et déplace tellement le sable, que tout ce qui est autour de moi devient obscur. J'avais du mal à trouver mon chemin, mais j'ai entendu les vagues de la mer, et pour me guider, j'ai vu devant moi les silhouettes des enfants obscurcies par le sable et les ténébres. Ils étaient  venus me chercher pour me diriger vers un abri. 

 

Je me suis réveillé le lendemain matin dans ce qui ressemblait à une case, ou une tente, dans un village Africain. à côté de moi, était assis un vieillard, qui semblait attendre mon réveil. Il parlait bien ma langue , et m'avait expliqué que j'étais en pays Dogon. Ici, c'était presque le désert, et il m'a expliqué que ce n'était pas la mer que j'avais vue, mais un mirage, et que la mer, elle était loin, plus vers l'est. Le vieillard me racontait que tout avait bien changé en son pays. L'Harmattan, qui transportait le temps semblait tout effacer, et tout rendre en poussières, pour apporter les sables du désert. Dans sa culture, il y avait beaucoup de magie et de rêve, mais les jeunes d'aujourd'hui avaient oubliés leur passén et les vieux comme lui, étaient les gardiens du temple, les derniers témoins de ce qui fut, et qui ne sera plus jamais. J'ai été reçu et acceuilli avec le coeur, et ce vieil homme semblait intégrer ma vie comme dans un rêve? C'était comme une bougie qui s'éteignait, et comme une bibliothèque qui allait flamber, aprés le trépas. En Afrique, je n'ai pas oublié que la perception de la vie, comme de la mort, étaient deux vues trés différentes de celles vues par les blancs.

C'est une vie rude, difficile, en osmose avec la nature. L'Africain au sens large, ne cherche pas à douter. Peut-être que le lendemain, il ne sera plus là, mort je ne sais ou. La vie est vécue au jour le jour, et la vie et la mort ne sont qu'un passage. Qu'il soit Chrétien ou Musulman, l'Africain noir croît en l'esprit, ou à la force des esprits, et il en est ainsi.

L'Afrique est pour moi un étrange continent, aux frontiéres artificielles, aux milles langues, mais qui est en train de perdre son âme. Les vieux sont fatigués, et les jeunes semblent renoncer, pour ressembler aux anciens colonisateurs, alors qu'ils devraient sauver leurs racines. Mais le sable avance, inexorablement, pour combler ces mémoires, et ce qui était vert devient stérile, pour ne laisser place que à une triste comédie, et à des jeux de mirroirs. 

 

Je suis un jour parti du pays des Dogons. Le vieillard était peut-être le plus pauvre des hommes, mais il s'était privé pour me recevoir,et m'aider, moi le voyageur solitaire. Il me parlait sans doute dans le désert, mais il gardait l'espoir. Avec ses mots à lui, il me racontait que le monde devenait un grand village. Les pauvres devenaient de plus en plus pauvres, et les riches devenaient de plus en plus riche. Il me racontait un monde, aussi, qui avait disparu, et ou peut-être, il était l'un des derniers témoins. Il me racontait un temps, de jadis aussi, ou il était encore tout aussi pauvre, mais ou il était heureux. Un monde nouveau était en train de naître, incertain...

 

J'ai donc découvert l'Afrique sauvage et rude, et je suis un jour enfin arrivé à la mer. Tout ce voyage m'avait appris que l'homme ne vivait pas avec des certitudes. Tout ce qui était construit autour de lui n'était qu'une forme s'abstraction, ou un mur, pour que l'homme dissimule sans doute qu'il refusait d'accepter qu'il était un animal comme un autre, pour se dire supérieur. Je suis rentré un jour, aussi, dans mon pays. Mon sentiment était celui d'un observateur qui voyait tout passer trés vite. Mon sentiment était alors de dire qu'il n'y avait plus rien à découvrir. Des parents me racontaient que leurs enfants se réfugiaient derrière des jeux vidéos, et qu'ils ne travaillaient plus à l'école. J'ai vu aussi des gens d'une même famille qui ne se parlaient plus, tout comme j'ai vu des gens pauvres et démunis dans les rues qui étaient de grands solitaires...Ce monde ressemblait de plus en plus à un monde de solitude, ou les frontières commençaient à se materialiser. J'ai vu aussi des personnes dans la douleur s'engager dans une voie pour servir les autres, tout comme j'en ai vu aussi et qui oubliaient une part d'eux-mêmes. J'ai vu l'oubli, tout comme j'ai vu le dialogue impossible, alors que avec des mots, il était possible de se faire comprendre. J'ai vu aussi des hommes qui mettaient des mots sur leurs douleurs, pour tendre une oreille, et aller vers les autres, et qui trouvaient les mots, et les verbes pour dire que le malheur et la souffrance étaient les mêmes notions abstraites que le bien et le mal. Ainsi, tout était en ordre pour faire renaître l'espoir, car tout homme pouvait choisir de faire changer sa vie. Moi, j'ai un jour fait des choix, pour calmer ma douleur, et on ne m'a pas compris, et beaucoup de personnes se sont éloignées de moi. Pourtant, j'ai l'espoir, de trouver un jour les mots justes pour me faire comprendre, et j'ai tendu mon oreille, pour aller vers les autres, vers ceux qui étaient dans la douleur. J'ai fait la part entre le bien et le mal. La liberté des uns s'arrête là ou commence celle des autres. J'ai choisi, et je n'ai aucun remord, et plus le temps passe, plus il me confirme que j'ai fait le bon choix. Ce n'est pas aux autres de me dire qui je suis, mais c'est à moi de décider qui je dois être.

 

Cette même route nous a fuis, tout comme elle nous dirige un jour vers la mort. Comme l'Harmattan, le vent fait en sorte de limiter toute avancée, et nous sommes perdus dans un nuage de poussières. être bien avec soi-même, c'est savoir, s'instruire de ce qu'il y a autour de nous, vouloir, et observer les autres, pour mieux trouver les mots, et donner un sens à notre vie, en négligeant le plus possible ce qui est matériel. Et j'ai repris mes crayons, pour construire un monde qui n'existera jamais, avec mes propres codes. J'ai essayé de me representer l'Harmattan à travers des encres noires, tout comme j'ai essayé de donner un visage à la route, mais la route n'est pas une personne. Celui qui est dans l'errance est le compagnon de route du temps. Parfois, l'errant arrive même à le tutoyer, car il arrive que les deux , le voyageur, et lui, ne soient plus qu'une seule personne, et celle-ci marche, sans se faire remarquer des autres voyageurs, presque incognito. L'errant se fond alors dans le paysage, pour devenir presque invisible. Et même si il est un étranger dans une foule, il arrive qu'on ne le voit pas comme tel, sans doute du fait que les gens ressentent qu'il aime ce pays, et être ici. Au juste et au figuré, l'errant ne connait pas de frontière, car il à le sentiment d'être un citoyen du monde...Une ethnie ou un pays, sont pour lui des notions abstraites, et il ne se sent pas concerné pour identifier des personnes, vu qu'il fuit notre monde moderne pour des raisons qui lui sont propres, ou fuir un passé douloureux. 

Ce qui fait mal semble derrière lui, mais l'errant à toujours cette volonté en lui d'avancer, pour aller toujours plus loin. L'art lui est souvent d'un grand secours, car il est comme une source profonde, ou il plonge dedans, pour s'y perdre. 

 

Pendant des années, j'ai médité, pour mieux me parler de l'intérieur, et j'ai suivi la même voix qui me disait de toujours suivre le même chemin, pour ne pas me perdre, tout comme j'ai regardé les autres, et tout comme j'ai fait des choix, pour trouver des certitudes. Hésiter était me plonger dans l'erreur, et il y avait des fausses vérités qui rejoignaient le mensonge. Choisir était un vain mot, pour dire qu'il y avait une force profonde dans l'esprit qui pouvait encore aller plus loin, au delà de la personne. La méditation rejoignait le temps pour rejoindre le juste milieu, en un endroit ou l'esprit et la mémoire se perdent, en de vastes plaines, ou un monde en observe un autre, et qui ne connait pas la notion de "frontière". Vu de ces espaces infinis, les hommes semblent perdus, et la terre semble livrer un monde compliqué, ou certains hommes portent un autre regard sur l'autre. On marginalise, ou on montre du doigt celui qui refuse d'être à l'image des autres. Des hommes instaurent des différences, des "normes". Souvent, comme un mouton, on pousse certains hommes à suivre un troupeau: il faut faire comme les autres, et on laisse sur la route ceux qui ne suivent pas. Difficile dans ces conditions de laisser une place à ce qui doit être singulier, car une grande vague semble tout emporter. Même l'artiste le plus singulier doit répondre à des normes, et même les rêves les moins exigeants semblent limités. C'est l'image d'un homme noyé qui fait tout pour remonter à la surface d'un fleuve. Mais au bord de celui-ci, il y a des hommes qui refusent que celui-ci sorte de l'eau, et on lui plonge la tête dans l'eau, pour mieux le noyer...Et puis, l'homme tombe au fond du fleuve. Personne ne savait ce qu'il allait faire si il était sorti de l'eau...Pourquoi ? : Personne ne voulait savoir, et aussi, il se trouvait des hommes qui ne voulaient absolument pas qu'il sorte de l'eau. Mais il y a une solution : l'ignorance peut se combattre par l'ignorance. Ignorer ce qui fait obstacle est la meilleure des armes, et ignorer, c'est être confronté à ce qui est invisible, donc, à ce qui ne se voit pas, pour se retrouver sur le bon chemin, celui de la lumière, car même les ténèbres se sont dissipées. 

 

Aujourd'hui, les gens semblent plus pressés, et je me demande ce qu'ils peuvent bien chercher. Ils imitent les autres, mais ils ne veulent pas des personnes dont les parcours soient différents des leurs. Celui qui vit autrement, ou qui fait quelque chose de différent, est mis de côté, et on le méprise, car ces mêmes personnes aimeraient faire cela. 

Marginaliser celui qui porte un autre regard semble la norme, et on ne doit pas s'éloigner d'un troupeau. Notre monde en devient monstrueux, tout comme notre système de consommation. Un jour, je suis allé dans un supermarché, ou une grande surface, avec des Africains qui étaient en France depuis quelques mois seulement. Plus ils avançaient dans les rayons, et plus ils étaient stupéfaits. Pour eux, c'était le choc, de voir ce déballement de richesses, et cette "vitrine" devant leurs yeux. Et puis, il y avait quelque chose d'horrible, à circuler dans ces rayons, ces allées sans vies, ou l'homme n'était plus vu comme un être singulier, mais presque comme l'un de ces éléments issu du bétail, ou en somme, un tas de viande comme un autre, bref...Une marchandise. Un Africain qui vient de là ou il n'y a que de la brousse, ou de la savane porte son regard à lui sur ce qui ne va pas dans notre société. Certes, ils admettent volontiers que de nombreux Africains peuvent tomber dans un tel piège, et se laisser aller à être de futurs errants des supermarchés, mais pour d'autres, comme eux, c'étaient différent. Mes Africains ne sont plus retournés dans un supermarché. Pour eux, aller dans un petit magasin était nécessaire. L'Afrique, rude, et lointaine, était toijours pour eux un rappel à la vie, et que pour survivre, il ne fallait pas oublier qu'ils étaient des hommes, et qu'ils étaient singuliers, pour dire aussi que rien n'était facile. Une grande surface, un supermarché avait pour eux une fonction de déshumanisation. C'était comme enfermer des fourmies dans une boîte d'allumettes. Certaines vont en sortir, et les autres, trop faibles vont rester. Pour exister, en sâchant que la masse est la même qu'eux, alors, il ne leur reste qu'a s'en prendre aux plus faibles, à savoir, mépriser ceux qui voient la vie autrement, ou qui ne souhaitent pas leur ressembler, pour qu'ils soient encore plus exclus. C'est une bonne manière de voir les choses, mais il me semble que c'est du déjà vu, comme si il me semblait, en avançant dans mon époque, que plus grand chose pouvait me faire rêver, et que tout était nul. Ma route pouvait, à travers mon regard d'errant, tomber en un monde stérile, mais en avançant, c'était connu, les idées revenaient. Ce monde, parfois, était terrible à en vomir, et être quelqu'un pouvait paraître une entreprise difficile. Mais je sais aussi qu'il faut toujours suivre le même chemin pour revenir vers la bonne voie. 

 

L'errant à son langage, et sur la route de la vie, il cherche à traduire, ou mettre des mots sur ce qui semble stérile à toute interprétation, mais aussi, il cherche à représenter ce qu'il voit, et ainsi, il est donc le plus souvent un artiste. Mais il à une autre vision de la vie, aussi, mais il sait que si l'homme est un animal, comme un autre animal, il a renié ses origines, et oublié d'ou il était arrivé. Si l'homme aux premiers temps était aussi sauvage que les autres animaux, il a cherché à créer une histoire construite de toute pièce pour se convaincre qu'il était différent de l'animal. L'art est l'une des formes de cette supercherie, et complétée par l'écriture, l'homme trouvait des codes et un langage qui lui étaient propres. L'homme a ainsi avancé sur sa propre route, mais le nombre trés élevé des langues était un rappel, qui était pour lui insurmontable, car d'autres hommes parlaient un autre langage que le sien. Voir et observer, c'est aussi une autre façon de dire que l'homme peut refuser, et suivre les autres hommes comme un troupeau peut être la cause de sa perte. Ainsi, lors de guerres, des hommes ont suivis d'autres hommes qu'ils ne connaissaient pas, et ces mêmes hommes ont obeis à d'autres hommes, qu'ils ne connaissaient pas mieux, et dont l'ordre absurde était de tuer d'autres hommes, qui eux aussi étaient des inconnus. L'errant a le choix, et il a choisi. Le progrés n'est peut-être pas tout à fait ce qui peut rendre les gens heureux, et le regard d'un Africain peut en dire long à ce sujet. Nous sommes dans une société de consommation qui parfoit, frise le ridicule. à certaines périodes, l'homme issu de la société de consommation consomme autant que les autres hommes qui sont à côté de lui. Mais il ne sait pas, ou pas vraiment pourquoi, et il suit les autres. Les Africains m'ont parlés des effets pervers ou mirroirs, dans leurs pays. Maintenant, on voit là bas de jeunes gens qui rêvent de belles voitures, les plus pauvres suivent les plus pauvres, qui partent vers de grandes villes, pour prolonger les immenses bidonvilles. Le rêve est de devenir riche, mais ils deviennent encore plus pauvres qu'avant, et rares sont les gagnants. Les plus jeunes abandonnent les fétiches, ou autres sculptures traditionnelles, et les vieux emportent avec eux la mémoire, et les souvenirs perdus. 

 

Là bas, quand un vieux meurt, c'est une bibliothèque qui flambe. Les Africains me l'ont souvent dit. Ce monde, qui autrefois était multiple, ne devient plus qu'un seul monde, et c'est ce qui explique peut-être que à mes yeux, il devient de plus en plus petit. Les langues les plus faibles disparaissent, des lieux aussi. Le monde change, et il est à redouter de voir un jour une pensée unique, ou de voir des bonds en arrières, voir revenir l'esclavage, par exemple, si ce n'est pas déjà fait. Là ou le singulier disparaît, annonce une période noire et obscurre. Maintenant, certains Africains sont perdus, avalés par une certaine "norme", pour perdre leur identité. On parle de leur art comme de l'art "premier", pour peut-être plus les infantiliser, et les tourner d'avantage vers l'art dit "occidental", avec ses "normes". C'est énorme, mais aujourd'hui, même l'artiste n'est plus en droit de rêver, et doit se plier à des règles, à des "normes", et ce pour en exclure le plus grand nombre, pour arriver à une forme d'art unique. Même ceux qui viennent de nulle part sont exclus, et pour mieux exclure cette catégorie de personnes, on les dirige vers l'"art brut", avec les malades mentaux, et celui qui est dans le circuit de l'art dit "occidental" ne va pas aller vers lui, car c'est lui qui désormais à les faveurs de l'état, et qui va pouvoir continuer à avancer, l'autre étant mis de côté. Mais il y a les autres aussi... De manière générale, enseigner l'art est une notion absurde. Il ne devrait pas y avoir d'école pour faire de l'art, car il est né presque d'un hasard, et de ce qu'il était d'un point de vue initial, il a suivi de nombreuses étapes, pour prendre des formes multiples, et favoriser l'une de ces formes, ou une autre, est donc arbitraire. Les Africains m'ont souvent racontés que si ils fabriquaient des fétiches, c'était pour laisser un témoignage de leurs passages sur terre, non pour défier la nature, mais pour l'honorer, ou peut-être l'inscrire dans le paysage. Si ce n'était pas le cas, on parlerait d'identité, c'est à dire reproduire, par exemple, le portrait fidéle d'un individu, mais ce n'est pas le cas, et il est impossible de reproduire son identité à cent pour cent. Et puis, la nature reprend rapidement ses droits. Les Africains me parlaient souvent des éléments, et outre que la vie se devait d'être rude, le temps semblait passer comme une tempête, qui emportait tout sur son passage. Comme ils disaient: "ce qui était vert autrefois ressemble maintenant à de la poussière", "l'histoire de l'Afrique, c'est une cohabitation de l'homme avec la nature, jusqu'a l'arrivée de l'homme blanc qui à tout bouleversé". L'Afrique semble être un exemple de ce qui semblait si singulier sur terre, pour être ensuite absorbée comme un tourbillon dans ce système fou qu'est la "Mondialisation" d'aujourd'hui, ou elle semble perdre son âme. 

 

En suivant une route, et pour choisir la bonne voie, les choix sont multiples, et généralement, c'est à nous de choisir, de faire le bon choix, pour arriver à bon port. Mais dans notre monde actuel , le plus souvent, il ne faut suivre qu'une route imposée. Prendre une autre route est le plus souvent un chemin de souffrance, pour être rapidement mis de côté. Dans la vie, j'ai vu le plus souvent qu'il fallait paraître plutôt que être, et l'homme est alors plus qu'un animal, car il suit un troupeau, et il existe à travers les autres plutôt que être lui-même. 

 

Et j'ai voyagé, pour découvrir ailleurs mon identité, mais j'ai trouvé plus que cela,car cette expérience m'indiquait la voie à suivre pour devenir non seulement plus fort, mais aussi pour être plus en confiance à moi-même, pour effacer les barrières qui m'empêchaient d'avancer, en ne méprisant pas le passé, mais en allant vers les autres. J'ai cherché dans ce qu'il y avait de plus sauvage, autant dans la pensée des hommes, que dans la nature et par le voyage, pour découvrir que pour lutter contre ceux qui cherchaient quelque part à m'étouffer, ou qui font de même pour d'autres hommes, que la meilleure des armes était de les ignorer, comme eux étaient dans l'ignorance, pour enfin revenir chez moi, et retrouver mes repères initiaux, en pouvant déterminer ce que j'ai aimé, et ce que j'aime toujours. 

 

Un jour, en terminant mon long voyage, et ma traversée de l'Afrique, je me suis retrouvé face à l'océan. C'était le signe pour moi d'une certaine fin, et je me suis retourné, pour voir ce qui était derrière moi. La vue était infinie, et la chaleur aidant, un mirage donnait l'image d'une autre vue au dessus de celle qui était réelle. Il me semblait voir des nomades, avec un troupeau d'animaux, qui traversaient le désert. Le temps semblait enregistrer à jamais ce qui avait été. 

 

L'errant ne connait pas le temps, mais il le traverse. La vie est peut-être trés difficile pour lui, mais il à besoin de faire sa quête,  et de revenir au passage, à ses origines.Plus tard, il revient vers les autres, avec le sentiment d'avoir beaucoup appris. Il y a beaucoup de sacrifices, et il s'éloigne de personnes qui lui étaient trés proches. Parfois, il y a un sentiment de trahison aussi. Le temps n'est plus alors le plus fort, et l'errant tutoie le temps. En regardant sa vie d'homme, il ne peut s'empêcher de penser, et de se souvenir de l'enfant qu'il avait été. Nous avons oubliés nos rêves d'enfant. C'est en allant vers des êtres faibles que j'ai tout compris au sens de la vie. Quand il y a en nous un manque, ou quelque chose qui est brisé, le plus souvent, pour guérir, soigner, il est important de revenir à des choses simples, ou lointaines, et qui étaient enfouies en nous. Parler de l'enfance, c'est parler des origines, c'est à dire, du commencement. Ce n'est pas vraiment un univers, mais un monde, enclavé dans notre propre monde. L'enfant à son propre langage, et il observe le monde des adultes qui est autour de lui. La vie, comme la mort, sont pour lui deux conceptions étrangéres. L'enfant se projette dans une vie éternelle, et comme l'errant, il ignore le temps. Pour lui, il n'y a pas de peuples, ni de races, tout comme il n'y a pas de différences. Mais un jour, on lui parle de la mort, et on lui en dit plus, encore. Au même moment, sans doute, il apprend les différences, et par exemple, il parlera aux filles autrement , tout comme il apprendra qu'il y a des étrangers, qui parlent le plus souvent une autre langue. L'enfant entre alors plus rapidement dans le moule, pour se diriger vers un âge intermédiaire, l'adolescence. Il n'est plus alors véritablement un enfant, ni vraiment un adulte non plus. Souvent, il peut être perdu, et le monde, comme il le perçoit, peut devenir bien cruel, d'ou ce qui expliquerait les crises d'adolescence. Nous grandissons donc dans la douleur, et nous suivons un chemin qui semble tout tracé. Nous nous inscrivons dans un groupe, ou le plus souvent, nous ne sortons pas. Celui qui ne suit pas les autres, et qui ne fait pas comme eux, est exclu, pour être mis dans la marge, car il n'a pas tout à fait perdu ses rêves d'enfant, car une grande trace, indélébile, est inscrite en lui. C'est l'un des drames de notre société actuelle. Parler devient difficile, et on retrouve de plus en plus de gens dans la solitude. Il y a toujours quelqu'un qui à tort, et certains arrivent toujours à trouver plus de différences encore, pour compliquer encore plus les choses. On ne trouve plus le temps de parler avec des mots, les bons mots, pour chercher à effacer les différences. La méfiance reigne, et le doute persiste. Nous sommes dans un monde perdu, un monde d'égarés, ou certains communiquent, tandis que d'autres s'éloignent, des maux nouveaux arrivent, alors que d'autres, en vain, essaient de trouver des mots justes pour apaiser un monde qui est comme il est. Je n'ai pas oublié non plus que l'enfant vit dans l'espoir, et que nous avons tous en nous une part de l'enfant que nous avons étés, jadis.

 

Dans le spleen de la vie, aux moments de faiblesses, la création semble un long voyage. Ce qui avait été avant n'est plus qu'un souvenir, et un train semble être passé par ici ou ailleurs, pour m'emporter toujours plus loin, tout comme le temps est lui aussi envoyé aux souvenirs du lointain. Ainsi, je porte un regard éloigné de ce qui fut crée avant, et rien ne semble me convenir vraiment. J'ai toujours l'envie de voir  toujours autrement. Des fois, il me semble que je n'aime pas ce que j'ai réalisé, comme pour mieux me fuir. J'ai souvent le sentiment qu'il n'y a rien derrière moi, comme au devant. Tout est emporté, il y avait l'avant, tout comme il y avait l'aprés. un double sentiment de bizarre, mélangé à de l"étrange. Il fut un temps ou plus rien du tout ne m'intéressait, et ou le monde me semblait bien lointain, du moins celui dit "réel". Tout me semblait si vain, si dérisoire. Ma vie ressemblait à celle de Robinson Crusoé, perdu dans une île, qui elle-même était perdue. C'était une panne, un moment d'arrêt dans l'existence ou les mots ne se décrivaient pas pour décrire. Mais j'ai trouvé les mots dans l'observation, pour reprendre ma route, et moi seul, j'étais capable de décider du chemin de celle-ci, signe d'un certain réveil. Les mots se confondaient alors avec les formes, ou d'autres, plus visibles. Ce qui ressemblait à du retrait, ou de l'absence, ressemblait brusquement à de la méditation. Ce n'était même pas explorer le bien ou le mal, comme non plus trouver le juste milieu, mais comprendre que tout était artificiel, qu'il n'y avait pas qu'une seule vérité, mais plusieurs, et que rien n'était vraiment dit, mais que tout était source à interprétation. Mais cependant, paraître restait toujours une notion importante, tout comme trouver les mots justes. La parole, tout comme ce qui allait avec, se trouvait alors libérée. Le rêve pouvait alors avoir sa part, et l'ombre pouvait rejoindre les placards, comme un mauvais souvenir. Mais dans le dessin, il y a une exploration de ce qui est le plus trouble, le plus profond, plonger vers l'inconnu, vers ce qui n'est pas, ce qui n'est pas encore, ou qui va paraître. Souvenir lointain, par exemple, découverte d'une trace, et vers celle-ci, trouver le chemin, pour aller plus loin, aller toujours plus loin, pour trouver la route, la grande route, celle qui dirige vers ce qui est concrêt, plutôt que ce qui est l'inconnu. Le brouillard n'est plus alors qu'un mauvais souvenir, et la grande route semble nous diriger vers ce qui brille. 

 

Je suis enfin un jour revenu dans la ville de mes origines, peut-être pour retrouver mes racines. Ce jour là, le brouillard n'était plus devant moi. 

 

L'exil est mon royaume. Au delà de ce qu'il y a de plus fort dans la vie, j'ai recherché ce qui ne se trouvait pas. J'ai choisi volontairement d'être à l'écart de tout, et d'être dans mon exil à moi. Un exil volontaire. Je ne pense pas vraiment avoir trouvé ce que j'ai recherché, vainement. J'ai douté, et aussi, j'ai hésité. Je me suis réfugié dans un monde qui n'existe pas, pour oublier tout et rien, en un espace loin de tout, et si proche, aussi. Je suis ici présent, et j'observe la vie, et mon chemin continue , pour toujours essayer de comprendre, à ma façon. Le monde n'était pas assez grand, et il était plus petit que ce que je pensais, mais il était grand de n'être pas assez connu, tout comme il était vaste par ses diffèrentes cultures et peuples. Le monde est une bulle ou l'on ne sort jamais. Et ici, mes yeux n'étaient pas assez puissants pour observer encore plus profondément vers le lointain, l'inconnu. C'est quand nous sortons d'un chemin que le monde se présente à nous. Aussi, il faut regarder derrière soi pour voir le chemin accompli. à l'image de l'espoir, le chemin, ou la route, me montrent la voie d'un homme malade de la vie qui cherche à se soigner en allant toujours de l'avant. Un jour, cet homme trouve la guérison, et son chemin se termine souvent au haut d'une falaise. 

Ici, mon regard est en accord avec moi-même, et il me confirme que dans cette voie, je ne me suis pas trompé.

 

Ainsi, je suis encore plus présent qu'avant, car j'ai trouvé la voie. Encore plus fort que toute une armée, j'ai maintenant mes certitudes, et je suis désormais toujours certain de ne pas me tromper de voie.  En accord avec moi-même...

 

                                                                                                                                                                             Fin.                      

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Published by Franck Gache
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13 août 2011 6 13 /08 /août /2011 19:52

Peindre ou dessiner, c'est saisir l'instant présent. C'est mettre une limite au passé, tout comme à l'avenir. C'est mettre une barrière. Je n'ai pas envie d'oublier, et je n'ai pas envie de voir trop loin aussi, voir l'avenir. Je fais en sorte de trouver les mots. Trouver les bons mots. Et trouver un juste milieu. Quelque part, la peinture, et le dessin sont deux éléments pour ne faire finalement qu'un, et qui ne m'appartiennent pas vraiment. Je fais, car j'au l'envie, mais dans le fond, je n'aime pas vraiment ce que je fais. C'est le hasard qui parle pour moi, et le temps m'inspire. Je suis guidé par ma mémoire, et je suis là, faisant acte de présence, mon âme ne se laisse pas vraument aller. Je fais acte de volonté, et j'ai finalement des choses à dire, et à faire, par nécessité. Je suis volontaire, et j'attrape au vol les mots, pour aussitôt déposer des formes, laisser une trace visible. Je fais en sorte d'aller vite, comme si au fond de moi venait la peur de trop attendre. La solution est donc de prendre mon temps, car j'ai toujours la peur de rater le prochain train en gare. La gare est alors vide, et ce vide m'oppresse vraiment. Ce qui est fait est derrière moi, et j'avance toujours plus vers le lointain, avec l'espérance. Il n'est ni trop tôt, ni trop tard. Peut-être que je n'aime pas regarder en arrière, tout comme au devant, mais plutôt vivre dans ce qui est l'instant présent, à l'image d'un voyageur qui à toujours l'envie d'aller toujours plus loin, je m'explore, sans vraiment comprendre que tout prend forme, comme tout peit prendre fin. ce qui est visible n'est plus alors une chose lointaine, mais du concrêt, et sans bouger vraiment beaucoup, je suis moi aussi en définitive à associer à l'image d'un grand voyageur. Le temps est en dehors, et il voyage désormais avec moi, tout comme avec mon enfance, qui est finalement le point de départ de mon errance.

 

Lors de la création, vient toujours la quête de sens : si ce qui doit être crée renvoie toujours au subconscient, le créateur n'oublie jamais que ce qui est issu de sa création va être vu, et souvent par le plus grand nombre de personnes. Vient ensuite l'interprétation, ce qui doit être vu doit être interprété. Pour être vue, souvent, celle ou celui qui regarde recherche une forme d'écriture, qui aurait son propre alphabet pour être en communion avec ce qui est montré.  

 

Peindre ou dessiner me vient furtivement, c'est comme un passager qui embarque pour un voyage...Un long voyage. C'est un moment ou le temps est mis entre parenthèses. Le regard sur l'avant ou l'après n'est plus, pour quelques minutes, ou quelques heures. Je suis perdu dans mes pensées, et tout devient profond, l'identité n'est plus, et je suis plongé dans un monde sans frontières. La limite ne semble plus exister, et le monde concrêt me paraît étranger, lointain. C'est une marche vers l'invisible, un monde de brouillard et d'incertitudes. Tout est à construire. Ensuite, le geste vient, machinal. Machinal est un vain mot, en fait, c'est le hasard qui construit tout, et élabore, comme un architecte. Avec le temps et les années, j'ai souvent le sentiment de n'avoir rien laissé derrière moi, comme si tout avait disparu. Chaque nouvelle création est comme une nouvelle reconstruction, tout ce qui semble être perdu, renaît, dans un contexte nouveau. J'avance, à l'image du voyageur, pour aller toujours vers le lointain. Je cherche, j'explore ce qui n'existe pas, et ce qui ne s'explique pas. Il y a toujours une remise en question, la quête d'une grande absence, la peur d'un grand vide. C'est peut-être trouver une forme d'espoir, et je cherche toujours. 

C'est une longue marche, avec toujours la peur d'avancer trop loin, ou de tourner la page de trop. L'aprés m'angoisse, mais je l'anticipe, pour être plus fort. Je sais trés bien ce que j'ai à faire, et je n'écoute que moi-même. 

Je regarde ce qui à été fait avant presque avec un regard fuyant, et furtif. Tout semble disparaître, mon regard est encore plus différent. C'est un sentiment de solitude, une envie d'explorer ce que je cherche tout seul.

Souvent, je n'aime pas ce qui est fait, mais aussi, je ne trouve jamais que c'est bien : c'est fait, et ça me semble largement suffisant. La page ou la toile blanche est peut-être un miroir, et souvent, j'ai envie de le traverser. Il y a un monde inacessible, ou nous n'entrons jamais. Mais ce monde semble être contourné, pour finalement être lointain.

Cette recherche de ce monde est peut-être une recherche ou une définition de l'infini. à l'image de l'Univers, il semble être sans fin, infini. C'est vrai que je n'aime pas la fin, mais pourtant, on termine toujours quelque chose. Ainsi, par exemple, quand un de mes dessins est terminé, fini, c'est moi qui décide, et j'arrive tout à fait à prendre une décision.

Le plus dur est de commencer, mais finir n'est souvent pas aussi simple. Comme pour trouver les mots, les bons mots, il y a une façon de terminer ce qui est crée, par le bon ordre des choses, et placer le tout en un juste milieu. Un bon cadre.

 

Il n' y a pas vraiment d'ambition, sinon de ne saisir ce qu'il y a, ce qui vient, et ce qui va : saisir l'instant présent, un moment quelquonque, la trace d'un moment ou j'étais présent. Une forme émerge, pour aussitôt être fuyante, et un projet ne va jamais être comme celui qui était prévu au départ. tout se bouscule, le noir éclipse le plus souvent la couleur, à l'image d'un combat sans fin. La page blanche devient le thêatre d'un conflit ou le hasard est le seul maître. Des formes naissent, floues, comme perdues dans le brouillard, d'autres formes créent des images de la vie, mais ou tout se bouscule.  

 

En créant, je suis conscient de m'investir totalement, dans la toile ou le dessin, le temps de l'élaboration d'une oeuvre. Je dépasse souvent plus de quatre heures à peindre ou dessiner. Quand le travail est nocturne, il y a une quête du silence, et une perte de la notion du temps, aussi, comme si la nuit ouvrait vers un temps infini. Il est vrai que la nuit, le temps semble plus long que le jour. L'obscur, joue beaucoup. Ma vision de l'oeuvre à créer devient un lieu ou mon esprit consigne son contenu, et au lieu de voir en l'esprit créatif par lequel je pense, en chargeant une surface avec de la peinture ou de l'encre, l'acte créatif est donc une action. il n'y a pas vraiment de raison pour que l'acte de créer ne puisse se prolonger d'un coin du support, au support entier, toile ou dessin, ou qu'il ne puisse se répéter à une échelle différente. Donc, ce qui est vraiment important est cette frénésie de l'automatisme, ou ma création devient une redondance de l'expressionnisme abstrait, pour la peinture, par exemple. C'est cette volonté, ce dessein qui est trés précis d'abolir l'objet, là ou se situe la diffèrence avec les autres phases abstraites ou expressionnistes de l'art moderne. Dans ma création, rien ne doit entraver et faire obstacle à l'acte de peindre ou dessiner. C'est ce qui explique que l'esthètique à du laisser le champ libre à cette gestuelle des matériaux. La forme, la couleur, la composition, le trait, le dessin, sont tous des auxiliaires caduques. Ce qui compte, c'est la tévélation qui est contenue dans l'acte. Il m'est acquis que l'effet final, l'image importe peu par son contenu. Cet automatisme transforme l'espace pictural en une arène, ou il est primordial d'agir dans la toile, le dessin, et non plus en un espace ou reproduire, re-dessiner, voir analyser ou donner une expréssion à un objet qui est réel et imaginaire, et là est le but. Il devient donc logique que ce qui devait se dérouler sur le support n'est plus une image, mais un événement. Le fait est que si je m'approche en tenant un matériau à la main, dans le but de l'utiliser sur cet autre matériau qui est devant moi, alors, le produit n'est plus que le résultat de la rencontre. Il y a donc une tension, qui était éxistante depuis longtemps, déjà. Elle se trouvait dans mes tubes de couleurs, mon encre noire, mes feutres. Cette tension, quand elle est incarnée, doit devenir une surprise pour moi-même, et c'est ainsi, de la sorte que l'acte perd de son sens, et le perd, même. Et je sais ce qu'il contient. Ainsi, je passe par exemple, dans ma création, du dessin abstrait au dessin figuratif, et vice-versa, comme pour m'appaiser, trouver une forme de recul, ou pour me ressourcer moi-même, pour passer à une nouvelle série de réalisations. Ainsi se renouvellent mes idées, pour déboucher sur une création permanente et apaisée. Ce qui est sans doute une solution à la peur du vide, ou à la page blanche.

 

Faire un seul dessin ne suffit pas, et il faut aller au delà, plus de l'avant, et c'est ainsi que s'élabore le principe d'une série, dont le nombre reste à déterminer (sujet, nombre de dessin, quantité, couleur ou noir et blanc, etc...)

 

Le projet initial ne se termine jamais comme je le souhaite, ce qui est crée est toujours différent, jamais identique à ce qu'il devait ressembler au départ.

 

Derrière les fausses conceptions morales ou esthétiques, métaphysiques, il est vrai que existent la vraie morale, et la vraie esthétique matérialistes. L'une est instinct de mes besoins, et l'autre est ce que j'exprime à travers mes désirs sensoriels. Dans l'automatisme, je cherche ce qui est moralement bon pour moi, et ce que je trouve vraiment beau ou structuré pour établir mon esthétique. à moi de définir ce qui est laid ou beau, et ou se situent le bien et le mal. Je retrouve globalement la morale dans mes besoins : à moi de déterminer ce qu'il faut, et ce qu'il ne faut pas (par exemple : faire). L'activité est un bien lorsque j'en ai besoin. Il est absolu que l'activité soit un bien quand le besoin arrive. Quand le dessin défile sur un support, mes besoins sont alors d'exprimer cette rage existentielle, liée le plus souvent à des angoisses, ou vivre à travers ce qui est crée. Des gestes violents et spontannés interviennent alors, sans toutefois nuire à ce qui vient d'être crée.

 

En premier lieu, le but de la création, et de l'art de maniére plus générale est d'abord moral, pour n'être que ensuite esthétique, et même si le désir devient un besoin. Là ou je cherche à faire la différence entre le bien et le mal, passe ainsi du général à l'individuel, donc, du besoin au désir, et je sais que le besoin peut être satisfait sans désir, mais jamais le désir sans besoin. Il y a aussi le doute, et dans la création, jamais rien n'est vraiment certain, d'ou cette forme d'angoisse, trés souvent présente chez les artistes, et celle-ci se retrouve en notre corps, et que le geste expulse cette angoisse, sous une forme ou une autre,d'un point de vue mental. Notre corps devient une machine, et ensuite survient l'oubli de soi, et au delà de la construction, l'élaboration d'une oeuvre, nous nous oublions volontairement, pour ne laisser place peut-être que à un possible plaisir. Ainsi est le secret de la naissance d'une oeuvre d'art, un secret inexorablement dissous pour ainsi trouver une explication assez rapide du processus créatif, pour ainsi le mettre en avant hors de tout ce qui le constitue dans le quotidien. C'est un automatisme qui est caractérisé par une certaine violence pulsionnelle, née de mes gestes, nos gestes, liés à notre angoisse commune, et surtout à notre psychisme. 

 

La création part d'un point, et en rejoint un autre, puis, d'autres....Ce n'est qu'une succession de points sur un espace vide. Et puis, le trait prend forme, pour devenir quelque chose de plus ou moins abstraite, ou trés graphique. 

Il y a quelque chose de sombre dans le moment de la création, ou le créateur invente un univers qui n'existe pas, avec des images issues de son univers. Chez certains, il y a un moment de révolte, ou l'on ne souhaite pas voir ce qui vient avant, ou aprés, ne pas voir ce qui arrive, pour être aspiré, et perdu dans un infini qui vise pourtant à être défini. C'est un grand plongeon, ou il y a un grand trou : créer est une prise de risques, et le créateur raconte non avec des mots, mais avec un monde de signes, divers et variés. C'est lui qui décide, c'est lui qui est volontaire pour retrouver, reconstituer ce qui était perdu, pour redonner vie à ce qui arrive, pour le pire, ou le meilleur, le tout dans un monde nouveau, qui se renouvelle sans cesse. 

 

Il y a le choix entre deux options pour la création, c'est à dire choisir de créer soit en couleurs, ou choisir, pour la deuxième option des créations en noir et blanc. La couleur semble renvoyer à une quête infinie, quelque chose de plus profond, une recherche plus aboutie, ou aller au plus près de la lumière. Le noir et blanc renvoie peut-être à la volonté de créer de la forme, aller plus loin dans la pratique de ce qui est graphique, rechercher des formes dans le dessin, rechercher un fil conducteur, se chercher soi-même. Pour les deux aspects, il est possible de remplir, de saturer. Donc, à un moment donné, ce qui est cherché rejoint ce qui à été fait précedemment. C'est comme être dans un cercle ou l'on ne sort jamais. Ce qui tourne est un cycle. Donc, je sais que si je suis dans le noir et blanc, un jour, je vais revenir vers la couleur. C'est la logique des choses, de ce qui est à entreprendre. 

 

Peindre, finalement, c'est peut-être une autre façon d'exprimer des maux aussi divers que une certaine souffrance, ou une forme de renoncement. L'acte de peindre, c'est à dire le moment de la création, est bien trop bref. Seule l'oeuvre subsiste. Ceux qui regardent cherchent ensuite à donner une interprétation. Souvent aussi, celui qui est créateur crée non par envie, mais par nécessité. Aussi, certains artistes cherchent une voie vers l'oubli : d'ou l'acte de créer en ne pensant pas à son propre passé, par exemple, pour se créer un semblant de vie artificielle, par procuration, en un temps extrêmement limité. L'artiste qui voit en cette forme d'expression un éternel recommencement y trouve une certaine thérapie. Il est possible de retrouver dans l'artiste qui travaille de manière automatique, c'est à dire comme un automate , cette volonté de s'approprier le temps, pour un espace limité. C'est ici l'artiste haluciné, qui recherche dans un autre espace temps, pour se retirer du monde d'ici- bas pour un temps trés limité. Ces artistes cherchent à atteindre quelque chose qui ne se définit pas, et qui est loin de tout. Quand un jour nouveau arrive, forcément, ce qui fut fait la veille fait tâche: ce qui sera fait aujourd'hui va être meilleur, plus beau...L'espoir est le mot idéal pour définir ce qui motive  ces artistes, mais ils ne trouveront jamais ce qui est au bout, ce graal si sacré. Il y a peut être une recherche mystique derrière, et à ce propos, les artistes ne doivent pas oublier que ce qui relève des arts, la peinture, le dessin, ou la sculpture se retrouvaient dans ce qui était les origines de l'art, à savoir: la représentation chamanique. Ce qui est haut semble toucher ce qui est si bas, pour former un monde ou un univers clôt. Créer, c'est parler pour s'afficher dans la lumière, avec l'espoir de trouver la vérité, rattraper ou fuir ce qui semble si lointain...Si la vie continue, c'est aussi, dans cette forme, un refuge, pour se parler à soi-même, réfléchir, et porter un regard sur ce qui est autour de nous, et voir ainsi le monde autrement, et penser autrement... 

 

Si le monde est à notre image, il y a des manières d'exprimer, et de montrer un renoncement, pour être un moment, le temps de quelques instants à l'écart du monde. L'artiste qui est inscrit dans l'automatisme s'inscrit parfaitement dans cet écart du monde, et ce renoncement. Si le monde continue son histoire, il y a quelque chose encore de plus fort à rechercher, et il est possible aussi d'avoir une telle démarche pour ne rechercher rien du tout en particulier.

Nous recherchons tous quelque chose, un élément au moins quelquonque pour avancer dans la vie, ou trouver des réponses. En regardant autour de nous, les vies se dispersent en de nombreuses cellules diffèrentes. Personne ne doute de faire, car faire, c'est construire. Il y a une volonté de construire, ou reconstruire. Souvent, ce qui est fait, ce qui est construit, part loin. Celui qui a fait pose alors un regard sur son oeuvre, car il a oeuvré pour construire son ouvrage. Ensuite, l'histoire continue. Ce qui à été fait va avoir une histoire, mais le plus souvent, ce qui fut construit devient invisible. Aussi, la cible, c'est essayer de faire quelque chose d'utile, et c'est le regard qui est souvent porté. Pourtant, l'objectif reste le même: créer, c'est aussi faire, avancer aussi, même si ça ne débouche sur rien. Pour celui qui à fait dans l'acte de créer, au sujet de la création artistique, celui-ci peut revendiquer ce qu'il à fait, et mettre un nom sur son oeuvre. Celui qui à fait autrement, au sens le plus large, par exemple construire un mur, reste le plus souvent anonyme. Créer en arts, c'est revendiquer une identité, dire qu'on est là, ici, pour montrer une création réalisée en solitaire . Que cherchons-nous ? Il y a le chacun pour soi, certains regardent d'un regard condescendant ou méprisant ce que font d'autres, ou le mode de vie d'autres. Nous mettons des barrières dans nos vies, tout comme nous avons de fausses idées. à force d'avoir une image, nous regardons les autres avec une image toute faite. Certains ne parlent plus, ou méprisent ceux qui ont une voie diffèrente. Les autres portent un jugement. Souvent, ils sont la majorité, et pour eux, il faut faire comme les autres, ou comme les "gens". Notre monde à bien changé. Finalement, nous sommes malheureux, et ça justifie encore plus de sortir de la marge, pour montrer qui on est. Si on méprise ce que nous sommes, alors, celui qui fait autrement est dans la bonne voie, car c'est lui qui a décidé, et donc, il sait ce qu'il a à faire, car il vient de retrouver ce qui lui est le plus proche: il est lui, et il est singulier, il refuse la différence, sans pour autant être vraiment dans une forme de renoncement.

 

Celui qui cherche, qui recherche, est dans la quête, et non dans le renoncement. Je parle ici de celui qui crée en séries, ou du moins, qui est assez productif, ou qui continue une histoire. Souvent, l'artiste se raconte des histoires, pour en oublier une autre, ou d'autres. Et si il ne le sait pas vraiment, il souhaite atteindre un objectif. Aussi, il se recherche, et ce qui le lie à la création est en fait le lien entre deux mondes, qui cohabitent, mais ou l'un des deux est invisible. Aussi, un sentiment de frustration est à signaler : le passé parle au présent, pour peut-être survoler, ou éviter un fort désenchantement. Souvent, ce qui est terminé chez l'artiste, une oeuvre finie, ne donne qu'un bref moment de bonheur. Celui-ci est trés court, et la vie semble avoir fait une pause. On ne cherche pas, alors, à expliquer. Les mots manquent, et un grand nombre d'informations semble alors prendre le dessus. C'est un désordre, un grand chaos, un grand moment d'euphorie. Après, le retour est brutal, la réalité reprend le dessus: tout semble être à reconstruire, une tempête est passée par ici. Ensuite, il faut être volontaire, et aller de l'avant vers de nouveaux projets...   

Dans ce qui est le grand écart, dans ce grand moment ou l'artiste semble se perdre, là ou il va vers du renoncement, le créateur semble prendre le chemin de quelque chose de mystique, et qui irait vers une forme spirituelle. Pour illustrer ce propos, j'ai un jour visité la grotte Chauvet, cette grotte du sud de l'Ardèche, dont les fresques pariètales remonteraient au Paléolitique , soit entre 34 000 et 40 000 ans, plus vieilles de 17 000 ans que celles de Lascaux. Dès l'entrée, il me semblait que cette grotte fut décorée par un seul et même artiste. Même si encore il est peut être trop tôt pour affirmer une telle conviction, il me semble évident pour moi, que l'ensemble des fresques relèvent d'un seul et même esprit singulier. J'ai recherché l'entrée véritable de la grotte, pour me mettre ensuite dans l'esprit que cette grotte pouvait avoir un semblant de lumière : l'entrée était éboulée depuis bien longtemps, sans doute depuis la fin du paléolitique , mais il m'était possible d'y deviner une entrée imposante, d'ou jadis un faisceau de la lumière du jour devait se propager dans la grotte. Aborder la grotte Chauvet, son artiste, est très important pour mon raisonnement, car dans le développement, cette cavité invite à suivre un artiste, qui avait sans doute une fonction de chaman , qui s'enfonce progressivement dans les ténèbres.

De visu, j'avais rapidement constaté que de l'entrée à la fresque magistrale de la grotte, la fresque aux Lions, il y avait peut-être 200 mètres, une distance pas si grande que cela, et raisonnable, pour ne pas se perdre au plus profond d'un monde obscur, qui à l'époque pouvait ressembler à un gouffre. L'artiste recherche toujours une forme de profondeur, avec une prise de risque. Le désir de la prise de risque semble ici ne pas avoir d'âge, avec des dessins en perspectives, uniques pour l'époque. Le message semble être ici : la perspective confronte l'artiste aux éléments, et à la nature. Celui qui est crateur n'est alors pas que seulement un homme, mais il devient ici un penseur, et un magicien, qui à vaincu la nature. L'oeuvre magistrale va rester dans le noir obscur pendant des milliers d'années, mais il fut un temps, ou avec des torches enflammées, il apportait la lumière, nécessaire, à lire ce qui était représenté. L'artiste montrait ici un moment de grace, de l'agilité, qui forcément devait impressionner autour de lui, sans doute les membres de sa tribu. On retrouve cet aspect chez les enfants, peut-être sans doute beaucoup plus autrefois, car aujourd'hui, les enfants sont submergés par les images, par l'apport d'internet, etc... Lire une oeuvre, apprécier un acte instantanné, qui dévoile notre univers, devient forcément plus compliqué de nos jours, alors que autrefois, le regard apporté était vierge, et neuf, et l'artiste était un magicien, et plus encore, à certaines époques, il pouvait être un chaman. L'artiste qui à décoré les paroies de la grotte, devait être un être craint et respecté, à l'image d'un sâge, il devait dessiner depuis bien longtemps, en d'autres lieux , et d'autres supports, et ces autres dessins, ou oeuvres sont disparus depuis des temps immèmoriaux. C'était sans doute un homme qui avait du savoir. Sa vision relevait de son esprit, l'alphabet n'existait pas encore, mais il pouvait délivrer de formidables messages, même si il n'avait pas l'usage des lettres, ce qui est valable pour un nombre conséquent de gens d'aujourd'hui, qui souvent, vivent en de pauvres contrées. Mais aussi, plus que personne, en réalisant ses dessins, il avait la volonté de laisser une trace non seulement de lui, mais de son époque, même si aucun homme n'était représenté, à l'exception des animaux. C'était aussi comme si il se donnait de la valeur, pour dire qu'il valait quelque chose, et que son message avait traversé les âges : la meilleure des peuve est qu'il est désormais visible à nos yeux, comme si il était encore avec nous, absent pour quelques instants, pour revenir, encore plus fort.    

Ce qu'il a réalisé est sans doute une communion avec la nature, pour ainsi figer des scènes qui vont rester dans ce qui est le noir le plus obscur, pour traverser les âges, et l'histoire. Il emportera son secret avec lui, mais la trace de ce qu'il a laissé est le plus grand des trésors. Il ne restait que à connaître son visage, pour voir qui il était, mais il préférait montrer ce que ses yeux voyaient comme pour nous raconter à quoi ressemblait sa vie. C'est une forme d'estime, ce qu'il y a de plus fort pour dire qu'il peut être quelqu'un caché au milieu d'une foule, sans être démasqué. Il est allé au plus profond du dessin, au plus profond de lui-même, pour se fondre en son époque.

Une envie profonde arrive, pour celui qui cherche, et qui médite, de se mettre à part, et de faire le grand écart : un monde se livre à nous, mais il n'est guère différent de celui qui était proche, mais il est plutôt proche de la pensée, et loin d'être spirituel. Le monde doit avoir alors un autre regard, plus puissant. Celui qui médite avance, mais quelque chose d'invisible le freine, et trouver des mots pour expliquer ce mal devient difficile. C'est une longue course contre le temps, et peut-être, aussi les éléments. Souvent, ce qui est autour semble hostile, le cocon devient fragile, et certains ne comprenent pas. Celui qui regarde continue toujours à avancer, mais pour certains, il est aveugle, car il ne ressemble pas aux autres, et n'entre pas dans le rang : pourtant, il est le même, mais communique sans doute plus, tout comme il observe. Il vit en apparence un rêve éveillé, mais il est bien présent en ce monde. Si être quelqu'un est difficile, celui qui souhaite être se donne la force pour y parvenir, et à l'image de la vie, exister semble une lutte de tous les instants, mais en cherchant sa bonne voie pour se donner sa propre image.

 

Vient ensuite le doute, et douter est trés important. Faire un choix, c'est aussi peut-être faire une erreur. Avant d'avoir des certitudes, il faut observer, apprendre, et se forger son propre avis. Souvent, rien n'est vraiment certain, et alors, notre pensée est une aide pour aller vers les certitudes. Avant d'être de la création, l'art est une invention de l'homme, et n'est pas une vérité dans le monde vivant. Faire de l'art, c'est donner des émotions, et chercher à surprendre, et diriger vers le goût, ce qui est esthétique. Mais l'art est aussi une notion abstraite, et floue. Pour certains, l'art est inutile, et ne sert à rien, mais dans le fond, si l'homme regarde plus profondément ce qu'il fait lui-même, comme d'autres, à des degrés divers, il devrait se rendre compte que ce que font les autres, tout comme lui-même il fait, est tout aussi inutile. Pour vivre, l'homme cherche à faire briller des apparences, et donner des sens à ce qu'il fait, à rechercher et à établir ce qui est concrêt. Mais dans le fond, rien n'est vraiment vrai ou véritable, et tout n'est qu'apparences. Alors, à ces apparences, y ajouter ce qui est l'art ne devrait pas bousculer l'ordre des choses, tout comme déranger nos interrogations sur le sens de la vie, et voir la vie autrement ne devait donc, aussi, ne pas être trop différent des autres vies, tout comme se dire que le créateur et l'errant savent trés bien ce qu'ils ont à faire. L'inutile est à l'utile ce qu'est le défini et l'infini, dans un dualisme qui semble traverser les âges...    

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10 août 2011 3 10 /08 /août /2011 15:11

L'aspect répétitif dans l'art, c'est le point de départ, et aussi le point de non-retour. Moi-même, tout comme tout autre artiste, souhaite aussi ne pas se tromper, et recherche, pour qu'il ne soit pas induit en erreur ce qui le caractérise, ce qui affirme son identité. C'est l'image de l'équilibriste sur un fil: il sait qu'il va droit au but, et pour tenir en équilibre, il va s'attarder à suivre du regard le fil, pour arriver au but. L'équilibriste recommencera ainsi son numéro en d'autres spectacles, d'autres occasions. Pour l'artiste, ça va être la même chose, avec de la peinture, ou des crayons. L'artiste sait qu'il est ici. Il est bien présent, et tout comme l'équilibriste, il va utiliser ses propres outils, et surtout, ne pas regarder dans le vide.  

Le vide confronte à l'inconnu, et il y a deux options : placer un signe minimal, abstrait ou non, laisser une indication, pour marquer le territoire, ou remplir la toile ou le support.

La toile, ou le support doit renvoyer à un espace personnel, ce qui est l'aspect singulier de l'artiste, mais ce qui est plus profond, est le fait de s'approprier cet espace, et laisser une trace de son passage. Marquer l'aspect répétitif, c'est le fait d'affirmer l'identité et l'espace du créateur. C'est un autre monde, mais très réduit, un espace à combler, ou à compléter. Parler de "trace" est très important, et même primordial : c'est ce qui touche au plus profond de l'être, ou l'artiste se dévoile, mais avec ses codres, propres à lui-même. Ce qui va être produit est en quelques sortes son alphabet, son écriture. Il recherche à être visible, mais dans le fond, c'est lui même qui peut déchiffrer son système d'écriture, car il est souverain en son domaine. L'aspect répétitif chez l'artiste, c'est aussi le fait de se perdre. à un moment donné, l'artiste ou créateur croit tellement que son monde est rodé, qu'il se laisse aller à des formes, ou à une écriture, qu'il ne pratiquait pas avant. Ce qui était déterminé devient alors de l'instinct, comme une autre vision de la vie.

 

 à force de peindre et dessiner, et le faire par des séries, le constat de ce qui est vu devient trés clair: ce travail machinal(de "machine"),qui inclut forcément du répétitif, et c'est ce dernier qui donne une cohérence à l'existence, ainsi que la vie à l'ensemble de tout ce qui est un système. Sans oublier aussi l'apport trés important du hasard, qui semble le maître de toutes choses.  Il reste à expliquer qu'il y a un paradoxe, et celui-ci est que la répétition se présente comme la seule figure de l'espoir, car c'est par elle que ce qui fut sera à nouveau, pour se répéter, et c'est grace à elle, aussi,que renaît ce que j'ai donné comme terminé, ou fini.Cela implique un travail de réalisations de travaux en séries, qui s'expliquerait du fait que l'artiste, ou le moi ne voit pas une évolution suffisante dans ce qui est crée. Le dessin, ou l'apport pictural n'est alors plus qu'une suite de mon, ou de notre histoire. Ou même, d'une évolution.Si l'artiste raconte, ce qui semble son double vient se greffer à cette suite de créations paradoxale.La mémoire est alors fuyante, et ce qui fut fait hier, ne ressemblera le lendemain à ce qui fut fait, avec toujours un sentiment d'évolution de la pratique picturale. Le temps est facteur, et aussi, il décidera de ce qui sera fait dans l'avenir. Si au départ l'objectif n'était que de ne créer qu'une oeuvre, une suite en découle, comme une suite logique. La mémoire prend alors toute sa place, et c'est elle qui va inscrire ce qui est l'automatisme dans le corps, ou les corps.Ce qui va engendrer l'habitude, ou les bonnes ou mauvaises habitudes.  Ainsi donc, sont mes habitudes dans l'art en général, et elles sont toujours identiques, ainsi que mes gestes et manies d'utilisations diverses de mes brosses, crayons ou pinceaux, plumes,et qui ne varient guères, si ce n'est dans la violence de l'exécution, et de l'esprit, et la place laissée au hasard. Encore le hasard...Je néglige donc les futurs phénomènes d'usure, les habitudes sont encrées.et alors, je constate que le répétitif est le moteur véritable même du machinal, et qu'il est une carte d'identité,l'insistance de l'esprit, une affirmation constante de la résistance à la mort, car il assure une reconduction systématique des choses, et garantit leur renaissance en permanence.Aussi, l'habitude doit s'inscrire dans ce qui est continu: il ne doit pas y avoir une cessation de l'activitée, ou une pause, qui casserait l'élan engagé, et ce qui est la continuité. Un arrêt peut se concevoir comme une fin. Ce qui fut entrepris est alors cassé. Il risque alors d'y avoir une régression. Ce qui fut considéré comme un acquis est alors fragile. L'artiste qui s'engage donc dans un travail en série devient donc une machine, prisonnier de sa propre évolution.Comme Je refuse d'anticiper une fin.Donc,ce qui est la répétition est bien le refus absolu chez moi de la finitude, soit ce qui est accompli, tant, du moins que la dynamique qui l'entraîne reste assez forte. C'est refuser de se voir imposer une vue artistique aussi, je suis le seul maître à bord, et je parle pour d'autres. c'est tracer son propre chemin, sa propre voie, quand bien même, le plus souvent, il y a des normes.  Evidemment, il sera toujours possible de s'interroger sur les qualités mêmes de la vie qui est induite, et qui découle par ce phénomène cumulatif de la répétition et du machinal, et me permettre de conclure qu'il arrive toujours que quelque chose de médiocre peut se produire, ou arriver dans toute cette production, ce qui est inévitable, de ce qui n'est que retour,recommencement, et répétition continuelle, ou perpétuelle. Pour continuer, je dois sortir de ces interrogations esthétiques ou éthiques, qui, à l'évidence-même, ne devraient pas se poser ici. Par contre, je sais que le geste machinal à toujours un rapport au temps, au temporel et vu qu'il est toujours stable, ou plus ou moins avec des variantes, il arrive à me convaincre de tomber, moi et mon art, sous son emprise. Le temps semble inscrit dans l'espace, et il est planant, bien présent dans ce qui constitue ce monde d'ici-bas.Mais aussi, le temps peut être trompeur, mais le temps revient toujours, car il est la réfférence. Voilà à quoi ressemble le roulement machinal. Aussi, il peut avoir un parcours en simple boucle linéaire, ou en une fonction qui s'exerce en une composition de type binaire, éventuellement selon une figure plus complexe, qui est encore faite d'éléments qui sont multiples, qui se répètent, ce qui détermine certainement un processus d'alternance à reconduction permanente. Tout est sans cesse un recommencement. Dans ce cas, le commencement et la fin ne sont plus que les marques arbitraires de la séquence , et ils peuvent aussi bien changer de rôle, tant ce qui les détermine se résume à bien peu de choses : la naissance et la mort recommencent, comme un jeux d'acteurs ou les séquences sont en quelques sortes rejouées de manière indéfinies, et qui montrent, brutalement, en ces deux bouts, ce qui est une vie que je roule et que je déroule à l'infini, pour faire en sorte de ne laisser voir que une seule version, qui serait condensée et neutre, dans le même temps, et tracée, et réalisée de la même manière.L'artiste marque ainsi de son empreinte son territoire, il est désormais son seul juge, même si il sait qu'il va être confronté à des regards exterieurs.

 

L' Aliénation

 

Si le créateur véritable s'engage dans la voie de la série, il s'engage donc dans une perte de sens, et une aliénation certaine. Le dessin dans sa forme la plus graphique perd une certaine notion de sens, l'artiste cherche à se raconter des histoires, et c'est l'emballement créatif. En ce qui concerne la peinture, le peintre va plutôt rechercher une explosion de couleurs, comme si il recherchait la lumière, ce qui brille à ses yeux. Pour les autres formes d'art, il va chercher à détourner du sens, chercher des sens contraires, ou cachés. L'artiste est perdu dans son aliénation, et ce qui semble si proche de lui, devient soudainement si lointain. Le regard de l'artiste est désormais posé sur ce qui émerge de sa création. Il est désormais comme un équilibriste sur un fil, et il cherche à fuir le vide, à ne pas trop regarder en bas. Il y a effectivement une peur du vide qui le caractérise. Si l'artiste opte pour le choix de la série, c'est souvent pour combler un vide. C'est combler un manque aussi, chercher à combler ce qui semble être au plus profond de lui-même, mais sans vraiment y parvenir.  C'est aussi le plus souvent une forme de douleur, une souffrance, ou les mots ne sont jamais suffisants pour exprimer peut-être une forme de mal être. Ainsi, le geste machinal est souvent lié au temps, car il ne faut pas l'oublier : si le temps est commun à chacun de nous, il est aussi l'espace de vie du créateur, et ce qui relève de sa création évoque aussi, plus ou moins, une évocation, ou des pages de sa vie. 

 

L'artiste recherche aussi une part de bonheur, tout comme le plus souvent, il chercherait à se construire un monde idéal. Entre le temps passé et futur, si l'espace entre l'avant et maintenant est connu, l'aprés suggère l'inconnu et le vide. Aussi, une histoire peut prendre fin rapidement, d'ou un certain stress, une forme d'angoisse...    

 

La notion d'abandon est aussi trés importante :c'est l'abandon de soi, qui génére la force créatrice. Si ce que recherche l'artiste est de donner un aspect de lui-même trés construit, il ne peut malheureusement controler l'intégralité du rendu qu'il va donner. à un moment donné le hasard l'emporte sur l'esprit vaillant, et laisse place au laisser-aller. Le hasard est indisociable du rendu, qui porte sa marque, et créer ce qui est vraiment voulu n'est qu'une gageure, ou du moins, une utopie.

 

Pour moi, la notion d'aliénation est trés importante: en fait, dans ce qui est son extension au niveau du politique moderne, c'est à dire que cette notion est liée comme à la parole, l'artiste sait ce qu'il à a faire. Pour lui, c'est un acte de s'exprimer, retrouvé chez les philosophes de la volonté, et je sais que ça à connu un succès vraiment réel, pour ainsi contribuer à fonder ce qui est l'approche théorique de certains courants artistiques, connus aujourd'hui, surtout des courants artistiques d'avant-garde en Europe et aux Etats-unis. En bref, c'est être d'aujourd'hui, actuel et moderne, et surtout être soi-même, et les artistes parlent, avec une façon d'être bien à eux. Ils ne parlent pas avec des mots, mais avec des actes: l'acte créateur.  La pratique des créateurs est ainsi marquée, et dans le discours, tout comme dans la parole, cette forme d'alènation devient un nouveau mode de connaissance et de communication.

 

L'aliènation est le moyen d'un possible et ultime dépassement. En ce qui concerne mon rapport avec l'aliénation, ce qui m'intéresse vraiment est de poursuivre une réflexion sur l'identité de tout ce que je vois, sur les choses, par exemple, ou sur l'expérience de la solitude, et aussi de l'anonymat, ainsi que tout logiquement, sur l'isolement du créateur, et sur l'espoir qu'il est possible de voir naître à ce niveau. Pour revenir à moi, ma pratique picturale est donc le reflet de toutes ces pensées, ainsi que toutes mes pensées, c'est aussi le moyen d'une prise de conscience salvatrice. Malheureusement, j'ai constaté que la notion qui était au centre de tout ce petit système s'est révélée encore plus large, et de ce fait, a pu recevoir des acceptations aussi diverses que variées .    

 

L'aliénation me renvoie aussi à l'étrangeté, ou à l'altérité, des notions trés larges, qui me permettent d'envisager de me mettre au service de conceptions diverses, et différentes. Toute cette aliénation est une forme d'énergie, qui illustre le travail de l'artiste, ou l'on retrouve une conscience déchirée, l'esprit du songe, le rêve en mouvement, l'imaginaire. Une perte du quotidien de la vue de l'humain est visible, et il y a autre chose à observer, ou à déceler. Une perte d'une certaine forme de conscience, de même, est visible, et ce qui est refus,contestations diverses et variées laissent envisager une libération de l'esprit, sous la forme de ce qui est l'expression des sens. Le comportement s'en retrouve changé, et l'expérience qui en est née n'est que plus positive.C'est la négation de l'avant, la quête d'une autre forme de communication à situer entre le rêve et le réel, ce qui entraine une parenthèse d'un certain laps de temps qui permet de mettre notre propre vie sociale entre parenthèses, l'espace de quelques instants, ou tout au plus, quelques heures. C'est oublier notre vie quotidienne, notre organisation sociale, pour se laisser aller, et plonger vers l'inconnu, ou envisager une forme de destruction de soi, refuser le quotidien pour chercher autre chose, mais tout reste à définir...

 

C'est se perdre, devenir un étranger à soi-même l'espace d'un temps donné et déterminé, refuser un moment ce qui est réel, et qui semble nous saturer, pour rechercher une forme d'explosion, une apothéose de soi-même. Pour être plus clair, c'est casser l'image de l'ordinaire, pour trouver une sorte de paradis artificiel qui n'existe pas, et qui n'éxistera jamais. Un refus de la réalité qui est en face de nos yeux, pour anéantir une forme d'identité qui nous colle trop à la peau, muer comme un reptile, pour devenir quelqu'un d'autre, mais en fait, ça n'aboutira à rien, et le personnage que l'on était avant reviendra aussi vite que quand il était parti. C'est donc un faux départ, mais un vrai rêve, plutôt concrétisé. L'étranger que l'on était fini par découvrir l'autre, qui finalement va finir par lui ressembler, et il en est ainsi tout le temps, et pour ainsi dire, pour toujours. Une course contre le temps est lancée, et tout ce qui est crée autour de nous n'est finalement qu'abstraction. Au départ, il y avait la nature, et celle-ci avait été façonnée et transformée par la main de l'homme, tant et si bien que l'homme avait un jour pensé que la vraie nature n'existait pas, mais ce n'était qu'une illusion, une parfaite abstraction. Alors, la nature revenait en force pour nous dire que tout était vain, et que tout n'était que de la poudre aux yeux. Façonner la nature à l'image de l'homme n'était finalement qu'un rêve, un de plus. C'était suffisant pour nous dire que la nature reprennait ses droits. C'était désastreux pour l'image de la réalité, que tous souhaitaient préserver. L'aliénation faisait prendre conscience que la réalité pouvait être vue en train de se désagréger , pour voir une désagrégation de l'image , de ce qui nous est donné et montré comme "ordinaire". L'éloignement pouvait alors être perçu comme conséquent, comme un éloignement radical de l'objet, par exemple. Il en résulte un désenchantement radical, qui pousse le créateur à renouveller l'expérience, ce qui est l'objectif final de l'aliénation. La déréalisation totale et radicale de ce qui est l'"objet", pousse le créateur à puiser dans le rêve et le merveilleux, et à l'infini. C'est une satisfaction jamais apaisée, mais qui demande sans cesse de recommencer, pour se perdre dans le néant et l'indéfini, d'ou l'"aliénation".  Le répétitif pour certains peut nous diriger vers un plongeon vers l'abyme : c'est se perdre dans les méandres de la création, une lutte contre le temps et se placer dans un espace intemporel. Celui qui est dans la répétition porte son propre regard, et ce qui est crée est à son image. Il cherche à finir, à terminer ce qui est accompli, mais il n'y arrive jamais vraiment. Peut-être, il cherche un bref instant de bonheur, car le monde qui est autour de lui n'est pas un enchantement. Il sait et connait ses limites, et c'est lui qui va décider quand tout sera terminé. Souvent, il ne reviendra jamais sur telle ou untelle partie de son travail. Si tout est réalisé en étapes, et réparti en un temps plus ou moins long, le plus souvent, ce qui a été fait est pour lui comme écrit. Il y a la vononté de ne pas froisser le temps, et ce qui a été vu. Pourtant, le plus souvent dans la série, il y a la volonté de tout remplir, comme pour combler un vide. Il ne faut pas oublier aussi que tout ce travail est une recherche, et qui, pour certains peut ressembler à une recherche archéologique, mais ce travail s'apparente plus à une quête, ou une prière, pour certains, car au bout de toutes choses, il y a le désir de trouver une réponse, ou de rechercher l'impossible. Pour être plus précis, oui, c'est une plongée vers l'abyme, et aller trop loin dans la série, ne permettra pas le plus souvent de trouver des réponses, mais de s'y perdre. La logique devient mécanique, et notre esprit, tout comme notre âme, est pris dans un tourbillon, ou celui qui souhaite en sortir est celui qui entreprend de ses propres mains de créateur.                        

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8 août 2011 1 08 /08 /août /2011 13:22
Les différences entre le geste machinal et le geste automatique sont caractérisées par une absence fondamentale de projet. Chez moi, le futur ne fait l'objet d'aucun plan visant à le transformer,et ce qui le sépare du présent est suffisamment insignifiant pour que le passage de l'un à l'autre soit imperceptible. La frontière qui sépare le présent du futur se résorbe, et même se dissout dans un fonctionnement unidirectionnel d'ou toute alternative autre que celle qui est héritée est bannie. Au bout du compte, cette absence de projet rend toute innovation impossible. D'autant que commencer un dessin ou une peinture est toujours difficile. Le projet semble être long à arriver, et il y a toujours la peur de la feuille blanche, la peur du jour ou les idées ne seront plus présentes. C'est la peur, la crainte du lendemain, du temps qui avance, et qui passe trop vite. Ce fait, insupportable dans la vie, voir tout simplement invivable, n'ouvre et ne donne accés à aucun sentiment de déception ou d'amertume. La réalité n'a d'autre sens que comprise dans un tel fonctionnement. Pour expliquer cela, la raison de ce manque de projet tient tout simplement à ce que le machinal est réfractaire à tout ce qui viendrait menacer son avancée. J'ai peur de ne plus avancer, et je redoute la dernière fois, ce qui arriverait à la fin... Donc, pour moi-même, ce que l'on peut appeler la problématique machinale résiste à ce qui pourrait venir compromettre ma marche, qui est pourtant sans but, mais pourtant décidée, et je préfère m'en tenir à un parcours, oui, un parcours tracé d'avance, et que je m'applique à suivre, et du mieux possible. Je sais donc que le machinal est particulièrement réfractaire aux situations de changement qui, par définition, exigent des réponses nouvelles, et en appellent aux capacités d'innovation. Donc, c'est clair: pour moi, tout changement veut des solutions non encore envisagées, aussi, est-ce pour ces mêmes raisons que le machinal va tout faire pour se protéger de lui ? En fait, pour moi, c'est plutôt un grand laisser-aller, et les idées viennent, surtout avec le hasard. C'est comme une grande envie de respirer, mais c'est trés dur à expliquer. C'est un défoulement, et c'est certain, comme pour me vider moi-même, et peut-être oublier mon quotidien, être quelqu'un d'autre pour une durée déterminée, ou ne plus rien être, et s'oublier dans le temps. Je sais que les exercices du machinal sont trés limités quant à leur nombre, et quant à leurs figures. Ils conduisent, et je le pense, à pratiquer le surplace, hors des expérimentations toujours possibles et toujours nouvelles de ce qui évolue, et de tous ces changements. C'est le roulement machinal, quand il ne suit pas un parcours en simple boucle linéaire, et il peut s'exercer en fonction d'une composition de type binaire, et éventuellement selon une figure plus complexe, encore faite d'éléments multiples, ce qui détermine un processus d'alternance à reconduction permanente. Le début et la fin ne sont donc plus que les marques arbitraires de la séquence et ils peuvent aussi bien changer de rôle, tant ce qui les détermine se résume à peu de choses. Donc, dans cette perspective, la naissance et la mort sont comme rejouées: c'est mourir un peu, et surtout, renaître. La vie et la mort sont rejouées indéfiniment, et sanctionnent, en ces deux bouts, une vie que l'on roule et déroule à l'infini, comme un journal intime, dont moi-même connaîtrait les codes de lectures. Il n'y a plus de visible qu'une seule version, condensée et neutre tout à la fois. C'est dire que le machinal inclut forcément du répétitif, apparent irrémédiablement dans l'esthètique de mes compositions, la technique restant la même. C'était comme si cette machine se retrouvait dans les dimensions d'une toile, ou le psychique, la psychologie, se retrouvaient expulsés en solitude et en violence, dans un espace limité qui constitue la feuille de dessin, ou la toile, ou tout autre support. Ce côté répétitif donne et assure vie à l'ensemble du système, mon système. Et pourtant, il demeure ce paradoxe : Je sais que la répétition se présente comme la seule figure de l'espoir. Et c'est par elle, que ce qui fut sera à nouveau, et toujours dans l'espérance. Grâce à elle, renaît ce que l'on donnait comme caduc, terminé, fini. Si je néglige les phénomènes d'usure qui peuvent éventuellement un jour apparaître, le répétitif, qui est le moteur même du machinal, est une affirmation constante de la résistance à la mort, car il assure une reconduction automatique des choses et garantit leur renaissance permanente. La répétition est donc bien le refus absolu de la finitude, tant, que, du moins, la dynamique qui l'entraîne reste assez forte. Naturellement, il sera toujours possible de m'interroger sur les qualités mêmes de cette vie, induite par le phénomène cumulatif de la répétition et du machinal, et de conclure à la médiocrité fondamentale et inévitable de ce qui n'est que redite continuelle. J'ai l'envie ici de souligner fortement le rapport fondamental du geste machinal au temps: Un temps qui trouve ainsi de la sorte une stabilitée suffisamment convaincante pour faire en sorte de mettre et placer mon art sous son emprise... C'est avec le temps aussi, que l'abstraction revient. Dessiner, faire du figuratif, puis vient chez moi la lassitude. Les formes se dissolvent, tout devient tout trouble, comme si le passé était devenu lointain. Il y a trop d'images,une trop grande quantité d'images qui saturent notre regard, et le mien, en particulier. Dessiner, peindre, c'est rechercher, comme pour creuser un trou, à l'image de l'archéologue. à un moment donné, tout devient flouté, difficile à décrire. Alors, les mots me manquent, et le dessin, ou la peinture, devient un signe. Je suis dans une démarche contemporaine, car j'ai alors du recul pour déchiffrer ce qui me parle. Mon corps et mon esprit se sont laissés aller à aller toujours au delà des limites. Ce qui était alors un code n'a plus de barrières, et je me laisse alors aller à ma propre interprétation, ma propre image. Ce qui est fait me parle, et je me retrouve, comme dans une quête de sens, à ce qui est obscur, et voilé. Je n'ai alors plus de limites.
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30 juin 2011 4 30 /06 /juin /2011 12:05

Au départ, le dessin, c'est donner une image, et répondre en essayant de reconstituer un manque, reconstruire d'aprés ce qui est vu, non en imitant la nature, mais répondre par nos propres moyens, et à notre rythme.

 

Le dessin, aussi, est une quête du hasard et de l'infini: le plus souvent, on ignore ce que l'on cherche. Et parfois, ce qui est crée nous donne de grandes surprises.  

 

Avant d'aborder la peinture, c'est par le dessin que j'ai commencé à aborder la représentation des choses. Ce qui était autour de moi m'influençait  plus ou moins. Le dessin intègre aussi l'environement immédiat. Le moyen qui m'était le plus accessible. La machine qui était en moi, interrogeant mon esprit, me conduisit à croire que l'homme ne se manifestait pas seulement par la production du son, et d'un langage articulés,mais aussi par le mouvement, et l'oeuvre de la main (Dont Martin Heidegger remarquait qu'elle ne faisait pas que saisir et attraper, mais qu'elle était aussi capable d'offrir et de recevoir, de tracer des signes, et de montrer). à la naissance des choses,et peut-être avant la construction d'une vie sociale, donc, il y a le dessin.L'enfant construit ce qui est son langage par la découverte des choses. Et de toute chose. Comme son nom l'indique, le dessin est la représentation de ces choses .Il peut être fait rapidement, être grand, ou ne se limiter que à un ou des signes. Tous les enfants sont passés par le dessin, c'est connu. Ce qui est reproduit par l'enfant est du plus abstrait: il ne cherche pas à représenter le beau, ou faire quelque chose d'élaboré. Avant tout, pour lui, le dessin est une forme de langage approprié, qui lui est devenu propre. Un monde secondaire est inscrit l'espace d'un instant. Comme l'animal qui marque un territoire, l'enfant à marqué le sien. Ensuite, il passe à autre chose. J'ai observé cela.  Ma familiarité avec le dessin, et dés le plus jeune âge, provenait de la rapidité, et de la spontanéité, le matériel se limitant la plupart du temps à un simple crayon, ou plutôt, une branche d'un arbre, le sol de terre ou de sable devenant le support. L'attrait vers la peinture était toujours, jusqu'à l'âge de douze ans, restreint par les contraintes d'application d'un tel médium.Ensuite, est donc venue la peinture, assez logiquement.C'est connu, la peinture est salissante. C'est aussu plus de moyens que le dessin. Dans la quête d'un art automatique, les longs préparatifs, l'impatience, étaient perçus comme un obstacle à la spontanéité. Mais le dessin, en perdant sa secondarité "ontologique" n'a t'il pas du même coup mis en question son point dominant méthodologique" celle par laquelle j'ai fait traditionnellement le dessin? C'est pourtant ce primat du dessin dans la peinture qui permet de donner une forme narrative à la représentation picturale, et de la rattacher ainsi à l'univers du discours et à celui des signes en général, et dans l'optique de l'écriture automatique en peinture, fait en sorte de lui donner un point de départ, et en fait le moteur de son développement. Comme la peinture le dessin est toujours défini comme une représentation abstraite, une forme de la nature spirituelle, et dont l'origine réside uniquement dans la pensée, la marque d'une activité intellectuelle, qui prouve aux yeux de ceux qui condament la peinture que celle-ci obéit toujours à l'ordre du dessein"... C'est un objectif à atteindre. C'est à dire un vrai projet. Le hasard compte beaucoup, et est aussi moteur. L'enfant qui réalise un dessin se laisse aller aux jeux du hasard, et ce qu'il créera ne ressemblera jamais vraiment à ce qu'il voudra vraiment faire. l' art est libéral depuis toujours. Le dessin, au sens de "tracé", se confond avec le dessein, au sens de projet. Le dessein est un objectif. Au départ, historiquement, le dessin avait un dessein, ou plutôt in objectif religieux, chamanique. Contrairement à l'animal, l'homme pouvait représenter, et lire ses dessins avec des codes. Et puis, le dessin à évolué dans le temps, et à pris d'autres formes. Même le dessin dot "académique" n'est dans le fond qu'une création, parmis tant d'autres. Il est impossible de vraiment définir le dessin parfait, car cette définition relève d'un point de vue, de l'aléatoire, et donc du hasard, ou de l'abstraction. Le dessin, la peinture, ou plus largement, l'art en général, ne devrait pas avoir de normes. L'art contemporain est en contradictions, car il vise lui-même vers la fin de l'art, donc,à un retour à ce qui était originel, les débuts de l'art, et laisser l'art vivre comme il l'entend.Il y a la croyance aussi. Mettre l'art sous une, ou plusieurs normes, c'est aussi croire en de vraies, ou de fausses vérités. C'est croire qu'il y a une voie, un chemin, de grandes lignes, ce qui n'est pas que relatif à la religion, et tradition Judéo-Chrétienne. Plus contemporain, Tinguely, avant de vouer son talent de création aux sculptures démesurées, ces "grandes machines", s'était perdu dans une frénésie de dessin, perdu dans la création, de sculpture,puis de peinture.Il faut savoir que chacune des oeuvres crées par un artiste fait place à un blocage, un sentiment d'inachevé, que je partage.Il y a un sentiment de vide, aussi.à l'image d'un enfant qui réalise un dessin plus ou moins abstrait, il y aura toujours un sentiment d'inachevé, de pas fini, pas terminé.Le créateur est confronté à l'indécision, sa propre pression face à l'aboutissement de ces oeuvres picturales,ou non, et il est toujours  admiratif vis-à-vis des peintres qui finalisent leurs oeuvres, bien qu'il juge que cette conclusion ne se traduirait plus que dans la vente, histoire de voir si ce qui est bien fait est confirmé par des achats d'oeuvres, souvent par des inconnus. L'artiste qui est pris dans l'engrenage de la création ne peut s'arrêter, et il continuerait une peinture pendant des mois, jusqu'a une usure totale de la toile, ou un autre support. Il part , et il revient, jamais satisfait. Tout achévement signifierait donc la pétrification de l'oeuvre, et de l'artiste. C'est à partir de ce constat que ce mouvement s'est imposé à lui. Le mouvement lui permettait tout simplement d'échapper à cette pétrification, à cette fin.C'est être prisonnier de l'infini. Pour ce qui me concerne, au fil des années, le dessin s'est fait plus rare dans ma pratique picturale, pour revenir ensuite. En peinture, il laissait place aux jeux de couleurs : "un feu d'artifice, et un big-bang pictural" en quelques sortes, ou le dessin apparaît de plus en plus inconsistant. Son émanation ne figeait plus l'oeuvre dans des délimitations précises, et permettait le mouvement, la vie, au sein de la composition, dans le sens le plus large du terme.

 

Si l'art ne sert à rien, ce qui est à l'origine, le dessin, va contribuer à établir ce qui est dans l' environement de l'homme, à savoir, ce qu'il a fabriqué de manière manuelle, de ses propres mains. Si les objets ont une forme, il ne faut pas oublier qu'ils sont des oeuvres à part entière. tout comme ce qui constitue les logis, les lieux d'habitations, qui vont s'inscrires dans ce qui est l'architecture. Celui qui fait un simple dessin est donc un acteur de la vie: entreprendre de créer une oeuvre simple, c'est à la fois observer, et être acteur de ce qui est autour de nous. Le dessin est donc allé vers la forme. Il est donc logique de penser que ce qui à suivi au plus vite la pratique picturale fut la sculpture . Le logement sous la forme de la pierre que l'on connait n'était pas encore vraiment élaboré. L'artiste se dour d'être aussi un architecte. Comme chacun le sait, au temps de la préhistoire, l'homme ne vivait pas dans la caverne, mais non loin d'elle. La grotte, la caverne, etait le lieu du chaman, de celui qui prétendait avoir des pouvoirs, celui qui voyait.Le chaman était un artiste, sans vraiment le savoir, et il devait faire forte impression à ses contemporains, en donnant sa vision de la vie. Il y avait aussi l'ombre et la lumière, une quête de la couleur, et du noir et blanc, ce qui va devenir le faire-valoir des arts pour des siècles. Aujourd'hui, le Design élabore et évoque une certaine vision artistique de l'objet, et celui-ci à pour vocation, ou dessein d'être utile ou inutile: une vue concrétisée et visible pour envisager un débat sur l'utilité de l'art

 

L'art se confond alors avec ce qui est manuel. Robert Filliou, artiste Français parlait de la "création permanente" : "vite fait, bien fait, mal fait" . Une manière de dire  qu'il ne pensait pas diffèremment, la création étant omniprésente autour de nous, et surtout, permanente, et inscrite dans notre patrimoine.  

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29 juin 2011 3 29 /06 /juin /2011 11:02

Un jour,j'ai décidé de traverser la mer, de traverser un océan, car la terre était trop petite, et trop étroite pour moi. Le jour était enfin arrivé, et il ne se touchait plus des mains, comme dans un rêve qui restait à l'étape d'un songe impossible. Le rêve laissait la place à la vie réelle, et au vécu. Décider n'était plus alors un mot vain, mais il trouvait tout son sens. J'ai regardé la mer de mon hublot, et j'ai trouvé qu'elle était immense. Le bleu de l'océan, le reflet brillant du soleil m'invitaient à oublier, au plus profond de moi même, comme on referme un énorme grimoire, aprés avoir choisi une page, au hasard. Et j'ai découvert l'Amérique,mais ce monde n'était pas immense, il n'était que grand, seulement. Les jours, eux, devenaient grands, et ma méditation n'en était que plus immense. Ma vie continuait dans le quartier de Oboken, à New-York. Cette ville est certainement la tour de Babel, on y parle toutes les langues, et il y a certainement tous les peuples, toutes les religions du monde, mais pour moi, cette ville ne me fait pas, ou plus rêver. Elle est à l'image du monde, un monde qui devient chaque jour plus petit, comme si il devenait un village. Vu de New-York, le monde ne semble plus aussi grand, mais si petit, tellement singulier. Pour moi, un homme à une histoire, des rêves, et sa vie, assemblée aux autres devrait donner une image haute en couleurs de cette ville. Il n'en est rien, un air de défiance semble flotter, on s'ignore, et c'est le chacun pour soi. Bien entendu, il y a des personnes formidables, et ce que je raconte n'est pas général. L'art n'est plus ce qu'il était. C'est le royaume de l'argent roi et des spéculateurs. C'est vrai qu'il en avait toujours été ainsi, mais plus qu'avant. Maintenant, on parle au nom des artistes. J'ai vu ça avec un artiste de jadis, Willeim De Kooning, qui habitait lui-aussi à Hoboken. Au début du siècle dernier, enfant, déjà, il ne rêvait que de peinture, dans sa petite Hollande. Un jour aussi, le monde lui à semblé être grand, son monde à lui était trop petit et trop étroit. C'est ainsi qu'il partit de la Hollande, quand il devint plus grand, pour n'y revenir que avant de devenir vieux. De Kooning ne souhaitait que peindre et vivre de son art. Il acceptait qu'on parle pour lui, du moment que ça ne nuisait pas à ses activités. Souvent, il ne connaissait pas, ou ne savait pas de quoi on parlait, à quels artistes on le reliait, etc... Et lui aussi s'est un jour enfoncé dans la nuit. Mais lui trouvait son paradis artificiel dans l'alcool, le monde lui échappait de plus en plus, et il s'enfonça tellement dans la nuit, que à la fin, sa mémoire était perdue depuis longtemps déjà. C'est le côté obscur, l'image qui n'est pas conforme, et finalement, le rêve Américain n'était qu'une utopie, même si De Kooning était devenu riche et célébre. Au final , De Kooning souhaitait peut-être n'être qu'un artiste libre, profondément libre, à l'image de ce qu'il était à ses débuts, libre comme l'air, volant de ses propres ailes, comme un papillon. Rêve perdu dans le Brouillard de cette ville monstrueuse, ou se côtoient les êtres les plus démunis, et ceux les plus riches, les plus incultes et les plus instruits, et dans la plus totale des indifférences. C'est dans la différence que naît cependant le singulier. J'observais souvent du haut d'un gratte-ciel ce New-York qui était au bas de mes pieds. Avec le brouillard, tout ce qui était en bas devenait invisible, quand le brouillard recouvrait cette ville. Il y avait comme quelque chose de divin, la cité idéale semblait émerger d'ici- bas, et éffaçer tout ce qui était négatif, mais le rêve était de courte durée. La vie réelle reprenait ses droits, avec sa violence, tout ce qu'il y avait de plus injuste, de plus absurde. Un moment, en regardant le brouillard, j'avais le sentiment d'être heureux, d'être un observateur solitaire, seul au monde, à essayer de décrire la cité idéale, à être en quête d'être bien moi-même... New-York ne me faisait plus rêver, la grande ville devenait pour moi une jungle. Le soir, il me prenait l'envie de dessiner, et de créer, comme Jerôme Bosch, de grandes scénes, ou fresques, avec de nombreux personnages, et ou il y avait de nombreux dragons. Au plus profond de la vie, la fatigue passait sans prévenir, et à certains moments, il me semblait voir ma propre ombre, qui semblait fuyante, ou qui semblait m'observer. L'odeur de l'encre noire, utilisée pour dessiner mes dessins semblait me donner la nausée. Le silence était presque glacial autour de moi, New-York semblait déjà lointaine...Pourtant, c'était la ville qui était toujours éclairée, et qui semblait ne jamais dormir. Un soir, j'ai fait un rêve, ou je tombais dans un de mes dessins, endormi. Le choc fut dur, tout bougeait autour de moi, tout était en noir et blanc. Il semblait qu'il y avait une logique à ce qui ne l'était pas. Une histoire semblait se dérouler sous mes yeux. C'était une scéne surréaliste, qui semblait se dérouler dans un grand village, cerné d'une grande muraille. Au delà de la muraille, de ce qui semblait constituer une forteresse, le paysage semblait figé, pétrifié, dans le temps. La vie semblait se dérouler seulement derrière les murs. Un personnage vint à ma rencontre: il me proposait de retourner d'ou j'étais venu, car ici, ce n'était pas mon "monde". Pourtant, c'était moi qui avait crée cette histoire, et cet univers était bien le mien. Ce personnage, une sorte de nain-barbu aux grandes oreilles, semblait sortir de nulle-part, et être bien improbable. Mais, sans avoir de choix, je l'ai suivi,pour enfin arriver à ce mirroir, au fond d'un chateau. C'était bizarre, mais il me semblait que à aucun moment je n'avais dessiné un mirroir. Mon retour fut brutal, me retrouvant au pied de ma table à dessin. J'ai alors regardé celui-ci, pour m'éfforcer ensuite de donner une touche plus humaine, à tous ces personnages qui peuplaient mon univers... Il y a toujours eu chez moi cette volonté d'unir les éléments entre eux, de les"faire" résonner en un ryrhme sourd et lancinant : jusqu'a ce que le souffle expire, et que les yeux regardent à l'intérieur. Mon ombre fuyante, un corps, des animaux, un dragon... Soudain, un ciel ouvert, une trouée dans l'ombre, une terre presque calcinée qui renaît de ses cendres. C'est souvent aussi une histoire, qui se conjugue au pluriel, et qui déjà abandonne la rîme. Comme un miroir de l'âme, et de l'esprit, dont les reflets se déclinent pour mieux répondre. Il y a des ombres vives, nettes ou confuses, qui surgissent, et qui se frôlent, qui se rapprochent et s'éloignent. C'est un monde parallèle ou les titres sont là aussi,comme une incitation, comme une investigation à passer de l'autre côté...De l'autre côté de quoi ? De moi-même ! de cette face cachée qui me mène souvent au vertige, et dont le centre s'en remet à l'univers, à cet infini des possibles, ou le trait du dessin inonde une feuille ou une surface, puis enflamme ma pensée, et mes idées. Ici, je ne parle pas de déclin, ni de chute, mais d'une élévation, de ce mouvement trés ascendant, qui "infuse"l 'espace,et suggère un autre regard. Je suis désormais placé hors du temps, hors des marges, cet au delà qui est aussi ma vérité, pour devenir singulier. mon esprit est libéré, avec des dessins envahissants, souvent saturés, défoulants, dont les gestes résultent du songe et du hasard, des gestes pas forcément maîtrisés, qui me conduisent à rechercher et à puiser dans mon enfance, mes rêves d'enfant, ce qu'il y avait de plus primitif chez moi, en libérant mon esprit du regard des autres, de mon regard, en m'absorbant dans le support, un oubli de moi, de soi-même, qui me définit et me conduit forcément à être plus singulier, encore. Et la nuit devient sans fin, comme si le silence pouvait me parler. La vie défile, voilée par le temps, avec ses joie, l'euphorie, souvent, la souffrance, comme la joie. L'extase est aussi présente, l'espérance de rencontrer, de trouver ce qui semble filer entre les mains. Et le doute s'installe, comme l'abandon... Le rêve est une forme d'exil, de découverte de soi, et de voyage, à travers notre inconscient et conscient. L'encre continue de couler sur la feuille, et des formes naissent, comme le plus souvent, des personnages. Tout ce petit monde, ces personnages, lancent un appel. C'est un cri silencieux, comme lire une écriture inconnue sur une feuille. Mon geste continue, même dans le noir, ou quand le sommeil m'invite à dormir. Ce geste est sans pitié, et il ne s'attarde pas à déchiffrer ce qui vient et nait du hasard. Là est mon interprération, ma main passe sur ce monde perdu, sur ces personnages, dissimulés par mon ombre, ou ma main. Un personnage qui à des traits n'est pas plus visible qu'un autre dessin, une forme abstraite, une tache d'encre, un signe. Le signe est pour moi la porte vers le néant, là ou je retrouve ma plénitude. Le signe n'est qu'un passage, mais j'y reviens souvent. Il est présent, part, et puis, il revient, mais je suis sourd. Finalement, il est assez naturel: quand le dessin est trop figuratif, l'envie me pousse à faire autre chose. Il y a quelque part une forme d'absence, trop présente. C'est un pont... Oui, voilà l'image que j'ai du signe, et qui me permet un passage vers une nouvelle épreuve, un pont entre le passé, et le présent. J'ai peur de ce qui doit arriver, à l'épreuve du néant, mais j'en ai besoin, je l'ai déjà dit, ou raconté. C'est la force de l'écriture automatique: nous cherchons, et tout à vocation à revenir. L'encre est présente, et elle m'ouvre la frontière vers l'imaginaire. Tout est plus lent avec elle, et mon esprit prend toujours plus de distance, pour construire quelque chose de précis, une forme, un signe, une abstraction, ou un être. Le moi-présent s'enfonce dans le brouillard, le plus obscur, pour laisser place à l'imaginaire, et ce qui ne s'explique pas. Les rêves sont trompeurs, aussi...Ainsi, un soir,je me suis perdu dans les formes, et les signes...Tout était voilé devant mon regard. Le dessin devenait lointain, et je basculai dans un sommeil profond,poussé par la lumière artificielle d'une ampoule électrique. Dormir, je n'en avait pas envie. Mon désir était plutôt de terminer ce qui avait été entrepris. Mais il en était autrement. Et enfin, le sommeil fit son oeuvre, pour m'ouvrir les portes du songe. Je me suis retrouvé dans une cabine d'un vieux cargo rouillé. Du haut d'une passerelle, il m'était possible de voir la rouille se mélanger à l'eau de mer. Le cargo semblait fondre, pour être englouti à jamais par l'océan. Pourtant, la mer semblait calme. Au loin, il y avait une plage. C'était peut-être les contours d'une île, plus certainement d'un continent, car en portant mon regard trés loin, la côte ne semblait pas finir. Le temps était beau, le ciel était bleu, et il m'était même possible de ressentir le vent frais. J'ai alors fait le grand plongeon, pour rejoindre la plage. Avant, j'ai cherché sur le bateau des traces de vie récente. Je n'ai rien trouvé. Ce cargo semblait être là depuis des décennies. La nature avait presque repris ses droits, de telle sorte que ce grand bateau semblait avoir été construit à l'image de la nature. J'ai donc nagé jusqu'à la plage. Celle-ci ne semblait pas finir. Et j'ai marché...Marché...Oui, j'ai remonté le long de cette plage, sans savoir si c'était par le sud, ou par le nord. Je n'ai alors trouvé pas âme qui vive. C'était le pays du silence qui se présentait à moi. Je suis revenu sur mes pas, pour revenir vers le vieux cargo...Je ne l'ai pas retrouvé. Lui-aussi avait disparu, pour n'être jamais retrouvé. Et j'ai continué à marcher, en entrant dans les terres. Tout ne semblaît être que désert, aucune trace de vie, la chaleur devenant plus forte. En marchant sur ces terres arides, il y avait sur mon chemin d'étranges monticules de pierres, étranges...Je me suis approché, certains monticules représentaient des animaux, comme par exemple, un chat, un cheval, un chien...Ils étaient peut-être de la main de l'homme, et j'ai cherché à savoir. D'autres monticules ne représentaient rien de spécifique. Pour moi, c'était comme des formes abstraites, ou sans plus de significations, sinon peut-être des signes. Mais le temps était le temps, et il commençait à être long. Moi, j'étais fatigué, sans eau, et sans ressources. Autres fait étranges : mon ombre me fuyait, et me suivait, les nuages du ciel ressemblaient aux monticules, certains reprenaient les mêmes formes, les mêmes animaux. Le soleil devenait avec la chaleur, de plus en plus oppressant. Impossible de trouver un coin d'ombre dans les environs. Les heures éraient sans doute devenues des jours. Comme une épave, moi aussi j'étais devenu un naufragé et un égaré du désert... Comme souvent dans les rêves, tout était intemporel. Ainsi, il me semblait être sur les lieux depuis plusieurs jours, pour plusieurs autres encore. Le désert semblait être comme un piége, qui semblait se refermer sur moi. Sans eau, et sous une chaleur torride, il me devenait de plus en plus dur d'avancer. La fatigue eu raison de moi, mon corps ne pouvant plus suivre. Mes bras, mes jambes, ne répondaient plus. J'ai recherché en vain un coin d'ombre pour échapper à cette fournaise. La mort me semblait être une délivrance plus que probable. Tout semblait si réel. Avec mes dents, je me suis mordu les lévres. De même, mes dents étaient dans un état terrible, comme si elles allaient tomber. Et puis, il y avait le délire qui commençait à se manifester, accentué par les douleurs terribles dans le corps. Ce n'était plus un rêve, mais plutôt un cauchemar. Tout était intemporel, et le rêve devenait la vie, et le temps devenait la nuit, comme les abysses, tout en profondeur, pour rejoindre un monde de brume, flou, ou les mots ne se trouvaient plus pour décrire, expliquer... Une nuit virtuelle naissait. Aprés le jour, en plein désert, avec la chaleur, vint la nuit, froide, avec mes yeux pointés vers le ciel,couché sur le dos,à observer les étoiles. Le moindre bruit devenait un écho. Dans mon rêve, je me retrouve seul au monde, à écouter le vent qui souffle fort, seul compagnon de solitude. Tout va alors vers l'aléatoire, je me pince, mais ce n'est qu'un rêve, un long tunnel... Impossible d'en sortir, il ne semblait pas y avoir d'issue. Un vautour vint vers moi. C'était la première forme de vie que j'ai vu dans ce désert. Au début, il était placé au haut d'un monticule de rochers, et il m'observait. Moi, couché à terre, ravagé par la fatigue et la douleur, mes gestes étaient limités. Sans cesse, une lutte contre la mort s'engageait, en manifestant ma survie par des gestes. L'instinct de survie était le plus fort, mais soulever une pierre pour ma défense, devenait de plus en plus dur... Au plus bas dans le moral, la détresse, la fatigue, je me laissais aller à une mort certaine. Quand soudain, au plus proche de moi, le vautour reçut un jet de pierres sur lui, de sorte qu'il n'avait d'autre choix que de partir. De mon regard trés trouble, comme envelloppé de brouillard, une silhouette avançait vers moi. Un grand homme noir, en tenue traditionnelle, de prés de deux métres de hauteur, vint vers moi, pour me sauver. Il pris des branchages, et sans un mot, m'observa, pour ensuite allumer un feu. Il resta ensuite jusqu'au matin assis sur un rocher. L'aube était fraîche, et l'homme cherchait quelque chose à terre. Ensuite, il creusa un trou, qui devint assez profond, et il fouilla dans son baluchon pour sortir ce qui ressemblait à un bol. L'homme avait réussi à trouver de l'eau. Il vint vers moi pour me faire boire. L'eau était mélangée à du sable, mais elle était fraîche. L'homme s'absenta ensuite un moment, pour revenir peut-être une heure aprés. Il semblait avoir attrapé du gibier, sans savoir vraiment quel animal c'était. Il creusa encore un trou dans le sable, fit un montage avec des branchages, pour placer la viande qu'il avait découpée soigneusement, pour ensuite recouvrir le tout de sable, et mettre le feu dedans. L'homme avait construit un four, et au final, sa viande était assez bonne à manger. J'ai ensuite rencontré les membres de sa communautée, regroupés en un camp de maisons traditionnelles, faites de briques de terre, de torchis,de paille et de pisé. Un village au milieu d'une contrée aride, ou l'eau d'un puit semblait venir de nulle part... Ce rêve était bien étrange. On m'invitait à participer à une cérémonie, dans une caverne trés profonde. éclairés de torches, les gens du village dessinaient des formes abstraites sur les murs, comme des signes abstraits, noirs. Il semblait qu'il y avait un lien à rattacher à l'éclairage. Les signes semblaient vivres avec cette lumière artificielle, et j'ai alors vu les villageois réagirs, quand un signe était terminé,l'encre liquide n'étant pas sêche, le signe abstrait brillait, comme si il envoyait un message à ceux qui étaient là à regarder. C'était comme voir la magie du dessin. Celui-ci semblait ne pas avoir de règles, ni de conventions. J'ai ressenti que l'acte de création n'était que aléatoire, et regarder ces gens, c'était quelque part la même chose que de voir les premiers hommes, encore que, j'ignorais à quelle époque, et surtout, en quel endroit géographique j'étais. L'art ne semblait n'être qu'un accident, tout comme le feu fut sans doute découvert lui aussi un jour par accident. Mon regard me poussa à observer que le feu et l'art étaient trés liés. Mais ici, tout relevait du rêve. Moi aussi, je me suis pris au jeu. J'ai pris un morceau de bois, ou un bâton, ou j'ai attaché de la paille au bout, imitant les villageois. Finalement, j'avais un pinceau, et comme eux, j'ai moi aussi dessiné des signes. C'était trés habituel chez moi, à l'ordinaire, mais ici, comme c'était un rêve, ma vie de tous les jours était oubliée...C'était ça, la magie du rêve : n'être pas soi-même, mais un autre. Dessiner ces signes m'engageait au plus profond de l'inconscient. Les signes devenaient fuyants, partaient et revenaient devant mes yeux. Mon esprit ne suivait plus. Mon rêve n'était plus qu'un souvenir. Mon réveil sonnait. C'était ma voie de sortie. Je suis resté un moment, peut-être cinq minutes à observer autour de moi, pour enfin me situer dans le présent. Il est vrai que ce rêve était si réel. C'était presque comme un cauchemar. Il pouvait vite être oublié aussi. Encore que, peut-être ce rêve était pour moi un enseignement, ou plutôt, un avertissement. C'était la routine. La vie continuait... Le feu,le dessin ou la représentation, la lumiére...J'y ai repensé souvent, ensuite, et les jours suivants. ça me replongeait dans des souvenirs de mes années antérieures,ou l'esprit curieux, je discutais avec des étudiants du monde entier de la vie. Sans doute, dans ma vie, j'ai rencontré des gens du monde entier, en particuliers de mon âge, autant des filles, que des garçons. Pour moi, situer, mettre des points sur des cartes, découvrir l'histoire d'un pays, n'était pas satisfaisant. Rencontrer des acteurs de ces contrées était un plus. Un jour, j'ai discuté d'un même sujet, à plusieurs reprises en une même année,avec pmusieurs groupes d'Africains différents. C'était à propos de l'art en général.Pour eux, c'était trés important pour l'homme. Dans ce qui était le plus primitif des hommes,l'art était dans le fond une invention dont le but était clairement de marquer la différence entre l'homme et l'animal. Une différence "artificielle",car l'homme restait un être vivant. Pour l'Africain, la vie passe par le groupe, ce qui est tribal. L'Européen est plutôt individualiste, et il fait le pari qu'il va tout surmonter par lui même. L'Européen, aussi, oublie rapidement d'ou il vient. Du moins, il préfére confier cette part de lui-même à un support, dont le plus connu est le livre. En Afrique, le groupe conserve la mémoire et partage. En Afrique, on raconte que quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui flambe. Pour l'Africain, l'art est quelque chose de fétichiste, mystique, et cette pensée semble disparue en Europe. L'art est une communion avec la nature et l'esprit, et renferme l'histoire. Là bas, la vie était tellement en lien avec la nature, que l'histoire des hommes Africains se conjuguait avec elle. L'Européen souhaite toujours des explications. Il faut mettre des noms, des prénoms,des lieux. Mais finalement, un nom et un prénom, c'est aussi de l'abstraction, et pour la même histoire, on n'arrivera pas à voir le visage de celui qui est nommé, autant que pour l'Africain. On se cherche des héros, on donne des noms, des prénoms, on nomme des lieux, tout ça pour dire que finalement, la vie à un sens concrêt. Les Africains me parlaient beaucoup, à moi-même. Je me suis retrouvé...Finalement, tout est artificiel, aléatoire et vain. Nous cherchons quelque chose de profond, pour donner un sens à notre vie. Mais plus que cela, donner du sens, et convaincre par la parole qu'il y a plus qu'une différence effective entre l'homme et l'animal : l'homme est la maitre, et partout dans la nature, on doit retrouver une trace de l'homme. Si ce n'est pas l'art, c'est forcément vers le spirituel qu'il se dirige. Des Africains m'ont un jour raconté que celui qui se dirigeait vers l'art le faisait pour chercher et raconter la vie. Dans le cas contraire, ou l'homme ne se dirigeait pas vers l'art, il allait vers la religion. Alors, il se créait sa vérité à lui. Si il était malheureux, il devenait un intégriste ou un fondamentaliste, car à ce moment précis, le refus de ne pas trouver vraiment ce qu'il espérait le poussait à cacher ce qu'il ne pouvait pas surmonter. En cachant, il trouvait un sens à sa vie, se croyant au passage supérieur aux autres hommes et croyant pouvoir tout expliquer. Mais il oubliait au passage qu'il n'était qu'un simple homme, pour certainement mourir un jour dans le mensonge. L'homme qui est intolérant, celui qui est fanatique, est un individu caractérisé par un grand manque dans sa vie. Souvent un manque affectif. Il regarde d'un air dur les plus faibles, et à aucun moment ne lui vient à l'idée que ces êtres lui ressemblent. Aussi, autour de lui, il semble voir de son regard quelque chose qui reste toujours identique, et qui ne change pas. Peut-être que les gens qui vivent dans son cercle font tous la même chose, ou qu'ils se ressemblent. Aussi, c'est une volonté chez lui d'être différent.Celui qui est intolérant est un ignorant. Souvent, il connait l'écriture et les lettres, mais il est un ignorant de la vie. Il se détourne des mots et du dialogue pour imposer sa propre vérité. Il refuse d'être un simple homme, tout comme il à peur de la mort. Toutefois, il peut mourir si quelqu'un arrive à le convaincre en utilisant ses propres mots, car il faut penser alors comme lui. L'Artiste, finalement, cherche à montrer une image. Expliquer ce qui est abstrait, et ce qui ne s'explique pas.Ce qui est invisible. L'artiste à la croyance en l'homme, et à l'esprit. Le vrai artiste est celui qui prend le temps de donner une autre vision de la vie, et qui sait qu'il n'est que de passage sur Terre. Le rêve de tout artiste est de trouver les mots pour apaiser les gens sur Terre, et chercher une forme d'harmonie. L'homme moderne est trop éloigné de la nature, et pourtant, il a souvent oublié que c'est son vrai pays, son vrai patrimoine. Le vrai artiste devrait ignorer les frontières et les états, du simple fait qu'ils sont artificiels. Ainsi, l'homme serait égal aux autres hommes, et personne ne serait en mesure de lui demander de participer à une guerre ou tout autre conflit, car il répondrait que c'est absurde, et que avec le dialogue, il y a toujours le moyen de convaincre. L'art, finalement, ou ce qui reléve du culturel ne sert pas à rien, mais bien à marquer une différence : l'homme est en rapport avec la nature, mais il n'est pas un animal, il communique pour résoudre ses conflits, pour trouver toujours une solution. Je me suis retrouvé dans ces explications issues de la plus profonde des brousses, là ou l'histoire des hommes se transmettait par voix orales, de générations en générations. L'artiste est en recherche perpétuelle, pour décrire l'indicible, ce qui ne s'explique pas, et trouver des mots. Toujours trouver des mots, et convaincre. Convaincre toujours. De mon regard curieux, j'ai pris le temps, au fil de mes rencontres, de construire ma pensée afin d'établir, pour moi-même le sens de l'art. J'ai probablement rencontré l'ensemble des grandes cultures...Ainsi, j'ai également rencontré des Indiens Hindouistes. C'était trés particulier, différent des Eutopéens. Pour eux, la vie, et les êtres vivants comptaient plus que tout. pour être un roi sur Terre, l'homme devait avant tout être végétarien. Même si tous les Hindous ne l'étaient pas, une grande partie d'entre eux l'étaient. Ils m'ont parlé des temples et de l'art Hindouiste. En représentant des animaux, ce n'était pas de la vénération qui s'exprimait, mais un profond respect pour l'étre vivant, et peut-être une image. Autrefois, quand un tigre tuait, mais à sa mort, on lui rendait les honneurs, comme pour lui dire, ou lui faire comprendre qu'il faisait les mêmes erreurs que les hommes. Ces Hindous me faisaient part de leur dégoût à la vue d'images, à la télé, qui montraient des animaux qui allaient à l'abattoir, pour me dire que finalement, les barbares, les animaux, se trouvaient là ou les animaux étaient mangés. C'était trés profond: en mangeant, l'homme avait oublié qu'il était dans le crime. L'homme avait oublié le sens qu'il cherchait, et en mangeant les animaux, il vivait avec le sentiment de vivre à travers eux, vivre en tuant des êtres vivants, tout en les ignorant. C'était sans doute trés important d'entendre dire cela, car ils me racontérent ensuite que l'homme avait perdu ses illusions. Par exemple, si on l'envoyait à la guerre, c'était bien qu'il voulait le croire...Pourtant, ceux qui l'envoyaient à la guerre étaient en général des hommes plus vieux que lui, donc des êtres faibles,Mais il continuait à obéir. Pourtant, si les hommes le voulaient, ils pourraient dire non...En fait, ils répondent à un cycle, et sans le savoir, ils vont eux-mêmes à l'abattoir. C'est pourquoi aussi qu'il est si important d'être singulier, d'être soi-même. Il est vrai que l'Hindouisme était une religion millénaire,ou l'on retrouvait des principes premiers de la création. L'homme à pour histoire de devenir libre, profondément libre, et sans doute, avant d'y arriver, il doit retrouver des valeurs initiales,et même si souvent il ignore la création, il doit savoir que ce qui est autour de lui,tout ce qui est construit à son image, est un jour arrivé et né comme le feu, par le plus pur des hasards, tout comme l'art est né d'un de ces hasards. Souvent en Inde, on ne se limite pas à des questions matérielles, et souvent, on rencontre,partout, des Indiens qui vivent avec les seuls vêtement qu'ils portent sur eux. On ne parle pas de la mort, car elle est autour d'eux, omniprésente, visible,et avec le temps, pour celui qui vit là bas, invisible, aussi... Le sens de l'art est donc plus ou moins oublié...Oui, l'art est utile, et sert à quelque chose. L'observateur, qui ne regarde pas seulement comment le monde devrait être, mais comment il était avant, trouve le plus souvent les réponses. Pourtant, tout autour de moi semble être uniforme, l'art, pour plaire, semble être soumis à des principes : tout le monde semble être dans le même moule, et ne pas vouloir en sortir, nous devons ressembler aux "autres gens", faire comme eux, et dire qui on est semble de plus en plus difficile, comme si il ne restait que notre ombre, qui elle aussi était en fuite perpétuelle. C'est aussi comme si on n'osait plus dire ce que l'on avait à dire, et tout cela pour rejoindre le troupeau des "gens", c'est à dire, la société. J'ai enfin trouvé dans la pratique de l'art mon propre langage, qui à façonné mon esprit, et il à appris à mes passions à parler un langage concrêt, et je pense que les hommes trouvent de la facilité à se ressembler entre eux, comme si ils avaient la peur de se tromper de route, ou de chemin.

Le rêve compte beaucoup, aussi...Un jour, aprés avoir dessiné une dizaine de dessins à l'encre noire, les formes, les traits des dessins réalisés étaient encore devant mes yeux, fuyants, pour revenir sans cesse. Les êtres semblaient prendre vies, et bougeaient comme jamais, comme pour me rapeller qu'ils existaient maintenant. C'est dur de mettre des mots pour décrire, mais il est vrai que à un moment donné, il y a un manque de passion de dessiner ou de continuer à peindre. C'est la loi de la série, comme si devant moi se déballait un récit, ou une histoire. Je cherche le sens, toujours à comprendre le pourquoi, et le comment. Je creuse, à force d'enfoncer ma plume, ou mon pinceau, comme si j'avais un jour l'espoir de trouver ce qui ne s'explique pas, pour compléter encore plus mon histoire, à travers une face cachée, et plus sombre. à un moment, aussi, vient la fatigue. J'ai envie de tout arrêter, et c'est bizarre, car c'est à ce moment précis ou je prends conscience que je suis pris entre deux mondes, le monde réel, et celui du rêve. L'artiste montre une vision de ses rêves, mais moi, je montre une face, un côté plus obscur, plus compliqué, aussi.

Il existe un moment ou dans la création, j'ai fini par oublier le temps, comme si j'avais gagné un combat contre la vie. C'est peut-être le moment le plus recherché. Alors, le temps n'existe plus, et c'est le moment propice à la création, c'est le moment ou tout ce que j'ai dessiné ou peint défile devant mes yeux, comme défilerait ma vie. Je prends ensuite le temps de regarder, d'observer, et de juger, aussi. J'ai envie de faire plus dur, plus grand, toujours plus compliqué, tout comme j'ai envie de continuer de faire du plus flou, du plus abstrait, comme pour mieux me retrouver. C'est peut être cela, la vocation de l'artiste, de chercher à déchiffrer le sens de la vie, sans jamais vraiment le trouver. Oui, en observant la vie, et en étant curieux, au delà de moi-même, j'ai appris à définir le mot liberté. J'estime que l'art doit être libre, pour se placer au sein de la cité. L'artiste est celui qui doit trouver ses propres mots pour donner un reflet de la vie. Je perçois des sensations qu'il s'agit pour moi de retranscrire sur une feuille de papier, ou sur une toile, mes outils étant toujours disposés de la même manière, et les couleurs, ou les dessins se distribuent au gré du hasard, et sans jamais arriver d'un choix. Il en découle l'espoir que la chose à laquelle je suis confronté prennent vie sur un support. Je peins ou je dessine comme si je me regardait dans un mirroir, et ce qui est fait renferme ma propre identité, fusionnelle. Quand mon ouvrage est terminé, je puise l'énergie puisée et dégagée de cette expérience picturale. Cette sortie de l'oeuvre est donc aussi la découverte et la fabrication de l'identité. Il y a donc une double opération de production: celle de l'oeuvre, et celle de l'identité de l'artiste. L'attitude du début, celle qui était initiale, se dévoile donc sans grande importance, et s'attribue une extrême labilité. Il est vrai que aucun système n'est recherché, et c'est l'absence de système qui devient ici un système. J'ai alors constaté qu'il se créait un déséquilibre qui rendait impossible la prévision de l'instant suivant, pour devoir m'en remettre à l'expérience immédiate. J'ai vu alors que cette sensation se traduisait plastiquement par le besoin de donner des coups de pinceau, surtout pour la peinture, rapides. Pour les dessins à l'encre, c'est des formes plus ou moins abstraites qui prenaient formes. Au lieu de créer des situations, j'ai crée un état. Je me suis alors approprié une surface, plus ou moins grande, comme si j'y circulait, mais égaré dans cet espace, j'ai ressenti le besoin d'un nécessaire détachement. Il est vrai que l'apathie me gagnait, et j'ai compris alors la vanité de me disperser dans un style, et l'art était pour moi un mode de vie, une manière d'être, ma carte d'identité, pour ainsi dire. Ainsi, tout devenait trés clair pour moi, et j'ai compris que c'était dans son inutilité que l'artiste était libre. Certains disent que l'art ne sert à rien, je l'ai déjà dit, mais aujourd'hui, pour mieux comprendre l'art, il ne devrait pas y avoir de normes, car alors, il devient élitiste. Aujourd'hui, les artistes n'aspirent pas à êtres conformistes, je crois qu'ils souhaitent seulement êtres inspirés. Je n'ai pas besoin de m'inscrire dans un mouvement contemporain, car j'y suis déjà inscrit, mais seules les filiations rétrospectives présentent à mes yeux plus ou moins un véritable interêt. J'aime par exemple retrouver de l'expressionnisme son athmosphère merveilleuse, précaire, de la réflexion dans un cadre poétique, là ou quelque chose était possible, là ou je pensais que un artiste pouvait exercer son intuition et déployer ses couleurs,étendre son ou ses dessins, voilà ce qui me motivait pour revendiquer plus ou moins telle ascendance, encore que... je sais que l'art n'est pas une voie toute tracée. Je sais que je suis lié à quelque chose, il y a un lien, et c'est certain. Pour moi, le style est une supercherie, et je n'ai pas envie de justifier ma propre angoisse, ou flatter mon égo. Je n'ai pas vraiment envie de plaire, ou d'avoir un grand nombre de visiteurs, par exemple. Plus ou moins, je recherche que ma démarche soit comprise, pour être en grand accord avec celui qui regarde mes créations, ou mon public. De mon point de vue, je suis du Monde, et pour moi, les frontières sont artificielles. Je suis présent physiquement, j'écoute, et j'observe, et être du monde est ma structure.C'est ainsi que je suis arrivé à transcender mon égo, mais aussi par une dimension sensible de mon expérience. Ce qui qui me motive dans ma quête, c'est de retrouver les origines, retrouver ce moment précis ou je me suis mis à dessiner pour la première fois, et retrouver le moment ou j'ai décidé que ça allait continuer, sans y croire vraiment. C'est ce qui est le plus important, une exploration de moi-même, pour revenir au point de départ du temps, comme pour lui dire que à ma façon, il m'était possible d'être plus rapide que lui, et de le doubler . Dessiner, c'est aussi rechercher le vide, oublier pour un moment qui je suis, pour trouver finalement ce qui ne s'explique pas. Un soir, aprés avoir dessiné, j'ai fait un rêve vraiment étrange. J'étais en un lieu déterminé, plat, et à l'horizon infini. à terre, il n'y avait aucune herbe, et le sol semblait avoir été remué. C'était trés dur d'avancer, pour moi, car j'avais l'impréssion de m'enfoncer dans des sables mouvants. peut-être que dans chaque rêve, il y avait un message à lire,mais le plus souvent, le rêve restait mystérieux, pour ne parler que de lui-même. Et j'ai continué à avancer, bien que la terre semblait me dévorrer. Le temps devenait interminable...C'était là le point commun avec d'autres rêves: le temps. Pour moi, ce n'était même plus la peine de me pincer, car ce rêve semblait plus que réel. Tout devenait si dérisoire, d'autant plus qu'il y avait le ressenti...Le climat de ce lieu étrange était plutôt froid, et le vent soufflait en grandes raffales...Le vent était aussi l'un des points communs avec d'autres rêves...Il était bien présent, comme si il y avait une personne autour de moi...à certains moments, il me semblait comme entendre des murmures, et une voix, des personnes qui parlaient, mais tout était trés difficile...Avancer était presque une épreuve,mais il y avait la volonté...Oui, car j'avais envie de tout arrêter, et ne pas continuer...J'en avait vraiment marre, ras le bol...Mais l'envie de continuer était la plus forte, et j'ai continué, peut-être malgré moi... Et j'ai marché...Marché...C'était bizarre, mais à un moment donné, j'avais l'impression d'avoir tout surmonté. J'avais alors le sentiment d'avoir comme des ailes, et tout devenait plus facile pour moi. Ignorer la terre, ignorer la boue, faisait que j'ai ignoré l'obstacle. C'était ainsi que je suis devenu le plus fort, et en ne regardant jamais derrière moi, pour continuer mon chemin, tout droit... Pourtant, marcher tout droit ne voulait rien dire. Le paysage restait invariable, et il était pourtant identique de tous les côtés. Je n'y ai pennsé que aprés, mais il m'était aussi possible de rester là ou j'étais au début. Mais la volonté de trouver la voie de la sortie était la plus forte, c'était l'instinct de survie. Sur le chemin, j'ai fait une rencontre...Ce qui semblait être un enfant, et qui était loin de moi, peut-être à cinq cents métres. J'ai pourtant lancé un appel pour le rejoindre, pour savoir qui il était, et surtout, pour m'indiquer la porte de la sortie, mais plus je faisais en sorte de le tejoindre, et plus il était loin de moi, pour disparaître plus tard, dans un nuage de brouillard, comme si la distance et le temps faisaient en sortes de m'enterrer dans une solitude absurde. Mais le fait de l'avoir suivi ne fut pas vain,et c'était sans doute ce qu'il souhaitait, car quand j'ai traversé le nuage de brouillard, se présentait devant mes yeux une vieille maison de pierre, figée en ce lieu, au milieu de nulle part. J'ai alors contourné cette maison, pour constater qu'elle était tellement vieille, qu'elle ne semblait pas avoir d'âge. La charpente du toit était là pour témoigner, mais par je ne sais quel mitacle, elle tenait encore. Le silence était absolu, presque véritable, comme si un monde sans bruit pouvait éxister réellement. Pourtant, à un moment précis, j'ai comme entendu le bruit d'un métal que quelqu'un semblait frapper contre quelque chose. Mais ce bruit ne provenait pas de la maison, il semblait être loin...Trés loin, même... Restait à savoir si il y avait quelqu'un, ou quelque chose dans la maison. J'ai vite repéré,presque enfouie à moitié sous de la végétation une grosse porte en chêne, qui elle aussi ne semblait pas avoir d'âge. Tout semblait indiquer que la maison était vide, et pourtant, j'ai frappé à la porte. Bien m'en à pris, car trés rapidement, une personne m'ouvrit. Médusé, j'ai lancé un regard sur cette personne. C'était une vieille femme,habillée à l'ancienne, un foulard recouvrait sa tête, et cachait ses cheveux. Cette vieille femme, trés vieille, semblait aussi ne pas avoir d'âge. -C'est pourquoi ? -Je me suis perdu,que j'ai répondu. -Entrez! qu'elle répondit... Elle avait tout de même du mal à avancer, mais elle semblait se porter comme un charme. -Ici c'est une auberge! voilà mon mari, si vous voulez, je vous prépare une table ! Son mari semblait trés âgé aussi. Il sculptait du bois,et semblait construire un meuble. Il m'a alors salué, mais ce qui m'intriguait le plus, c'était que les deux semblaient ne pas êtres surpris de me voir débarquer de nulle-part, de ce qu'il fallait qualifier de désert...Tout se passait bien, et moi, j'étais assis devant une vieille table de chêne, recouverte de poussières...le vieil homme s'était ensuite assis à la table. La vieille femme est alors revenue, avec une grosse marmitte, pour ensuite me servir une sorte de gratin de pommes de terres. -Heu...Pardon...Il ya combien de temps qu'une personne n'a pas mis les pieds chez vous, si ce n'est pas indiscrêt ? -Holà! dit le vieux, il y a bien cent ans au moins! si c'est pas plus ! -Ce n'est pas posible! que j'ai alors dit. -Si mon petit, malheureusement ! dit la vieille femme. Devant moi, c'était maintenant un squelette habillé de vêtements poussiéreux qui me parlait. Il n'y avait alors plus de regard, mais deux orbites sombres, comme pour me plonger dans la nuit. Ensuite, sans savoir pourquoi, il n'y eut plus rien. C'était le trou noir. Ensuite, c'est là que je me suis alors réveillé, en nage. Avec l'impréssion de m'enfoncer dans mon lit, aussi comme dans des sables mouvants. La frayeur était toujours en moi, bien présente. Mais ce n'était un rêve...Encore que, il avait peut-être un sens. Le dessin,ou l'acte de créer en général, me donnait le sentiment d'être livré à moi-même, en un lieu inconnu à explorer, ou avancer devenait un exploit. Oui, c'était ça, l'impression d'être comme dans un long tunnel, avec le sentiment d'avancer difficilement. Le silence revenait souvent, et tout semblait noir et blanc, tout tournait trés vite autour de moi, comme si j'étais aspiré dans un tourbillon. Au bout de ce tunnel, il y avait une lumière, de plus en plus intense, plus j'avançais...Comme tout tunnel, l'envie de sortir au plus vite de celui-ci était la meilleure idée. La brume disparaissait, comme pour mieux revenir, mais au bout de ce tunnel, il y avait quelque chose...Oui, toujours quelque chose de plus immense, avec des horizons qui ne terminaient jamais, avec toujours le sentiment d'être comme sur un nuage, là ou le temps n'était plus. La création laissait place à un grand voyage,et le temps semblait immense, sans fin, comme si il était magique. Le rêve est un inconnu, qui ne s'explique pas, mais nous cherchons toujours à le lire, l'interprêter, et là est son secret. Je suis arrivé à sortir du néant par mes propres moyens, et mes propres efforts, et c'est ainsi que j'ai vu ma raison renaître, pour éclairer les ténèbres ou les circonstances m'oppressaient, pour être au dessus de moi-même, comme franchir des montagnes et oublier, nier, ignorer l'image que certains voulaient me donner, je suis entré en moi-même pour m'explorer, pour connaître mes faiblesses, et mes limites, et j'ai compris que ce qui allait m'aider était le savoir, pour lutter contre ceux qui étaient dans l'ignorance.Maintenant,je n'ai plus rien à leur dire,sinon les ignorer, car je sais qu'ils sont conditionnés, et qu'ils n'aiment pas voir quelqu'un faire autre chose qu'eux.Je sais qu'ils voudraient que je sois dans le même moule: je suis censé suivre les autres, montrer qui je suis devient alors trés difficile. Je ne suis pas plus différent qu'eux, mais ma différence est que j'ai besoin de chercher en moi qui je suis, mais je ne suis pas sur la même route qu'eux. Les enfants ne connaissent pas une telle séparation. Si un enfant veut faire quelque chose, il le fait, et les autres observent. Ils racontent leurs rêves. Si un enfant veut faire pompier, l'autre, qui est à côté de lui va certainement dire qu'il veut être un cosmonaute, par exemple. L'enfant à encore le pouvoir de choisir. Chez les adultes, c'est irréaliste de parler ainsi, et généralement, ils se ressemblent. On ne cherche pas trop à diversifier. On doit être dans le troupeau, et il faut faire "comme les gens". Adulte, face à l'autre, on devient un rival potentiel, et celui qui ne ressemble pas est mis à l'écart: il est mis sur la "touche". Les vrais amis sont rares, on ne parle pas trop de qui l'on est vraiment, on parle de sa situation professionnelle, et surtout, on parle des autres. On regarde si il y a des différences pour mieux les stigmatiser. Il y a de la haine. On en arrive à détester les autres, et surtout, on a oubliè l'enfant qu'on avait été, avec ses rêves, son insouciance. C'est presque une loi de la jungle invisible : écraser l'autre pour mieux vivre, empêcher celui qui remonte à la surface de sortir de l'eau. On aimerait voir celui qui est faible et fragile devenir un ivrogne. On se moquerait ainsi de lui à n'en plus finir, et surtout, on ne l'aidera surtout pas, car il risquerait alors de devenir supérieur à ces ignorants. C'est terrible, mais j'ai appris combien le regard de l'autre pouvait être dangereux. C'est vrai que l'homme est un loup pour l'autre, mais il ne faut pas généraliser aussi : c'est facile d'être en harmonie avec les autres, tout comme il est facile de les détester. J'ai un jour fait le choix de faire de l'art. J'étais jeune et insouciant. à ce moment précis, je n'imaginais pas tout le torrent de haine et de jalousie qui allait tomber sur moi. L'art m'a fait autant de bien que de mal, ainsi va la vie, et enfin, un jour, j'ai réussi à surmonter tout ce gouffre de la vie, sans vraiment savoir, hélas...Peut-être du fait que j'ai toujours été fidéle à l'enfant que j'ai un jour été...Plutôt que d'être pareil, uniforme aux autres, sans doute, je préfère rechercher qui je suis vraiment. J'ai un goût trop passionnel pour l'errance, mais je ne suis pas vraiment un vrai nomade dans le sens du voyageur, mais je suis plutôt un nomade du temps, avec sans doute un individualisme prononcé, qui à sans doute pesé pour mon cheminement. Je suis d'ici ou d'ailleurs, et ça me convient trés bien. Je scrute de mon regard ce qui est temporel, comme pour capturer en vain ce temps qui m'échappe. Souvent, l'instant présent m'inspire, me rend heureux, m'enchante, ou me bouleverse, comme il est possible aussi qu'il soit agressif avec moi, ou tout aussi bien qu'il me soit désespérant...Mon esprit voit alors les choses autrement, et le monde m'échappe, tout comme il peut être à moi, l'espace de quelques instants. C'est aussi l'image d'un trou noir qui peut apparaître devant mes yeux, et c'est comme ça...J'ai un besoin fou d'agir, pour peut être trouver le vrai enchantement, j'ai l'envie folle de ne faire qu'une même chose rassemblée de la vitesse et du mouvement, j'ai envie de créer un autre monde, étrange et fantastique, le tout en déployant une énergie fantastique, avec un délire imaginatif lancé comme une furie, comme pour me perdre au plus profond de moi-même. Je suis un grand curieux, toujours à observer, et à apprendre, comme il m'est aussi possible de ne m'intéresser à rien du tout, au néant total. J'aime aussi l'humour, le concret, tout comme celui qui est plus noir, mais ce que je recherche, c'est un humour difficile à saisir, pour cerner le vagabond marginal jaloux de mon indépendance, que je suis...Peut-être que dans un avenir proche,j'aurais d'autres désirs de créations, pour laisser celles qui étaient antérieures de côtés, pour passer à un autre projet créatif. Mais j'ai toujours l'envie de terminer ce que j'ai commencé. Dessiner, peindre, se fait dans la passion, la quête, le tremblement, avec la peur que le temps décide du sort que le hasard donnera à ma future création, et si cette oeuvre est réussie, le mouvement aura compté pour beaucoup. Mon imagination dansera avec moi, plus ou moins fatiguée, si l'oeuvre est faite de nuit. Je sais que le spontané sera capital pour une réalisation d'une oeuvre réussie, et je sais aussi que ce qui peut être rapide peut être fuyant, et participer à une catastrophe. Au cours du jour, j'ai toujours le sentiment que quelqu'un d'autre entre en moi, mais en fait, c'est un autre moi-même, qui devient en fait l'arbitre pour gérer l'immense chaos qui est alors en moi, pour mettre de l'ordre. Ainsi, mon identité picturale n'est qu'a moi. C'est ainsi que mes dessins, mes peintures, sont des énigmes, ou je dessine des êtres qui semblent venus d'un autre monde, et ou se lisent plus ou moins joyeusement des visions apocalyptiques de ce monde, plus ou moins immonde. On y retrouve plus ou moins, une vision obscurre de mon esprit, ou il est alors possible de ressentir mon inconscient, des idées qui me touchent, et ou l'on peut retrouver aussi plus ou moins des éléments de mon histoire, de mon passé, de mon vécu. Le désir et le désespoir ne sont alors jamais vraiment loins. Je suis toujours en proie au doute malgré cela, avec toujours la peur de me répéter. C'est comme si le temps laissait place au mythe, ce qui était du passé s'éloigne, devient lointain, pour se perdre dans la mémoire du temps. Alors, je me pose des questions, et je me demande si ce temps fut bien le mien, et si telle séquence du passé à existée....J'ai toujours le sentiment de débuter,avec toujours de l'hésitation, pour avoir peur un jour de ne plus avoir aucune idée. Tout doit prendre de l'ampleur, et j'ai toujours besoin d'être sûr de moi, pour me plonger aussitôt dans un monde de couleurs, et l'écriture automatique, souvent, m'est indispensable, et le monde qui est autour de moi n'est jamais bien loin. J'ai toujours l'envie de raconter une histoire, comme pour remonter une légende, lancer une énigme. L'émotion est alors trouvée, pour se concrétiser dans des visions apocalyptiques. Quelque part, il y a quelque chose qui est détruit chez moi, ou en moi, comme pour mieux reconstruire.J'ai toujours besoin de passer du figuratif, à l'abstraction. J'ai l'envie de faire surgir sur le support ce qui sort d'un jet de ma pensée, ou je retrouve les pulsions de la vie, et les pulsions de la mort, cette vision du monde qui n'est propre qu'à moi. Dessiner avec de l'encre noire, des formes, des signes abstraits,c'est découvrir un ensemble codé, à déchiffrer. Mon regard scrute, à la recherche d'un sens, des sens. La lecture ne sera jamais la même, mais la vie y sera toujours plus abondante. Et c'est à ce moment précis que j'ai retrouvé ce qui avait été laissé lors de mon enfance. Parler avec des signes, trouver des mots à ce qui est invisible, est libre d'accés aux enfants. J'ai longuement discuté avec eux, et ils me donnaient des lectures des formes dessinées. Derrière la forme, derrière ce qui était caché, la lecture était pour eux que plus facile, et des histoires naissaient, comme pour me confirmer que l'imaginaire n'avait pas de limites au temps de l'enfance. Pour les adultes, c'est beaucoup plus difficile, souvent, il faut toujours justifier,dans l'immense majorité des cas. La vie à fait chez eux que tout devait avoir une logique, et un sens. Mais ils oubliaient que ce droit chemin était tout aussi abstrait, construit lui aussi par les hommes, pour oublier ce qu'ils étaient enfants. Tout, finalement est abstrait ou aléatoire, et ce qui régule notre vie semble être construit à notre image, aussi pour faire en sortes de raconter des histoires. Un soir de pluie,au plus profond du songe, vint à moi une mélodie à peine audible dans mes oreilles, et ensuite, le son devint plus puissant. Le rêve de nouveau entrait en action, pour me retrouver encore en un vaste espace, immense et désertique. C'était une flûte que j'entendais, et l'air était trés attirant, et me donnait envie d'avancer, et même de trouver la personne qui jouait de cet instrument. Et j'ai trouvé rapidement cette personne, sous un arbre, au milieu de nulle-part...Tout autour n'était que vide, des champs plats,avec de la terre et des cailloux, sans végétation, à perte de vue...L'homme qui jouait de la flûte était un vieillard, qui ne parlait pas. Il semblait ignorer ma présence, et il me semblait qu'il y avait une barrière, entre lui et moi, pour ne rien lui demander, et ne pas lui parler, moi aussi. Cet homme me rappellait mon dernier voyage aux Caraïbes : il ressemblait à un mendiant, démunis autant dire de tout, en le regardant de plus prés, un sentiment de pitié vint à moi. Son grand âge semblait m'évoquer le temps, un passé pas si lointain, ou autrefois j'ai connu une personne qui savait trés bien jouer de cet instrument. C'était à ce moment précis ou l'envie me venait de vouloir parler à ce vieillard. Mais il n'était plus là, il avait disparu, presque par magie. Le vide, le désert de pierres et de cailloux laissait subitement la place au retour des hommes : une foule compacte était autour de moi. Cette foule était si dense qu'il m'était impossible de trouver des repéres. La scène qui m'entourait me faisait penser à un marché de Port-au Prince, dans les Caraïbes, avec l'air et l'atmosphère ambiant des bidonvilles de ce pays misérable. La vie, soudain, ne m'oppressait pas. De plus,j'ai retrouvé les couleurs des étals des marchés, les véhicules, ou étaient peintes des scènes de vies, les murs des rues qui présentaient des fresques colorées, qui se mélangeaient aux habits colorés de ce monde à jamais tropical... Je me suis réveillé le lendemain matin avec la pluie, et un fort vent qui ouvrît mes fenêtres. Le silence n'était alors plus qu'un souvenir. Tout semblait naître du silence, pour finir par le bruit. Avec un semblant de nostalie, les souvenirs devinrent alors plus lointains. Retrouver ce qui avait été passait par de la fumée qui devenait de plus en plus opaque, de plus en plus envahissante, pour ensuite m'aveugler totalement. Comme pour retourner vers le rêve, fermer les yeux fût ma première réaction, et quand ils furent de nouveau ouverts pour regarder, ma surprise fût immense: tous mes souvenirs défilaient à grande vitesse, impossible de les maîtriser, et puis vint un chemin sinueux de terre, rocailleux, qui descendait vers des marécages trés humides, ou m'apparût une forêt de bambous, tout descendait en pente vers des lieux plus obscurs, comme pour tomber dans un trou, de plus en plus sombre...Le trou était grand...Trés grand, et il semblait de plus en plus profond: impossible d'en ressortir.... Ensuite, en ouvrant les yeux, le réel revint à moi...Tout était pourtant si réel , le moi adulte avait été emporté par le moi enfant, dans un grand tourbillon de la vie, le futur et le présent m'importaient peux, le rêve restait à être interprété, et surtout, déchiffré. Le vent semblait si fort...C'était une tempête qui venait de me réveiller, et dehors, il y avait un combat entre le vent, et tout ce qui pouvait être vulnérable à celui-ci. Ainsi, de nombreuses branches d'arbres furent brisées. Le recul arrivait, et c'était ainsi que je mesurais mon errance. L'envie me revenait de créer des formes, de faire parler l'encre, comme pour sortir définitivement du rêve et du brouillard. Le rêve est revenu la nuit suivante, avec toujours cette peur d'avancer, ce sentiment d'être prisonnier du temps. Il y avait encore ce champ de terre, à perte de vue, qui commençait à m'être familier, comme si il pouvait exister réellement. Le chemin pour retrouver la vieille maison fut vite retrouvé. Le silence était de plomb, à croire que le silence réel pouvait exister. Mais à un moment donné, des milliers d'oiseaux traversaient le ciel, comme si ils sortaient de nulle part. Il me semblait que c'était des corbeaux, mais rien n'était vraiment certain... J'ai alors frappé trois coups de poings à la porte. Celle-ci était tellement vieille, que de la poussière sortait, comme si personne n'avait frappé à celle-ci depuis des siècles, alors que j'étais là la veille. La serrure semblait ne pas avoir d'âge, le temps semblant avoir tout recouvert. C'est le vieillard qui m'ouvrit la porte, et il m'invita d'emblée à aller m'asseoir sur l'un des bancs de la vieille table. La poussière était toujours là, omniprésente, comme si depuis des décennies personne n'était passé par ici. C'était du vieux chêne. Ensuite, il est arrivé vers moi, et me regardait, comme si j'étais un client ordinaire. J'ai alors demandé si d'autres personnes passaient, question de confiance... -Non, personne à ma connaissance! qu'il me répondit... Je lui ai alors demandé son âge. Mais il ne me répondit pas... Sa femme était présente, une porte s'ouvrit, et elle vint servir ce qui ressemblait à de la soupe... -Toi, tu cherches ton chemin, tu es dans l'errance, qu'il me dit...Il pointa son regard vers une vieille bibliothèque, remplie de vieux grimoires, tous recouverts d'une épaisse poussière, si épaisse, qu'ils semblaient gris...Il laissa sa soupe de côté, et il se dirigea vers la bibliothèque pour prendre l'un des ouvrages. à le voir faire, il me semblait vu l'état des livres, que celui-ci allait tomber en poussières...ça devait faire une éternité qu'il était là...Puis, il revint vers moi. -Non...Ce que j'ai dans mes mains n'est pas un ouvrage, mais le carnet des registres, ou sont consignées les noms des visiteurs. Mon nom était inscrit, comme prévu depuis une longue date, mais j'étais dans l'ignorance de savoir qui m'avait inscrit. C'était vraiment bizarre. Le vieil homme refusa de m'en dire plus, si ce n'est qu'une recommandation : -On m'a demandé de vous indiquer le bon chemin,ce qui sera fait...Qu'il me répondit....-C'est tout droit! oui, tout droit!... Ensuite, le vieil homme à soufflé sur la poussière qui recouvrait son registre. Puis, la poussière est devenue brouillard, et il n'y avait plus rien autour de moi, plus de maison, le vide... Le brouillard disparaussait ensuite progressivement...Un désert froid et sombre se présentait à moi... Mais ce désert n'était pas un désert, et il n'était pas si vide...L'enfant, vu et revu était là. Il était au moins à plusieurs centaines de moi, et il m'observait. Curieusement, il était dans la bonne direction indiquée, c'est à dire tout droit. Cet enfant ne semblait pas avoir plus d'une dizaine d'années, ou moins, mais il me disait quelque chose, sans savoir vraiment quoi... J'ai essayé de l'approcher, à plusieurs reprises, mais il fuyait, toujours aussi loin, pour progressivement disparaître. Le brouillard, épais, n'arrangeait rien, comme si j'étais condamné à livrer un combat à l'invisible et au temps. Je suis plus tard arrivé en un lieu étrange, et le brouillard commençait à se dissiper. Devant moi, se présentait à terre, ce qui semblait être les restes d'une grande mosaïque, trés dégradée, et trés ancienne, ou l'on pouvait deviner le portrait d'un roi, ou d'un autre prince, qui tenait un sceptre et un globe terrestre entre ses mains. On ne pouvait pas voir son visage. Les cubes colorés de la mosaïque manquaient à cet endroit précis, tout comme aux jambes. Aussi, il était possible de lire les inscriptions,mais en cherchant bien, celles-ci étaient illisibles, vu que la plupart des lettres manquaient. Et en enlevant la terre, cette poussière qui recouvrait cette mosaïque, c'est à ce moment précis que j'ai revu l'enfant. Plus précisément, il était désormais avec un groupe d'enfants, mais je n'ai pas compté à ce moment précis, peut-être sous l'effet de la surprise. Ils étaient bien une dizaine, et il y avait autant de filles que de garçons. Le silence était toujours présent, omniprésent, pour dire... Comme toujours, en avançant, ils partaient, comme le premier du départ, toujours plus loin, pour disparaîtres dans un nuage de brouillard. Mes appels n'y changeaient rien. Le songe semblait me parler à sa façon, peut être pour me dire qu'il était libre et sauvage, et que c'était lui le maitre du jeu. Je n'étais qu'un pion sur un échiquier...Un autre "moi" pensait pour moi, parlait pour moi, et mes mouvements n'étaient plus qu'une abstraction perdus dans l'univers...On ne m'entendait pas. Quand j'ai traversé la couche de brouillard, je me suis ensuite retrouvé dans une immense plaine, perdu au milieu de tout. La plaine était remplie de corbeaux, ou de corneilles...C'était cependant des êtres vivants, et donc, finalement, au moins, il y avait de la vie malgré tout... Mais en arrivant vers eux, ils se sont envolés, par milliers...Une histoire, alors, semblait s'inscrire dans le ciel, comme si une encre noire était vidée sur une feuille de papier dessin. Tout allait trés vite, à vive allure, comme si tous ces oiseaux se suivaient pour construire quelque chose de tout à fait logique...C'était un grand spectacle, le souffle semblait me manquer à un moment donné pour suivre ce que me montraient ces animaux en furie, à croire que la peur commençait à naître en moi...Peut-être la peur d'être attaqué par eux, car ils étaient des milliers, et des milliers...Heureusement, il n'en était rien... Le départ des corbeaux s'est déroulé sur un long espace de temps, comme si le temps n'existait pas. C'était presque comme un écran noir qui disparaissait progressivement de mon regard. Puis, le dernier corbeau est parti, et le silence revint, plus fort encore... Et je suis retourné à la vieille maison, presque par hasard, car j'avais peur d'avancer, peut-être de faire de mauvaises rencontres. à croire que revenir sur mes pas n'était plus difficile. En arrivant, j'ai trouvé un homme, assis, et mal rasé, qui se présentait comme un voyageur.Ce qui m'avait surpris, c'était sa maigreur. L'homme était maigre comme un clou, de telle sorte que ses bras semblaient êtres des os. Mon regard ne portait pas sur lui le même regard que je pouvais porter à d'autres personnes. Quelque part, cet homme me faisait peur, mais d'un autre côté, aussi, il m'inspirait confiance. -Toi, tu es du genre à avoir fait demi-tour, il ne faut jamais retourner sur ses pas, surtout quand le chemin qui doit être fait est connu, qu'il m'avait dit. L'auberge, ou la vieille maison semblait bien vide. Plus âme qui vive. Le voyageur resta un long moment à observer, assis, et sans bouger. à côté de lui,à ses pieds, il avait un long baton de bois. C'est quand un grand souffle de vent apparût, qu'il décida de se lever, pour me rejoindre. Assis aux bancs de la vieille table, il ne semblait qu'il n'y avait plus qu'a attendre le retour des propriétaires tout en me demandant quoi raconter à cet individu. C'était moi qui avait commencé le premier, et j'ai posé des questions sur les lieux, pour en savoir plus. Mais pas de réponse sur ce qu'il fallait qualifier de "pays bizarre". L'homme me parla ensuite de l'un de ces voyages, chez les Indiens Garifunas au Honduras, ou soit-disant, il ramassait du café-J'ai cueilli des grains de café qui étaient rouges comme du sang, au départ, le café n'est qu'un fruit rouge, qu'il disait... Moi, je lui ai parlé de New-York, j'ai raconté combien il me semblait être tout petit devant des buildings hauts comme des montagnes, ce sentiment de n'être qu'une poussière devant cette ville immense et monstrueuse, et ce sentiment, cette impréssion d'être dans un monde plus petit, condensé, ou il était possible d'entendre toutes les langues. Et il a enchainé, de nouveau, en me parlant de l'Inde: -Si tu vas à Calcutta, ou Kolkata, en Inde, tu découvriras une ville encore plus monstrueuse. Le pauvre cotoie le riche, mais les deux s'ignorent. La mort est aussi visible que la vie, mais plus que tout, l'idéal est d'ignorer les autres, pas de porter un regard sur la vie ou la mort, mais de survivre, tout simplement, ou chercher à être. Tu n'as pas à chercher ou tu es. Le songe est sans doute aussi un lieu, un univers, à situer entre la vie et l'au-delà. Tu crois que le monde est petit, mais pourtant, il est grand, car il te faudrait plusieurs vies pour en visiter tous les lieux, et il te faudrait aussi plusieurs vies pour en voir toutes les images...L'errance c'est un peu de tout ça à la fois.Je crois que c'est ce qu'il m'avait alors raconté, et c'était vraiment bizarre. Lesdeux vieillards étaient revenus, et ils servirent du café. C'était étrange, mon rêve me renvoyait à ma propre errance, et n'avait pas fini de me parler. Ce n'était pas rien, mais c'était aussi comme si mon inconscient me parlait. Mon rêve continuait, et sans faire exprés, en me resservant du café, j'avais renversé ma tasse, et une grande tache noire recouvrait alors l'un des coins de la table. Le voyageur fit avec un baton des gestes, au dessus du liquide répandu, et j'ai alors vite compris qu'il dessinait. -Regarde ! qu'il dit, et en regardant la tache de café, j'ai vu des formes abstraites,qui bougeait, et qui semblaient danser.Et ensuite, tout est devenu trés trouble, comme si le sommeil m'envahissait. Et je me suis retrouvé dans mon lit, mon réveil sonnait comme jamais. L'histoire était là, bien présente, et elle n'était jamais trop éloignée,comme si le rêve pouvait parler,et tracer une voie. 

 

Un moment donné, c'est dur de se situer dans le temps présent, le brouilard semble long à se dissiper, pour donner naissance à un monde nouveau, mais finalement pas si différent, vu que c'est le quotidien.

 

Le recul est créateur, je mesure avec de la distance ce qui à été, et plus rien ne sera comme avant.  Je cherche et je trouve, le passé me parle plus que le présent. Le rêve permettait de me poser des questions, ainsi j'ai rêvé que je me réveillait, pour aller à l'école, suivre des cours ou aller faire un devoir Ce temps là était déjà trés loin, à des années de ma vie actuelle, comme si ces années n'avaient jamais existées. Ce qui semble trop loin est pourtant si proche, comme si les années étaient artificielles, et sans sens .  Pourtant, le temps semble si proche, de telle sorte qu'il me semble que je le touche des doigts. Ce qui est ancien ne l'est pas vraiment. Mettre un chiffre sur des années ne veut rien dire, je préfère ignorer ce qui est trop loin.  Ce qui est trop éloigné est finalement trop proche , qu'il n'y a pas trop de différences avec mon temps actuel, c'est à dire d'aujourd'hui. il Reste à l'interpréter, trouver des codes, ou des convergences, mais finalement, rien n'est trop éloigné, car c'est la différence d'âge qui fait le reste. L'âme ne devient pas vraiment vieille, finalement, elle reste la même, et c'est tout ce qui est extérieur à elle qui change, et qui prend de l'âge. 

 

Finalement, le passé n'est pas si important que cela, l'avenir peut être plus constructif. Le passé est comme un mythe, mais en l'explorant plus, il révelle ses faiblesses. J'ai construit, à partir de ces bases mon monde nouveau, qui se construit à l'image d'un architecte. Quand je dessine des encres noires abstraites, une histoire semble se lire à travers chaque dessin. Mon monde n'est plus le même, mais il est à mon image, avec ses codes et ses interprétations.

 

C'est comme traverser un pont entre deux rives. Une rive semble plus courte, mais plus lointaine...

 

Un soir, j'ai rêvé que j'étais perdu dans un immense Canyon, dans fin, ou ma seule voie de sortie était de suivre le ciel, quand il était bleu, et quand il pouvait sortir de l'obscuritée la plus totale. Il n'y avait pas de fil, pas de guide, mais mois-même, pour m'en sortir. C'était lutter seule contre une force invisible, qui ne disait pas son nom. Mais j'ai cherché, et ce qui était le plus inattendu me parlait le plus.  Le rêve se confondait alors avec la vie pour laisser vivre son histoire le plus simplement, et le plus librement. J'ai compris alors, qu'il était importantant d'être soi-même, et de pouvoir choisir non seulement sa destinée, mais laisser continuer l'histoire, dans la suite logique des choses. être est finalement trés important, et il ne faut pas laisser fuir ses rêves. Du moins, dans la vie, il y a un désir réel, plus fort que d'autres, c'est chercher à être singulier, chercher ce qui nous caractérise, ce qui nous construit. ëtre se construit et se fait dans unesprit tout à fait indépant. Ce qui est le plus dur, c'est de suivre nos choix, construire le soi-même, sans influences.

Vivre est le plus souvent trés difficile, un regard, des jugements sont portés, mais pourtant, il n'y a pas d'impératifs, la décision est libre à tous, mais on cherche à nous placer là ou le plus souvent on ne souhaite pas être, ou du moins, ou on est placé. Le plus libre, alors, est de se mettre dans la tête que les animaux cherchent toujours à aller plus loin, fuir, pour trouver un lieu qui relève du hasard. Mais le hasard ne fait pas tout, car il faut toujours choisir.

 

L'artiste consstruit un monde qui n'existe pas, et qui est bien vain, comme si on voulait construire la société idéale, mais elle n'existe pas, non plus. L'artiste est un rêveur, et sa pensée est le plus souvent fort éloignée des autres hommes. L'artiste cherche à construire la liberté, mais il n'y arrive pas vraiment, c'est ce qui explique pourquoi il continue. Il cherche peut-être à construire l'oeuvre parfaite, mais elle n'existe pas non plus. Tout est utopique, mais tout est à construire. Tout semble logique, mais finalement, tout est abstrait et vain, et la nature ne porte qu'un regard indifférent à tout cela. Tout ce qui est construit par les hommes semble lisible par l'homme, seulement.

 

La vie semble avoir plus de logique à ce qui a du sens.  La vie n'a pas de vraie forme, sinon celle, arbitraire et abstraite, fixée par les hommes. , Aussi, l'art n'a pas de définition, car l'art part de rien. La vie est à la même enseigne: l'homme à imposé des normes pour donner un sens. Mais les sens n'ont pas de normes, et tout est arbitraire, aléatoire.

 

Le hasard est trés important, car tout part de lui, pour construire le meilleur, ou le pire. Finalement, l'homme semble être un animal sauvage comme un autre, mais sa force, ce qu'il est capable de faire aux autres créatures est plus fort, il a le pouvoir de les détruire, de mettre fin à la vie de nombreuses créatures en un temps limité. L'homme est roi et maître, mais ce qu'il ignore, c'est que son royaume est limité dans le temps. 

 

Si des créatures naissent sur papier,de mon crayon à dessin, elles ne peuplent pas mes rêves, et ne tournent donc pas autour de moi.  Dans ces monstres, ces êtres hybrides, il y a de la souffrance, et du mal. Les créatures sont prisonnières d'elles-mêmes, et elles ne peuvent pas s'évader. Le regard est trés important, car c'est un jugement, et celui qui regarde prolonge l'histoire de ces animaux, à sa façon. Ce qui est vu à forcément un univers, et forcément, il doit évoluer dans un juste milieu, mais je ne retrouve jamais ces monstres dans mes rêves, et peut-être, ils vivent leur propre histoire. Ce que j'ai de commun avec eux est d'être celui qui à contribué à leur naissance, et mon rôle se limite seulement à cela. Ces monstres, sans doute n'existeront jamais, et la seule image que l'on trouvera d'eux se verra à travers un papier ou un support. Le bien cotoie le mal, ce qui est risible à voir ces monstres renvoie aussi à la pitié, et la tristesse peut renvoyer aux rires hilares. Les yeux, souvent nombreux, solicitent une forme de compassion, c'est comme un livre qui est ouvert et ou on peut lire leur propre histoire. C'est peut-être aussi une façon de leur donner vie, un droit réel à exister, mais qui reste bien vain. Comme un mauvais rêve, j'ai dans mon sac des créatures qui sont nées peut-être dans une interminable tempête, sans fin ou le lieu était sur un papier ou un support, mais c'était moi le capitaine du navire, et moi seul. Dessiner est un rêve éveillé, et sur une surface s'étale une forme ou un être qui ne ressemble pas forcément à l'image que l'on voudrait lui donner. Ce qui va naître est radicalement différent, comme pour être un rappel que ce qui est crée est peut-être un songe. 

 

Finalement, commencer à dessiner est toujours difficile, et semble me dissuader de tout objectif de création, mais quand je me mets à dessiner, quelque chose qui ne s'explique pas arrive, et semble me bousculer, me bouleverser. Je cherche toujours les origines, et je sais que j'ai un jour décidé sur la base de quelques instants, tout est allé trés vite, trop rapidement pour moi, pour saisir cet instant, et expliquer l'instant présent. L'art est une confession en général, mais qui a des codes particuliers. Ceux qui regardent peuvent trouver des mots pour expliquer, mais moi, j'ai beaucoup de mal à explorer ce qui est obscur à moi-même. J'explore, et je recherche toujours, dans cette quête jamais aboutie, et qui semble se perdre dans un tunnel. J'en ai déjà parlé, mais j'ai peur du vide, comme si j'anticipais le jour de mon dernier dessin, ou de ma dernière création. Mais ce vide est déjà présent en moi, l'instant d'une création peut durer une éternité, et tout s'efface autour de moi, il n'y a plus de passé, comme il n'y a plus d'avenir. Le brouillard impose sa présence lourde, opaque, comme pour m'aveugler. Je ne cherche plus le beau, comme je ne cherche plus le mauvais, mais je cherche à être moi, tout simplement : être moi-même.  Je cherche aussi à construire un univers sans prétention, au singulier, comme pour dire que je suis farouchement personnel, individualiste. Je ne cherche pas  à monter le verbe trop haut, mais à sa juste mesure. 

 

Et un jour, j'ai recommencé à faire des dessins, tout était un recommencement, c'est ça, l'errance...Et je me suis retrouvé, comme si j'avais parlé à moi-même. Pourtant, il y avait entre moi et la feuille un large espace de solitude.

Il y a peut-être chez moi cette volonté de saisir l'instant présent, comme si il pouvait m'échapper, pour de  nouveau me reconstruire et construire, me construire un monde idéal , mais ce sont toujours de petits morceaux, des fragments, que je retrouve.

 

Ces petits morceaux, ces fragments, qui me parlent, reflètent sans doute un grand chagrin, profond, proche, et lointain. Quelque chose d'intemporel, qui me manque, qui semble être à côté de moi. Mais tout est vaste, comme ce vaste monde.

 

Pourtant, dans la création , j'ai beaucoup de mal à trouver ce qui pourrait m'apaiser.

 

Dessiner, ou du moins créer, c'est quelque part comme faire un grand voyage, être un grand voyageur, mon regard cherche, scrute, peut être en perdition, mais avant de devenir plus grand, il me dit que mes yeux ne voient pas assez loin pour construire ce monde idéal.

 

Sans le vouloir vraiment, j'ai l'envie de laisser une trace, sans doute pour voir, lire ce que j'ai fait plus tard, comme pour faire une analyse, trouver mes codes, pour déchiffrer...

 

C'est ma quête à moi, et par cette trace, j'ai une confrontation de moi-même, un deuxième moi.

 

Finalement, je suis heureux dans l'esprit de la création, de créer. J'ai l'impression d'avancer, d'aller toujours plus loin, et même si il y a autour de moi des gens qui ne souhaitent pas que je sois dans la création, plus on me fait des obstacles, plus on déteste ce qui me rend heureux, et plus j'ai l'impression d'avoir des ailes, pour réaliser mes grands voyages, et de plus, j'ai le sentiment de devenir plus fort. Dans mon errance, j'ai le sentiment d'être devenu un architecte, avec un programme, qui construit sa vie, tout en étant confronté à sa propre image. Même si c'est dur et difficile d'être dans son propre élément, nager comme un poisson, plus rien ne semble m'empêcher de continuer mon chemin. Mais c'est aussi dur, il me semble qu'il y a de gros sacrifices, avant et aprés, et j'ai souvent le sentiment d'être terrassé par une grande fatigue.

 

je pense avoir le sentiment d'être devenu un artiste par hasard, les hasards de la vie, je ne le suis devenu non par envie, mais tout simplement par ce qui ne s'explique pas. Enfant, sans doute, j'avais d'autres rêves, d'autres ambitions. Mais je suis devenu artiste, parce-que, on ne le voulait pas. Et c'était une bonne raison de le devenir. La raison ne se trouve plus, et de ce fait, j'ai des choses à exprimer, sans doute pour l'expliquer. Mais finalement, ce qui m'interesse, c'est faire de l'art, et je n'ai pas à me justifier. Je n'ai pas à passer ma vie à me justifier, et trouver des mots. Je suis, et c'est tout. Je me suis trouvé. Comme l'art est né du hasard, il n'y a pas de vraie définition, tout comme il n'y a pas d'explication. Tout est aléatoire, et tout ce que nous pouvons faire est inventé, comme si rien n'était naturel. Mais j'ai trouvé mon langage. 

 

J'ai cherché dans la couleur, ou dans le plus noir, ce qui ne semble pas s'expliquer, comme naviguer au milieu de nulle- part   , pour connaître des tempêtes, ou avoir des moments plus calmes. C'est une forme d'errance qui ressemble au voyage, mais à un voyage intérieur. Comme être perdu sur un fleuve, en quête d'une grande découverte. il faut  bien gérer sa barque, pour aller toujours plus loin, vers cette lumière au loin, qui semble si éloignée, mais qui est pourtant si proche. Aventure d'un hasard.

 

En dessinant, ou en peignant, mon esprit fait un plongeon profond, et il semble suivre le liquide qui s'étale sur le support, comme si il suivait un chemin. Reste à trouver une ligne directrice, et ma mémoire cherche à représenter ce qui semble arriver de trés loin, comme de nulle-part. Cette quête est aussi sans aucun doute un combat, contre le doute. Quelque chose de concrêt est en train de naître, et prend forme. Un être naît, et prend forme, tout comme une forme peut se déployer sur le support, et l'un ou l'autre peut être en couleur, ou en noir et blanc.

Quand la création se fait la nuit, le silence passe à côté de moi, et semble me tutoyer, de sa présence, comme si c'était ses mots à lui. Pour décrire le silence, les mots ne se trouvent pas. Il est invisible, mais terriblement présent. Le temps semble faire bon ménage avec lui, et il est possible que les deux ne soient qu'un seul. Sans vraiment le vouloir, l'espoir est là lui aussi. Dans la création, il y a toujours de l'espérance, trouver une nouvelle voie, trouver un nouveau style. J'oublie, l'instant de la création, qui je suis, tout comme j'oublie ma vie, l'espace de quelques instants. J'ai ainsi trouvé une forme d'énergie nouvelle, ou je puise de la ressource. Et puis l'histoire recommence. L'espace entre deux dessins est difficile. La tentation est là d'abandonner, pour recommencer demain. Faire plusieurs dessins de suite, c'est aussi se mettre en dialogue avec le temps, et le silence, comme pour lui demander la permission de continuer.

Je suis là, présent, confronté à ce qui semble être une personne, mais qui reste invisible. La volonté de continuer est alors ainsi, et ce qui est aléatoire semble diriger ma volonté. 

 

Dessiner était alors comme un grand voyage, plus intérieur, qui était plus lié à la volonté. C'est à moi de décider ou mes limites pouvaient me conduire, et j'étais le seul maître à bord de mon propre navire. C'était plonger au plus profond, comme un grand saut vers l'inconnu. Tout est à découvrir, à explorer, et je ne sais jamais ce que je vais découvrir. Il ya quelque chose de plus profond, vers ce qui est l'inconnu, une sorte de peur, et du recul, pour mieux anticiper. J'ai encore fait un rêve bizarre ou j'ai suivi des enfants qui étaient devant moi. Plus j'avançais vers eux, et plus mes pieds s'enfonçaient dans la terre, comme si j'étais dans des sables mouvants. C'était vraiment terrible, comme être confronté face à la mort...Un long combat s'engageait, avec toujours la peur de ne pas refaire surface. La peur de ne pas refaire surface était omniprésente, et dans toute cette boue, toute cette terre, j'ai essayé de remonter, de nager, mais rien n'y faisait. Tout devenait trés noir, trés obscur, et mes yeux n'y voyaient plus rien. C'était un affreux cauchemar, et je me suis réveillé en sueurs, comme si j'avais manqué d'étre étouffé.  Rien ne sert d'aller trop loin, pour tout explorer, et sans doute, mes yeux ne sont pas allés trop loin pout tout voir, tout observer. Et je suis resté longtemps ainsi à douter de moi-même, à observer...Le doute était là, comme pour me dire que tout semblait si loin, si éloigné, et si vain...Et j'ai décidé d'aller de l'avant, sans obstacles, ni barrières, pour tout construire, comme un architecte. Le sens ne voulait plus rien dire, comme le regard de l'autre...et j'ai eu envie de construire par moi-même, et reproduire au plus prés ce que pouvait être mon monde idéal, sans entraves, ni travers. Finalement, tout était vain et artificiel sur terre, et tout avait un sens à condition que ce soit nous qui décidions d'un sens à donner, mais faire ce que l'on avait envie prenait alors plus de sens, et devenait ma propre vérité. 

 

Ce qui est lisible ne l'est alors plus que par moi, et j'ai ainsi fait moi-même la définition de mes codes. J'ai construit de mes propres mains mon royaume, et j'ai posé moi-même les pions. Un Univers naît alors, avec des personnages trop à l'étroit, enfermés dans des surfaces trop petites, et tous aspirent à la liberté. Je suis là, à être mon propre spectacteur, et à chercher des solutions. Tout se bouscule, mes personnages se bousculent, ils cherchent sans doute un air qui est devenu trop rare, et ils cherchent une voie de sortie pour respirer. C'est aussi un sentiment de révolte, tout arrive en même temps, et toutes les alternatives semblent trop longues pour respirer. On ne cherche peut-être pas que de l'air, mais peut être une solution pour concilier les rires et les larmes, concilier le bien et le mal. Tout un petit monde prend vie autour de moi, et ces personnages ne sont finalement pas si éloignés de ceux qui sont sur Terre. Il y a peut être sans doute une volonté d'aller plus vite, ils sont plus pressés par le temps, préssés comme des citrons. Le monde semble prendre fin, et c'était comme si j'annonçais à tout ce petit monde que le monde allait prendre fin d'ici à une heure. Il ne resterait donc qu'un espace de temps limité pour réagir, et les réactions sembleraient êtres souvent les mêmes, avec beaucoup de panique, et de désordre. Chacun fait en sorte de s'en sortir vivant, mais l'issue est fatale pour tous. à ce moment précis, la solution ne se trouve plus sur Terre, mais ne se trouve pas du tout. Il n'y a pas de solution, et tout le monde va avoir le même sort.  Tout semble confirmer que tout est aléatoire et dérisoire, il y a toujours un début, et toujours une fin, et c'est un cycle qui se répéte à l'infini, pour faire en sorte qu'un jour, on en arrive à tout oublier que tout va s'arrêter. Question de logique. Si la vie arrive un jour à se terminer, il en est de même de tout ce qui gravite autour de nous, même si le temps rend tout invisible, et il en est ainsi. Je cherche à trouver ma place, à chercher que tout ne se termine jamais, mais rien n'est éternel, et tout est à construire. Tout ce que je demande, c'est à suivre mon propre chemin, trouver ma voie, pour mieux me retrouver, et tout cela me parle. 

 

Je cherche à pousser une porte, et toujours, je cherche à bien frapper, pour mieux m'ouvrir, et il y a des rêves qui s'expliquent ainsi. Tout semble naître de nulle part, et le hasard semble ne pas avoir sa place. Tout est écrit, comme tout doit être, et je n'ai pas renoncé, pour continuer ma quête. Je recherche, je fais en sortes de reconstruire ou d'assembler un grand puzzle, avec des milliers de pièces, peut-être ce qui avait existé avant n'avait jamais existé, et c'est traverser un sombre tunnel, noir comme de l'encre, et ignorer ce qu'il y a autour. Tout prend alors du sens, et l'histoire ne s'explique pas, mais se contourne. Mon regard n'est pas assez puissant, et mes yeux ne voient pas ce qui est au plus profond. Ma conscience, et mon inconscient, au plus profond de moi-même me dirigent, pour me dire ce qu'il y a à faire, pour dire ce qu'il y a à dire. Je cherche donc plus ou moins à n'être plus moi, pour quelques instants, quelques heures, et ce n'est pas rien : c'est un bien nécessaire, pour vivre, plutôt me ressourcer. Rien n'est vain, mais la volonté est toujours là, présente, pugnace, et profonde. Commencer à créer est difficile, comme être confronté à plonger, et aller tout au fond d'une grande masse d'eau, mais ici j'en ignore la profondeur, et celle-ci varie toujours plus, et tous les jours. Tout devient plus profond, le tunnel semble toujours plus long, plus infranchissable, toujours plus inaccessible. Je reste moi un long moment, et puis, tout s'emballe, tout va trés vite, jusqu'au moment ou le temps semble plus long, et même à regarder les aiguilles d'une montre, j'ai le sentiment que celle-ci ne bouge plus, ou du moins, qu'elle va lentement. Le temps est donc maitrisé, et il ne semble plus y avoir d'obstacle, sinon de voir le moi reprendre le dessus. Mon inconscient, ma conscience, me disent d'aller toujours plus loin, de ne pas me mettre des limites, le moi me contraindra à m'arrêter, le justifiant par la fatigue. Ici, c'est un combat identique à celui du bien contre le mal, le combat d'une énergie contre une panne, le plein contre le vide. Mais il y a toujours un résultat qui fait surface, et si ça dépasse, c'est bien, et si il n'y a rien, alors, c'est le néant qui impose sa marque et son sceau.

 

Quand tout est fini, il y a une somme, des résultats concrêts, et tout semble revenir comme avant. Mais ce qu'il y a de plus fort, l'inconscient, est lui souvent toujours là, et souvent, il est si envahissant de telle sorte, qu'il est possible que pendant plusieurs semaines, il n'y a plus aucune création. Des idées noires ou positives arrivent, et s'accumulent, envahissantes. Des choses que je ne souhaite pas voir arrivent alors, tout comme voir des événements positifs. Je ne suis pas assez fort, mais j'ai toujours réussi à maitriser ce qui est l'aprés. Je regatde alors ce que j'ai fait, et j'ai pas vraiment le sentiment de traduire ce que tout cela me raconte, car tout semble trop vaste, comme la profondeur de l'univers. Il y a de la faiblesse, et rien ne semble suffisant pour les limites. Souvent, tout est étroit, et il semble qu'il n'y a pas assez de places. C'est comme dans une prison, ou il y a un manque de liberté certain. Tout est beaucoup trop petit, et j'ai envie de beaucoup plus grand. Je cherche, et je cherche encore, et je n'ai toujours pas trouvé. Un jour, sans doute, tout va finir par être trouvé, mais à ce moment précis, peut-être que tout sera trop tard. J'ignore ce qu'il manquera, mais j'ai le sentiment que tout s'explique, et qu'il y aura des réponses. 

 

Tout ce qui est création de l'homme n'est finalement pas véritable, tout est faux, et tout n'est que de la supercherie, tout comme il n'y a pas de normes. L'homme est un animal comme un autre, et la nature n'est jamais trop éloignée pour nous faire un rappel de ses droits. Il ne reste que d'être, et affirmer qui nous sommes. C'est comme le premier homme qui à désigné un morceau de terrain comme sa propriétéé pour que les autres le croient, alors que la terre n'est à personne. L'homme cherche à dominer l'autre, à le rabaisser pour toujours chercher à être le plus fort. L'homme qui sait ce qu'il fait, et qui est capable de dire non est le plus heureux des hommes, et le plus libre, mais aussi il peut être le plus misérable des hommes, ou l'un d'entre eux.Reste à avoir un petit grain de folie... Le changement arrive par des refus, et par une autre façon de voir. Le regard est destiné à n'être plus le même, mais à être un autre, et c'est partout pareil. Tout change, à l'infini, et pour toujours, l'histoire va ainsi, et recommence, comme un commencement. 

 

Je n'ai pas eu le temps de mesurer le temps, car il était trop rapide pour moi. J'ai sans doute trop éré dans l'errance, sans vraiment m'en appercevoir, et j'ai sans doute trop rêvé, pour ne pas me poser de véritables limites, tout comme ce qui est temporel ressemble à un long voyage, dont j'ai peur de voir la fin, tout comme j'ai peur de voir les choses aimées disparaître, ou s'effacer. Le souvenir est finalement au plus prés de mes yeux, et c'est lui qui ouvre entre moi et mon esprit les portes sur ce monde, et il ne me reste plus qu'a porter mon jugement. 

 

J'ai rêvé un jour que j'étais confronté au monde de mes personnages, et dans ce rêve étrange, ils étaient tous concentrés dans l'enceinte d'un chateau, et aucun n'était au dehors, au delà du pont, qui était en même temps la porte principale de cette forteresse. En dehors du chateau, l'espace semblait immense, mais vide, un fort vent soufflait en raffales, et avancer était difficile. Tout me décourageait à aller plus loin, mais la volonté était là de savoir. Les personnages, divers et variés me dissuadaient d'aller plus loin : -L'espace de ce qui était visible était ici, qu'ils disaient, et aller au delà, c'était se perdre à jamais.

 

Mais je n'ai écouté que moi, et personne ne pouvait me donner des conseils, et j'ai suivi mon instinct, ainsi mes yeux allaient plus loin, mon regard semblait plus profond.

 

Un moment vint ou je suis entré dans un nuage de brouillard, si épais qu'il m'était impossible de voir mes pieds...Le vent était toujours aussi intense. Ensuite, vint le moment ou je suis enfin sorti de ce brouillard, sans vraiment m'en rendre compte. Le vent avait fortement baissé, et en marchant un certain moment, j'ai trouvé une rivière. L'eau était si pure qu'il m'était possible de me voir comme dans un miroir. Et j'ai bu de cette eau, mais sans trouver de goût, pour ensuite continuer à longer la rivière. C'est à ce moment précis que j'avais vu un enfant, qui était plus haut, peut-être de plusieurs centaines de mètres. Plus il me voyait m'approcher, plus il fuyait, mais ce n'était pas de la peur, mais me montrer le bon chemin. Tout cela me disait quelque chose, comme un rêve déjà eu, mais aussitôt oublié.

 

Et j'ai continué à avancer, pour trouver un grand arbre, un grand chêne, géant, immense, ou les mots me manquaient pour décrire sa grandeur. Il était immense, impossible de voir le sommet, le vent recommençait à souffler, et à siffler, de sorte qu'il était possible d'entre comme une voix, ici et là, mais j'étais certainement dans l'erreur...

 

L'enfant, plus loin, lançait des pierres, ou d'autres projectiles, sans doute pour se signaler, et me dire aussi de ne pas rester en cet endroit. Donc, j'ai continué à le suivre, il est vrai que j'étais curieux de savoir, aprés tout.

 

Il y avait désormais devant moi une plaine immense, qui semblait sans fin, et au bout, il n'y avait plus que le bleu du ciel. Quand je me suis retourné, pour faire marche arrière, une porte était figée devant moi, et verrouillée, impossible à ouvrir. J'ai donc décidé de continuer mon chemin, pour espérer arriver au bout de ce mauvais rêve. Le temps n'était plus ce qu'il devait être. Entre ce qui est réel, le monde concrêt, le temps semble trop court, alors que dans le rêve, le plus souvent, celui-ci est plus long. Aussi, mon corps ne se faisait pas sentir, et la vie continuait par l'esprit.

 

Et j'ai marché, marché...Tout ce qui était autour de moi ne changeait pas, et restait à l'identique. De hautes herbes, animées par un fort vent, restaient identiques, et la plaine continuait à être immense. Il y avait tellement longtemps que j'étais là que la question me traversait l'esprit de vraiment penser que finalement, un rêve, ça n'existe pas, et que tout était de la supercherie. La vraie vie pouvait être ici, mais ce n'était qu'une projection.

 

Comme rien ne se passait, tout de même, le temps commençait à me paraître long. J'ai alors cessé ma marche, peut-être par révolte , ou tout simplement du fait que l'envie n'était plus ici. C'est alors que j'ai réalisé que ce que j'avais décidé n'était pas vain: à plusieurs centaines de mètres de ma position, l'enfant  était de nouveau redevenu visible, et au loin, il continuait à m'observer, comme pour m'inciter à continuer de le suivre. Mais je n'ai pas décidé de me relever, pour rester au même endroit, histoire de montrer mon ras le bol.

 

Rien ne changeait, et l'enfant continuait de m'observer, et pour moi, il en était de même. Impossible de mettre des traits sur le visage de cet enfant, la distance ne m'aidait pas du tout à découvrir qui il était.

 

En le regardant, je pensais au passé, mais celui-ci s'était éffacé de ma mémoire, et c'était vraiment curieux, tout comme pour l'avenir proche, tout était aussi éffacé. Le rêve se vivait dans l'instant présent, et il n'y avait plus de passé, tout comme il n'y avait plus de futur de ma vraie vie. Le singe se situait peut-être en un temps intermédiaire qui n'éxistait pas, ou qui était à situer entre le conscient, et l'inconscient.

 

Le temps de penser, il ne me manquait plus que la parole. Mais les mots n'étaient plus ici, ils étaient ailleurs, comme si ce monde était dans un pays étranger proche, avec une autre langue, et qui m'était inconnue.

 

Ma pensée me troublait, et mes yeux ne suivaient plus la suite des événements. Le brouillard était revenu, l'enfant n'était plus à l'horizon. Entre moi et le brouillard, il y avait un espace suffisamment vaste, de sorte qu'il m'était possible de le voir arriver vers moi. à ma grande surprise, j'ai alors vu le voyageur ,rencontré à la vieille maison en pierres. sortir de l'écran de fumée . L'homme était bien visible, et j'ai recherché son regard, vu qu'il était prés de moi. C'était comme si il n'avait plus ses yeux. Le regard ne se trouvait pas. Tout était noir et sombre. Ensuite, il à traversé l'espace libre de brouillard, pour disparaître aussitôt. Mais avant, il avait lancé et dit une phrase étrange :-Pour retrouver l'espoir, il faut puiser dans la parole, et avec le verbe, tu traverseras les grandes eaux, comme on traverse les océans...

 

C'était vraiment bizarre. Mais la plupart des rêves sont étranges, et il en est ainsi pour tous. Tout de même, j'ai essayé de décrypter, sans y arriver, mais au réveil, tout m'était revenu, le passé revenait non sans peine, tout comme mes projets, avec aussi, le sentiment de voir plus loin, mais ce n'était qu'une illusion. Une de plus...

 

La mémoire semble perdue au beau milieu d'un océan, et si l'homme n'est pas inscrit dans la création, il a de commun avec les autres hommes le rêve, qui semble nous parler, mais qui ressemble à une langue étrangére. Les mots me manquent, et ils ne sont pas assez nombreux pour décrire ce monde, à situer dans notre monde concrêt, un autre univers.

Entre deux dessins, il y a un espace de vide, qui va devoir être comblé, et le rêve y contribue beaucoup. Comme un automatisme, le rêve reste à retrancrire, par fragments, sur le support. Il ne reste le plus souvent, en effet, que des morceaux, comme si ils s'étaient fracassés sur des rochers, en retournant sur la terre ferme.

 

Ainsi, j'ai appris dans le songe qu'il y avait une part de vérité, un morceau de notre vie de tous les jours, et qui nous parle. C'est un puzzle à reconstituer, et même si dans le rêve, le temps est immense, il y a toujours des manques, pour l'interpréter. Il y a quelque chose, qui ne se décrit pas, et qui semble suspendue au bout d'un fil. En vain, on fait en sorte de l'atteindre, mais c'est impossible, un mirage semble être devant nous, dont la projection réelle est loin...Loin, à l'horizon.

 

Avec le temps, tout défile, et tout ne semble pas rester en place. C'est un long voyage, dont on ignore la fin, et surtout, ou on à peur de se perdre. La vie semble se toucher du doigt, mais l'image qui est en face est sans cesse fuyante. Le passé est inscrit en nous, mais ne se manifestera que à la fin de notre temps. Ainsi est le pouvoir des images, difficile à interpréter, mais ou les codes finissent toujours par être compris. 

 

Toute cette quête est née du hasard, mais avec des prises de risques , j'ai ainsi recherché le foisonnement, l'émergence, et enfin la couleur, ainsi que la lumière. Les mots, la parole s'éffacent, les lignes de l'écriture, les lettres des livres s'estompent. c'est parler de la brillance de la nature, pour entreprendre une analyse, une écriture de celle-ci qui ne soient pas grises, mais qui participent de cette même brillance, de cette même allégresse, et de cette même euphorie lumineuse.   

 

C'est aussi une forme d'aliénation, comme être enfermé et prisonnier d'une bulle pour avoir le plus grand mal à en sortir, et être naufragé quelque part sur une île, au milieu d'une mer immense  et déchainée, ou remonter du fond de l'océan, pour refaire surface, tout en cherchant une forme d'espoir, qui est sans cesse dans l'attente. 

 

Faire un simple dessin, c'est quelque part créer une petite ou une grande histoire, et la feuille blanche est l'écran de brouillard, et celui-ci est dur à traverser. La main est hésitante, et c'est elle qui doit ouvrir et décrypter ce monde inconnu, qui est devant moi, et qui reste à être inventé. L'envie me manque, commencer un dessin est toujours difficile. C'est comme tomber dans un grand trou, comme si il y avait une échéance, avec un sentiment de peur.

 

Ensuite, le trait part, presque libre comme l'air, à l'image de l'envol d'un oiseau. Tout commence à s'agencer, le hasard fait en sorte de faire surgir des personnages nés de nulle part, et tout devient trés vite saturé. Le monde semble prisonnier d'un cube, d'un simple cadre, et il n'y a plus de voies de sorties, car tout est obstrué.

 

C'est à l'image de ce qui est rendu. Dans le sommeil, le souvenir de l'encre qui est trés brillante, avec la lumière artificielle de l'ampoule de la lampe, hante mes yeux. Même dans le noir, la lumière revient, et repart, pour toujours revenir, et le souvenir du dessin me revient sous l'aspect de formes devant mes yeux, pour me dire que le songe continuait à être autour de moi.Pourtant, ce qui est vu n'a souvent rien à voir avec ce qui avait été fait seulement quelques heures auparavant, et même si j'ai rapidement oublié ce que j'ai vu, des fragments me reviennent dans ma mémoire, pour aussitôt disparaîtres. Mais ils ne me disent rien, et je ne les retrouves pas dans ma création. Si j'ai de bons souvenirs, je fais en sorte de placer quelques éléments, ou un seul, dans ma prochaine création.

Créer l'un de ces espaces, remplir un cadre, semble trés long. Souvent, j'ai le sentiment d'estimer que c'est interminable, et que le projet commencé ne se terminera jamais. C'est toujours facile d'envisager un renoncement, d'être emporté par la lassitude. Mais quand le projet prend fin, j'ai le sentiment de tutoyer le temps, de lui dire que j'ai été le plus fort. Et je regarde ce qui à été fait, et ma surprise n'est que plus grande. Souvent, j'ai envie de mettre fin à un projet, une réalisation. Il y a toujours quelque chose qui ne me satisfait pas. Par exemple, j'ai souvent l'impression d'avoir raté un dessin, ou ne pas arriver à faire un dessin en particulier. C'est le frein, la grande déception qui peut tout remettre en cause. Ne pas terminer un projet peut arriver. à ce moment là, celui-ci ne reprendra jamais, comme si tout était fini pour lui. Il est alors détruit, ou reste oublié, dans un coin, non loin du projet qui est en train de se faire.

 

Le doute semble avoir raison de moi. J'ignore le sens des scénes que je m'éfforce de représenter, et le tout prend la forme d'une série. Le plus souvent, c'est quatre panneaux, rarement plus. Je regarde ensuite ce qui est représenté, et j'ai des sentiments de vertiges. Tout semble se bousculer, et tout est à l'image d'un grand chaos. J'ai le sentiment d'avoir pris un train, en me demandant ou pouvait être situé l'arrêt de la prochaine gare. J'ai aussi le sentiment d'être agréssé intérieurement, mais finalement, j'ai un grand soulagement, car tout est terminé, comme si un cauchemar touchait à sa fin, pour ensuite ne plus recommencer pour un certain temps. Car il semble en effet qu'il y a un cycle: une série commence, et un jour elle prend fin. Je passe alors à autre chose, pour un certain temps aussi. J'ai l'impression alors peut être de prendre une grande bouffée d'air, et un jour, elle reprend...C'est un grand défouloir, comme vider mon corps de quelque chose qui lui semble étranger, soigner mon âme par un rejet, rechercher le trou noir. Je suis alors vidé, et pendant quelques temps, il n'y a plus de dessin, et ma pensée est prise en d'autres lieux. 

 

J'ai aussi observé les dessins des enfants: pour eux, le dessin doit être simple et dépouillé, et surtout, c'est de l'expression, rien de plus. Pour ne pas les mettres dans l'ambiance de l'école, lors de mon atelier, j'ai installé de grandes planches verticales contre les arbres, ainsi, il n'y a plus le bureau de l'école, et elle est loin. Il y a des différences de perceptions entre les plus grands et les plus petits.

 

Chez les plus jeunes, c'est un festival de couleurs qui est visible. L'adolescent peine à représenter quelque chose qui doit impérativement prendre une forme. Souvent, il à recours à des signes ou à des mots, et il laisse souvent des messages codés aux autres camarades. Au départ, pour moi, la différence d'âge,entre, par exemple, les douze et quinze ans n'était pas trés grande, mais ici le temps, ou plutôt les effets du temps étaient visibles. L'adolescent est entre l'enfance et l'âge adulte, et par la pratique de l'art auprés d'eux, j'ai vu à quoi ça pouvait ressembler.

c'est une quête. L'adolescent est partagé, comme si il avait à choisir entre l'avant et l'aprés. Le doute est trés présent, et perceptible. à travers les mots, je devine le poids des parents, une influence qui reste à masquer, mais qui est trés visible. Un esprit de rebellion est trés présent, ils ont l'envie de faire tout trés vite, vivre la vie rapidement, mais intensément. J'ai retrouvé à travers les dessins des enfants l'enfant que j'avais été, mais en oubliant par la suite de nombreux points et détails, à croire que c'était tout un monde dans le monde, et que celui-ci pouvait s'étendre à l'infini, pour voir devant moi l'image d'un temps qui avait existé, mais qui n'existait plus.

   

Quelques jours aprés, je suis allé voir un artiste Africain, un artiste Camerounais plus précisément. C'est bizarre, autrefois, j'ai connu beaucoup de Camerounais, et des Africains. En fait, j'ai connu des gens du monde entier, et je lui ai dit, j'ai raconté.C'est bizarre, il m'a raconté, lui aussi, qu'il était trés curieux. Je lui ai alors dit que le monde, pour moi, était trop petit. Aprés un moment d'hésitation, lui aussi m'a dit que le monde était trop petit, mais aprés un moment de recul, il m'avait dit que encore, il fallait visiter et voyager avant de juger.

 

C'était la vision d'un Africain, et mon regard n'était pas assez large. J'ai alors parlé avec lui de l'Afrique, mais ce n'était pas assez puissant. Il m'a alors montré son travail d'artiste, car il était lui aussi un artiste. D'un placard, il a sorti deux classeurs qui étaient remplis de bandes dessinées. J'ai adoré, le trait du dessin était parfait, et le tout frisait l'exellence.

Ce qui était impréssionant, c'était sa façon de mettre du relief, mais surtout, je retrouvais des modes, des faits historiques d'il y a vingt ou trente ans, ou même plus...Le seul petit probléme était la manière d'illustrer le mouvement, mais ce n'était pas grave, car il s'agissait de poser quelques traits ou signes, et puis, il n'avait peut-être pas fini ses pages de bandes dessinées...Nous avons ensuite parlés de nos études respectives. Lui était dans le même bâtiment que moi, à quelques années de distances, et tout comme lui, j'ai connu un grand nombre d'Africains. Pour moi, tout comme pour lui, l'Afrique n'était pas un continent inconnu. Il pouvait me parler du monde, tout comme moi je pouvais lui parler de l'Afrique. On parlait alors des dictateurs d'aujourd'hui ou de jadis, tout comme on pouvait parler d'un temps qui n'était plus. Les pages des bandes déssinées avaient du jaune aux quatres coins des feuilles. Le temps était bel et bien là,et lui regardait ses dessins d'il y a vingt ou trente ans comme si il les avaient réalisés la veille. J'ai vu à ce moment précis que le temps parlait pour lui tout comme pour moi, et je lui ai annoncé mon départ, pour peut-être revenir plus tard, qui sait...Avant de partir, je lui avait parlé de certains Gabonais connus jadis, et ils me disaient alors-"Au Gabon, tout le monde se connait"...Et puis, il avait réagi :-"Non, ce n'est pas vrai. Le Gabon n'est pas si petit, c'est comme l'Afrique, qui est trop vaste".

Oui, c'était peut-être ça...Le monde pouvait être grand, et à ce moment précis, j'ai peut-être réalisé qu'il était possible que je me sois trompé.

 

ça me parlait aussi de la vie.

 

à la même période, un jeune autiste participait à mon atelier, avec d'autres enfants, et au début, son dessin n'était qu'un trait vertical. L'objectif était de le pousser plus loin, même si il n'y avait pas trop d'espoir de le voir évoluer de façon spectaculaire. Mais il à évolué tout de même, à sa façon à lui. Quand il était heureux, il fesait des sursauts, en bondissant, et en criant. Tout semblait trés prés, et aussi, tout semblait trés loin. J'avais le sentiment que son esprit voyageait, quelque part, entre lui, et un lieu déterminé. Ce qui m'avait surpris, alors que j'étais avec lui, avec son éducatrice, éloigné d'un groupe d'enfants, était de le voir en joie, s'agiter et bouger, en criant des cris de joie, alors qu'il était à plus de cinquante métres du groupe. Il était avec eux, le corps ne suivait pas, mais l'esprit était là, bien présent. C'était son monde à lui, une autre façon de voir le monde et l'univers ici-bas. ça me confortait pour me dire que l'âme existait vraiment, et qu'elle était libre comme un ouseau en plein vol, sans contraintes, ou elle pouvait aller ou bon elle voulait, tout comme pour me dire que le temps n'était pas une fin en soi, mais que comme l'univers, tout était infini, et que finalement, il n'y avait pas de fin, mais toujours du nouveau, sans cesse. Tout était un éternel recommencement.

 

Aprés quelques participations à l'atelier, le jeune autiste était à l'aise, et remplissait la surface des panneaux de bois de peintures. Tout était le plus souvent rempli. Il avait une autre façon de voir, même si il n'était pas vraiment concentré. 

 

Trés curieux, j'ai alors cherché à me diriger vers d'autres horizons, plus troubles...

 

Ainsi, je suis allé proposer mes services au centre Saint-Paul, c'est à dire la "maison des fous" de ma minicipalité. Le pied alerte, et décidé, j'ai alors poussé des portes. Un homme accepta de m'écouter, mais trés tapidement, j'ai réalisé que c'était un fou furieux. En fait, il fut trés rapidement neutralisé, et j'ai trés rapidement appris que c'était un fou trés particulier, de ceux qui prenaient des initiatives. Celui-ci se prenait franchement pour le directeur. Mon regard amusé vit arriver alors le vrai directeur, qui, confus, accepta de me recevoir. Inciter les fous à faire des dessins, ce n'était finalement pas si imbécile que cela. J'avais des souvenirs des beaux-arts ou jadis j'avais eu de drôles d'oiseaux comme enseignants, ainsi, une Hollandaise, qui passait le plus clair de son temps à se tondre la tête, et même si elle n'avait plus un seul cheveux sur le crâne, elle continuait de plus belle, en se scotchant des poils de lapins, pour mieux se tondre, encore...Le directeur trouvait ça rigolo, et j'ai continué de lui parler des beaux arts, pour lui parler de la copine de la première, une écossaise qui ne trouvait pas plus original de se teindre les cheveux en vert ou en orange. Le directeur de la maison des fous, bref, du centre Saint-Paul trouvait ça moins rigolo...Alors j'ai continué...J'ai dit que cette écossaise avait un drôle de nom...C'était quoi déjà? c'est vrai que ça commençait à dater !

-Et alors !? fit le directeur. - Ha! ouo ! c'était Water !!!

Il y avait aussi une drôle de femme, une certaine Madame Merdier, qui traînait là, et dont j'ai jamais vraiment compris ce qu'elle faisait dans le coin...Question d'expérience, je crois que c'est elle qui m'a incitée à observer les autres, et à être curieux. Souvent, elle se retrouvait dans une grande salle, ou elle fumait de gros pétards, de sortes qu'elle avait de gros yeux. Un jour, je lui ai demandé pourquoi elle avait de gros yeux, et elle m'avait répondu : -c'est pour mieux te manger, mon petit ! le directeur du centre Saint Paul trouvait ce récit tout à fait intéressant.

 

Il était enthousiaste, même, de sortes que je lui ai demandé son nom, à celui-là...C'était le docteur Formol, qui se leva avec sa grande blouse blanche, pour l'usage de la présentation. Il était trés curieux, celui-là, et m'observait d'un drôle d'air.

-Vous connaissez quoi, en psychiatrie ? Qu'il me posa comme question...

 

C'est vrai que au départ, ça peut sembler brutal, mais j'ai trés bien anticipé. De la psychiatrie, en fait, je connaissais surtout de longs entretiens que j'avais passé avec un psychologue, car comme chacun le sait, pour un artiste, c'est dur de se trouver, et encore plus dur peut être pour trouver du boulot. alors, j'ai gardé l'espoir...

-Et alors ? qu'il me dit...

Cet entretien, manifestement, devenait une consultation comme une autre. C'était ma mini-analyse. C'était rigolo...

 

J'ai raconté...Et je me suis raconté, peut-être comme jamais. C'était comme ça aprés tout. Je lui ai dit que je trouvais le monde trop petit. J'ai beaucoup parlé, pour peut-être faire le constat que aprés tout, j'aimais dessiner et raconter des histoires, faire du lien social, histoire de dire que je n'étais certainement pas aussi fou que j'en avait l'air.

-Vous êtes engagé pour un essai !me dit le docteur Formol.

 

Il me dirigea ensuite vers une grande salle, ou il y avait manifestement quelques uns de ses patients.

 

- Avec eux, je suis en train de devenir une chêvre, vous avez carte blanche. Si il y a des résultats, je m'engage à vous faire un contrat !

Un drôle de petit monde était autour de moi :

 

-La vieille dame qui remue ses mains, là devant vous, c'est Yvette. Depuis vingt ans, elle se prend pour une flaque d'eau...Essayez de lui changer son quotidien...

 

Un homme se leva d'une chaise...-Lui, ce gaillard, c'est Bobo. Un matin de Septembre, il y a de cela cinq ans, il n'est pas parti à l'usine, comme d'habitude...

 

-Pourquoi ? que j'ai dit étonné...

-C'est triste...Son patron lui avait passé des coups de fils toute la semaine. Il disait que ce n'était pas lui, puis, ne répondait plus. On avait alors envoyé sa mère, et il avait dit qu'il ne la connaissait pas. Pour lui, il était Napoléon, et un point c'est tout ! Depuis, il est toujours convaincu qu'il est Napoléon...Mais j'ai des doutes, et c'est peut- être une simulation... (à suivre sur "obscur à soi-même, tome2).

 

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24 juin 2011 5 24 /06 /juin /2011 17:06
Bébert Michou à toute sa vie durant, été un être fantasque, frôlant le fantastique. Michou était avant tout un comédien raté, spécialisé dans le rôle de mîme. Même si on lui disait qu'il était nul, il n'y avait rien à faire. Il trouvait qu'il avait du talent, et c'était tout. Avec le temps,Michou avait fini par se brouiller avec tout le monde, même sa famille. On le trouvait vite ennuyeux. Ses sketchs ne faisaient rire personne. Raidement, il était devenu un clochard... Aprés des années d'érrance, il avait fini par renouer avec sa ville, et avait été hébergé par sa tante Zulma. Sa tante l'aimait bien, même si on le haïssait dans le reste de sa famille. Du reste, elle possédait tous les terrains en hauteurs qui cernaient la ville de Saint-Charlot. C'était trés bien ainsi, comme ça, Bébert pouvait monter ses "Pestacles" de mîme. Mais ça ne marchait pas fort. Un jour, dans la foulée, Bébert regardait plusieurs reportages à la télé. Dont un sur King-Kong, le grand singe du cinéma, et un autre sur l'industrie touristique. Et enfin, un reportage sur le monstre du Loch-Ness. ça plaisait bien à Bébert, tout ça . C'était clair. Dans tout ce qui avait été vu, il y avait quelque chose à exploiter. Bébert se souvenait que pour l'un de ses "Pestacles", il avait pris des leçons pour imiter à la perfection un singe, ou un primate. Les terrains de la tante Zulma ressemblaient à de véritables décharges. Et il il y avait un potentiel pour en faire, à plus ou moins court terme, une zone touristique. Bébert travaillait de plein pied pour mettre en va leurs les terrains dec la tante Zulma. c'est alors qu'il eut l'idée fantastique, en regardant un reportage sur l'abominable homme des neiges, de monter une mascarade, un coup monté: faire croire qu'une sorte d'abominable homme des neige circulerait, et vivrait sur les hauteurs de la ville de Saint-Charlot. C'était pas gagné pour organiser, et lancer tout ça. Restait à faire colporter la nouvelle, et surtout, se mettre en scéne, et surtout aussi, trouver une proie. La mére Miquette, et son fils Bernard, étaient les proies toutes trouvées... La mère Miquette était la tenancière du plus grand bistrot de Saint-Charlot, ou tous les plus gros ragots étaient colportés, et d'ou ils se répandaient dans la ville. Ces deux-là constituaient la cible idéale... Aussi, Bébert savait que la mère Miquette allait souvent sur les hauteurs de la ville avec son fils en pique-nique. ça lui rapellait le bon temps, à l'époque ou des bancs étaient installés et ou elle colportait toutes sortes de ragots avec ses copines. Le jour d'action fut donc un week-end, un Dimanche. La mère Miquette mangeait, quand Bébert enfilait son déguisement de gorille. Et c'est alors qu'il surgit soudain....Le moment idéal...La mère Miquette poussa de grands cris, et dévalla la pente vers la ville, épouvantée, avec son fils Bernard, qui fit de Même... Le plan avait marché. on vit arriver des touristes Chinois, Russes, Américains...La réputation comme quoi un homme -Singe était avérée. Désormais, les terrains de la mère Miquette valaient de l'or en barre. De grands investissements furent lancés pour transformer ces terrains en un immense parc d'attraction, consacré au grand singe. Bernard devint un guide touristique, et il ne manquait pas de monter régulièrement des "pestacles", ou il intervenait souvent déguisé en grand singe, avec un groupe d'acteurs, ce qui ne manqua pas d'alerter les nombreux détectives et enquêteur, mandatés pour vérifier si vraiment cet homme singe existait. Bébert les avaient rapidement démasqués. Cependant, le temp était assassin. L'homme-singe ne s'était pas de nouveau manifesté, et les touristes commençaient à déserter la place. La situation devenait critique. Bébert n'avait guère le choix que de relancer...Aussi, c'était prendre des risques. Mais il le fit quand même. La victime allait être le brigadier des pompiers. En effet, il se promenait souvent seul sur les hauteurs de la ville, et ramassait des plantes végétales pour faire des infusions. Bref, c'était la victime idéale. Le coup monté pouvait parfaitement fonctionner. Bébert se déguisa donc en gorille, et fit son intervention. Le Pompier, visiblement sur les dents, ne fut pas plus que cela impréssionné. De plus, tout virait au cauchemar, car il y avait un bal des Pompiers à la vieille grange non loin de là. Bébert fut démasqué, et ridiculisé, car il y avait le photographe du Canard local qui était là, et qui avait pour titre "Le sifflet du Dimanche". Bébert fut profondément marqué de son expérience malheureuse. Il devint finalement la risée, et l'idiot du village. Mais on avait pris cependant conscience de son mal-être, et de sa condition de vie précaire. Ainsi, on lui offrit une formation de sophrologue, car finalement, il n'était pas si méchant que celà, et que son parc touristique avait finalement largement connaître la commune, non seulement par ses frasques, mais aussi par son idée, qui finalement, n'était pas aussi bête que cela, et surtout, ce n'était pas difficile de se faire une opinion, quand on voyait les programmes stupides qui passaient à la télé....
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20 juin 2011 1 20 /06 /juin /2011 20:11

Un jour, en survolant des cartes de géographie vues dans un gros bouquin, un Atlas, j'ai vu que le monde était à la fois petit, et grand. J'ai survolé des cartes, ou j'ai découvert des pays artificiels, avec des frontières absurdes. En partant d'un point, tout semblait être ensuite si loin , que je me suis perdu à découvrir que le monde avait une multitude de langues, ainsi que de nombreuses langues. L'écho s'était perdu dans les méandres des multitudes, et dans le fond, ce n'était pas une surprise pour moi. Vu d'une page prise par hasard dans un Atlas, ce qui se doit d'être vu de haut, avec la science du géographe, apparaît être bien petit, et abstrait. L'image qui est devant moi est alors une évocation, et je traverse les continents d'un simple regard, les chaînes montagneuses ne sont plus représentées que sous une forme abstraite, des formes qui pourtant, laissent apparaitres de grands vides, ou pourtant la vie elle-même est dissimulée.

 

Je lance un autre regard, et il me semble que, bien vite, ce monde m'était connu. Du moins, je le connaissait dans ses grandes lignes. Ce monde, au départ inconnu, m'était devenu, il me semblait, trop connu, avant d'envisager, finalement, qu'il m'était finalement méconnu. C'était peut-être une quête du sens, ou tout semblait être comme établi. Tout comme peut-être c'était rechercher le bon endroit sur terre...Que recherchons-nous ? 

 

Sans doute confronter le sens, et le non sens. Si le sens est dicté, il résulte des souhaits de l'homme. Le non-sens c'est quelque part rechercher la liberté . Au regard de l'homme, c'est confronter l'espace urbain à la nature, ou au monde sauvage. Ce que l'homme à dressé, la civilisation, n'est finalement qu'une utopie, et aussi une fausse image. 

Ce qui est édifié est trompeur, mais c'est aussi un rêve, et des espérances. L'homme pense être le plus fort en modifiant la nature, et en laissant une trace, son empreinte. Mais il restera anonyme, confronté à sa quête de sens, cherchant sa place, dans l'indéfini, de ce monde plongé dans un univers infini, entre l'ombre, et la lumière.

 

L'artiste jongle avec le noir et la lumière. De tous les temps, il fut dans l'ombre et la lumière, anonyme comme reconnu, ou même méconnu. Entre l'être, et le savoir, entre l'utile, et l'inutile.

 

Il y a certains renoncements, ou une forme de renoncement. Ce qui semble logique semble contourner ce qui ne l'est pas pour donner naissance à la création, confrontation . C'est convaincre l'autre en cherchant à faire passer une image:discours, chant, parole, écriture, etc...

 

Ce qui est recherché doit laisser une trace invisible en nous : émotion ou sentiment.

Rechercher à vivre, l'espace de quelques instants à travers les autres. Et là, ce que nous recherchons est trouvé...

 

Les mots me manquent pour décrire certaines émotions, ou autre quêtes envers moi-même. Ainsi, décrire mon rapport à la peinture est trés particulier. Comme un automate, je recherche l'instant, ou le moment, si dur à venir,si particulier, ou mon âme semble se détacher de tous mes soucis terrestres pour frôler l'inconnu, chercher ce qui n'a pas de nom, pour cotoyer au plus prés la lumière au milieu des étoiles... Une seule certitude-S'il en est une Est la véracité de mon travail Et cet enfoncement dans le chaos Profond...Profond Je l'ai déjà dit Je l'ai déja écrit Je ne crains pas la mort Elle m'habite Et dans mon petit atelier Entre mur et béton Au milieu de nulle part Isolé, ma création Prend d'autres directions Elle prend son envol Au début de sa source Dans un songe dur et infini En toute discrétion Comme Pierre Brueghel l'ancien, Je suis aussi passionné par les multiplicités innombrables, les particules dansantes, tous les chemins entremêlant les travaux et les fêtes,l'homme et le cosmos.

 

Il y a quelque chose dans ma tête qui fourmille. Tout ce qui touche au sacré va devenir de plus en plus absent, ou disparaître, comme chez Jerôme Bosch. Tout Dieu semble absent, et au niveau de certains de mes dessins,ou mes créatures s'agitent. Il me faut entretenir la machine de la création, et j'ai peur de la feuille blanche. Il me faut la sauver du chaos, qui ici monte comme à l'image d'un nouveau déluge, ou je retrouve le mal, qui est caracréristique et interne à l'homme, d'ou souvent, j'ai en moi une profonde désillusion: tout me semble à la fois intense et vain. La Terre me semble fragile, proche du chaos et du gouffre. Je laisse faire le hasard, tout comme peut-être, la nature. Mon travail devient alors infini, et cela, pour moi à du sens. J'ai aussi besoin de stupeur, pour pousser encore plus loin mes observations. Il me faut, cependant un écart, un petit déséquilibre au sein du visible réel à mes yeux pour que s'ébranle tout ce jeu de dominos. Il me semble le voir écarquillé et se diffracter à l'infini par ce qui est l'objectif. Je ne compte plus alors les connexions, tout comme les disjonctions. Impossible pour moi de les maîtriser en les comptabilisant, peut-être en y faisant surgir une forme...La catastrophe peut être alors partout, comme elle n'agirait nulle-part.

 

L'expression naît donc comme une opération de structuration. Comment être explicite, pour présenter et décrire mon attitude consistant à peindre de manière automatique, à l'image d'une machine ? Comment rendre visible une émotion, et exprimer l'âme dans ce qu'elle a de plus trouble? Par, et dans la couleur, là ou le temps refuse de se rompre, ou se corrompre, là ou l'espace efface les distances. Pour moi, la peinture est celle qui incite les mots à entrer dans l'ombre, à se voiler, celle qui rend muette les voix, et qui s'adresse aux sens.

 

Là ou les lignes deviennent sinueuses, et cassent l'angle droit , ou les forment se meuvent (et s'inspirent)en songe, pour percevoir et mieux comprendre ce qu'"être" veut dire. Donc, au commencement, il y a l'écriture, qui utilise une syntaxe, une trame, pour qui le récit lui-même déconstruit fonctionne. J'invente des personnages, des formes colorées,et je me mets en scène, fragmenté comme une histoire ou seule la poésie, à mots couverts, peut traduire mes états d'âme, accéder au sens caché des choses, et rendre compte du hasard, et défier les règles établies. Pas d'intrigues, ni même de messages, mais déjà la tentative d'une écriture imagée, unique, qui se cherche et se définit seule.

 

C'est ici que sans doute le dessin marque la transition : du trait tremblé à l'empreinte, du signe à la lettre, du jet à la tache, et de l'encre noire à la couleur. C'est savoir écrire autrement, m'inventer un langage autonome pour accéder à une émotion pure, transparente. C'est écrire pour dessiner, et dessiner pour peindre, et peindre pour s'inscrire, le tout voulant marquer une empreinte: laisser une trace indélébile. Oui, la peinture est bien l'aboutissement d'une longue quête qui mène à un sentiment suprême, mais qui n'est pas trés long, celui d'une fusion entre le corps et l'esprit, et qui débouche à me transformer en peintre-machine, et à peindre de façon automatique. Une lutte effrénée entre dire et faire, donner et recevoir, de perdre et trouver, se trouver par le geste, et par cet engagement dans l'espace, par cette volonté, aussi, de figer une somme d'énergie, pour mieux en rendre compte. Une énergie qui puise sa force dans cet automatisme, cette forme d'écriture automatique, qui me transforme en peintre-machine. Oui, c'est un combat presque à main nue, et qui révèle une intimité partagée.

 

La peinture, l'acte de peindre est donc une surface d'inscription ou peuvent naître des eccéités chez moi, suite d'événements qui se définissent par des transformations et des essences nomades, comme des danses de particules, toutes les intensités qui font corpsSouvent, j'ai tendance à croire au désir des gens, et souvent, je pense qu'il produit des libertés, mais le plus souvent, je m'en méfie, quand je le trouve aliéné. Je pense que le désir ne se trompe jamais, car il se doit d'être le passeur principal des intensités corpusculaires, tout comme la vie, aussi. Seules la question du cosmos et celle du devenir de l'univers sont pertinentes. Je suis conscient que l'humanité est fragile: l'expressivité de l'oeuvre d'un artiste en est la conscience et le reflet.

 

Ce qui brille n'est aussi qu'une image. On ne sait pas vraiment ce nous recherchons.  Une peur du vide est en nous, et ce qui est recherché est une forme d'équilibre, pour ne pas tomber vers l'inconnu.Ne pas passer à côté de toutes choses. Si la peinture se donnait à voir, l'image et la forme qu'elle renvoyait à travers les temps n'était que trop claire, et trop certaine. La peinture abstraite, ou automatique, renvoyait à la quête originelle : dans le brouillard, l'artiste se construit au possible. Quand tout n'est plus clair, rien n'est plus certain. L'incertitude nous pousse à aller plus loin, et à lever le voile de mystère qui est en nous. L'artiste ne cherche pas que à faire, et ce qui est la création doit passer par une part d'ombre conséquente, qui est propre à l'artiste, et au créateur.

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